Il y a deux façons de faire la loi. Pour les uns, les règles que l’homme peut édicter doivent correspondre à une conception plus ou moins idéale qu’ils se font de la vie, de la société. Pour les autres, ces règles doivent simplement suivre en trottinant les évolutions, les dérapages, les dérives de cette même société.
Les premiers ont ce qu’on pourrait appeler « une éthique » avec une petite idée de ce qu’ils nomment « le bien » et « le mal », ce qu’on peut autoriser, ce qu’il faut interdire pour que la société soit la plus harmonieuse possible. Les seconds se contentent d’observer les sondages, de lire les pages de faits divers des journaux populaires et sont prêts à graver dans le marbre les dernières nouveautés à la mode. Les uns prétendent faire de la morale, les autres assument faire de la démagogie.
Pour les premiers qui sont, bien sûr, un peu idéalistes, la loi doit sauvegarder un certain nombre de principes –pour ne pas dire de « valeurs »- qui permettent à une société de vivre normalement et conformément aussi bien à la nature qu’au respect de la dignité humaine. Pour les seconds qui se vantent d’être réalistes, le législateur doit vivre « avec son temps », surtout ne pas être « ringard » et donc entériner toutes les « progrès » de la société.
Jamais ces deux conceptions de la loi ne se sont affrontées aussi violement. Les adversaires du mariage homosexuel nous disent que la nature exige un homme et une femme pour former un couple, une famille et avoir des enfants. Les partisans de ce même mariage répondent –au-delà des tirades de pure forme sur la liberté et l’égalité- qu’il y a de plus en plus de couples homosexuels et de plus en plus de familles homoparentales et qu’il faut donc bien que la loi leur donne un statut.
Ce sont les mêmes d’ailleurs qui nous disent qu’il y a de plus en plus de drogués, que le trafic de la drogue aggrave considérablement la délinquance et qu’il faut donc légaliser l’usage des drogues. Les mêmes qui nous disent que, l’immigration étant devenue incontrôlable, il faut donner le droit de vote aux étrangers. Demain, ils nous diront que les vols à l’arraché étant de plus en plus fréquents, il faut les autoriser…
La gauche n’est pas « généreuse », elle s’incline platement devant les réalités et fait semblant d’approuver ce qu’elle ne peut pas éviter. Curieuse conception de la politique !
Alors que le gouvernement nous avait juré sur tous les tons qu’il n’était pas question de profiter de la loi sur « le mariage pour tous » pour autoriser la GPA, la Gestation Pour Autrui, c’est-à-dire le prêt -pour ne pas dire la location- du ventre d’une femme pour permettre à un couple d’avoir un enfant, Christiane Taubira vient d’annoncer que les enfants conçus dans de telles conditions et de père français (si tant est qu’on puisse parler de « père » dans ces circonstances) auront la nationalité française.
La France ne veut pas entendre parler de la GPA mais reconnait les enfants de cette même GPA dès lors qu’elle a été pratiquée à l’étranger. C’est totalement incohérent mais parfaitement logique avec ce nouveau principe qui veut que la loi s’incline devant les réalités. Il y a bel et bien des couples français qui vont à l’étranger louer le ventre d’une femme et qui reviennent en France avec « leur » enfant. Qu’importe alors la « morale » qui voudrait évidemment qu’on condamne la marchandisation du corps humain, qu’on interdise aux riches d’aller dans des pays du Tiers-monde louer pour quelques mois le ventre des femmes pauvres.
On se souvient que Pierre Bergé, grand ami des gens au pouvoir aujourd’hui, avait comparé les femmes qui louaient leur ventre aux ouvriers qui louaient leurs bras. On sait surtout que les Verts, ces alliés difficiles de la majorité, sont de farouches partisans de la GPA. Jean-Marc Ayrault échangerait-il le ventre des femmes exotiques contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ?
Désormais, avec ce gouvernement et cette majorité, la loi n’évoque plus une morale qu’ils disent dépassée, elle n’interdit plus rien. Elle autorise tout et n’importe quoi pour complaire à quelques lobbys bien placés.

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