Ils nous racontent n’importe quoi, aussi bien nos dirigeants que les experts auto-proclamés ou que la presse bien complaisante. Certes, c’est un grand classique mais, dans le genre « intox », ils étaient tout de même rarement allés aussi loin.
« Ils » nous racontent, d’abord, que l’opération lancée par les Islamistes à In Aménas n’ a strictement aucun rapport avec l’offensive menée par la France au Mali contre ces mêmes Islamistes, ou leurs frères. Il ne s’agirait que d’une pure coïncidence ! A les en croire, ceux qui ont attaqué le site gazier d’Algérie n’auraient matériellement pas eu le temps de préparer une telle opération en cinq jours. Or, la France a commencé à intervenir au Mali vendredi dernier et le complexe de BP a été attaqué mercredi. Hollande n’est donc en rien responsable de ce qui s’est passé en Algérie. CQFD !
Cela ne tient, évidemment, pas debout. D’abord, les hommes qui ont attaqué In Aménas ont très clairement affirmé qu’ils voulaient punir l’Algérie pour avoir autorisé les avions militaires français se rendant au Mali à survoler son territoire. Ensuite, la première de leurs revendications pour libérer les otages qu’ils détenaient était un arrêt immédiat de l’opération française au Mali. On ne peut pas être plus clair.
Et, si cette attaque contre le site gazier a, peut-être, nécessité une certaine préparation, cela faisait longtemps déjà que Paris annonçait fort maladroitement une initiative au Mali. Les Islamistes ont donc eu tout le temps nécessaire pour organiser leur riposte.
Contrairement à ce que nous racontent tous ces braves gens, François Hollande ne peut donc pas être considéré comme n’ayant aucune responsabilité dans l’affaire d’In Aménas.
« Ils » nous racontent, ensuite, que l’attaque d’In Aménas par les Islamistes démontre à quel point Hollande a eu raison de déclarer la guerre aux Islamistes du Mali. On pourrait, évidemment, leur répondre qu’en s’attaquant aux rebelles du Mali, Hollande a pris le risque (considérable) de déclencher, à travers la planète toute entière, un affrontement généralisé entre l’Occident et les Islamistes.
On dira que cet affrontement était inévitable, voire même souhaitable. Mais alors il fallait s’y préparer et mobiliser l’Occident tout entier pour qu’il se lance, avec nous, dans cette nouvelle croisade en forme de guerre mondiale. La France seule ne peut pas terrasser ce qui apparait déjà –et depuis quelque temps- comme étant le plus grand danger pour l’Occident en ce début de XXIème siècle.
Alors qu’on ne connait pas encore le bilan définitif de l’opération algérienne contre les terrorises d’In Aménas, certains bons esprits commencent à reprocher aux autorités algériennes de n’avoir pas tenté de négocier et d’avoir fait « tirer dans le tas », sans se préoccuper du sort des nombreux otages occidentaux.
Il faut savoir ce qu’on veut. On ne peut pas à la fois, au Mali, envoyer nos Rafales, nos Mirages, nos hélicoptères et nos troupes d’élite massacrer des terroristes « avec lesquels on ne discute pas » et demander aux Algériens d’appliquer la méthode douce à l’égard de ces mêmes terroristes.
Il ne faut jamais oublier que l’Algérie a connu dix ans d’une guerre civile particulièrement atroce avec les Islamistes et que les autorités algériennes se souviennent parfaitement que quand, par mégarde, elles avaient organisé des élections libres, les premières dans l’histoire du pays, les Islamistes du FIS les avaient triomphalement remportées, prouvant que la population algérienne était prête à basculer dans l’Islamisme le plus radical. Les foules algériennes sont infiniment plus « islamistes » et depuis beaucoup plus longtemps que ne le sont les Tunisiens, les Libyens ou les Egyptiens depuis le Printemps arabe.
« Ils » voudraient enfin nous faire croire que la France n’est pas seule dans cette aventure. Certes, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne veulent bien du prêter quelques avions de transport et d’autres vont nous envoyer des ambulances et des infirmières. Soyons lucides, pour l’instant c’est surtout « Armons-nous et partez ».
Pour des raisons évidentes de politique intérieure, Hollande a voulu jouer les Godefroi de Bouillon se lançant seul avec ses chevaliers lorrains à la reconquête des Lieux Saints, en prêchant la première croisade.
Attendons un peu de voir jusqu’où Obama, Cameron, Angela Merkel et les autres, sans même parler de Poutine et des Chinois, accepteront de nous suivre et d’envenimer ainsi leurs relations avec tous les pays qui sont en train de basculer dans l’Islamisme pour affirmer péremptoirement que nous sommes à la tête de la nouvelle croisade.

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