Tout le monde applaudit François Hollande. A de rares exceptions près -Villepin et Mélenchon- la classe politique française est unanime : le chef de l’Etat-chef des armées a parfaitement raison d’envoyer nos troupes sauver le Mali et écraser les Islamistes qui étaient sur le point de se créer un royaume au cœur même de l’Afrique. A l’étranger, c’est la même chose. Les capitales européennes, africaines, l’ONU approuvent l’opération : la France, toute seule, veut terrasser le terrorisme qui menace la planète toute entière, grand bien lui fasse.
Sur le terrain c’est un peu différent. Nos Rafales et nos Mirages pilonnent sans guère de problèmes les colonnes et des positions des rebelles mais ceux-ci lancent encore des contre-offensives et Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, s’étonne officiellement de la bonne tenue et de l’armement sophistiqué de nos adversaires alors que François Hollande, lui-même, annonce qu’il est obligé d’envoyer davantage encore de troupes au sol pour combattre ces bandes ennemies qui ne sont pas, contrairement à ce qu’il espérait, de simples « soudards » armés de vieilles pétoires.
C’est parfaitement classique. Cela commence toujours par « l’euphorie générale ». On part la fleur au fusil. Puis, il y a « l’engrenage ». On s’aperçoit que les gens d’en face ont, eux-aussi, des armes et que l’opération pourrait bien ne pas se limiter à une partie de campagne. Et puis, il y a ce qu’on appelle « l’enlisement ». Lequel se termine généralement par « la retraite » les oreilles basses mais en affirmant toujours que « la mission est remplie ».
Si tout le monde est d’accord pour reconnaitre que les terroristes islamistes sont un redoutable danger pour la planète, l’opération lancée par François Hollande repose sur un certain nombre d’erreurs fondamentales.
Il veut, jure-t-il, restaurer l’intégrité du Mali. Mais ce pays, dessiné au cordeau par l’ancienne puissance coloniale, la France, n’existe pas. Au Nord, ce sont des Touaregs qui n’ont jamais reconnu l’autorité de Bamako et qui guerroient depuis des années pour arracher leur indépendance. Au Sud, des Noirs qui ont toujours détesté et redouté les gens du Nord qui les prenaient en esclavage.
Hollande veut aussi soutenir le gouvernement malien et son armée. Or, après des années de putschs et de coups d’Etat, il y a bien longtemps qu’il n’y a plus aucun pouvoir politique au Mali et que la toute petite armée malienne n’est qu’une horde dépenaillée. Sa débandade devant les forces rebelles l’a une fois de plus démontré.
Le président français affirme qu’il est intervenu précipitamment parce que les rebelles avançaient dangereusement mais qu’il ne fait qu’attendre l’arrivée de corps expéditionnaires promis par les principaux pays de l’Afrique de l’Ouest. Le moins qu’on puisse dire est que ces pays trainent un peu des pieds et tout le monde sait parfaitement que ces contingents africains seront totalement incapables d’aller déloger les rebelles dans leurs dunes désertiques.
Le chef de cette force africaine sera un général nigérian. Mais le Nigéria, « l’éléphant de l’Afrique », est incapable depuis des années de venir à bout de bandes d’Islamistes qui, dans tout le nord du pays, de Kano à Kadouna, font la loi, brûlent les églises et massacrent les Chrétiens.
Dans quelques semaines, on attendra encore la force africaine et on s’apercevra qu’on n’a pas pu restaurer l’Etat malien. La France sera alors obligée de gérer le pays et de mener seule la guerre contre les rebelles. Notre social-démocrate de président aura réinventé le colonialisme et ne fera plus l’unanimité, ni en France, ni à l’étranger, même s’il aura, sans doute, porté des coups sévères aux hommes d’Al Qaïda et à leurs alliés touaregs.
On connait la formule : on sait comment commencent les guerres, on ne sait jamais comment elles finissent. C’est faux. On sait parfaitement qu’elles finissent toujours mal…

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