La Cour d’assises de Paris a rendu hier son verdict dans l’affaire Firmin Mahé, ce « coupeur de route » ivoirien étouffé par des militaires français dans un véhicule de l’opération Licorne en mai 2005.
Quatre hommes étaient dans le box des accusés : le colonel Eric Burgaud, chef de corps, l’adjudant-chef Guy Raugle qui a étouffé Mahé dans un sac de plastique, le brigadier-Chef Johannès Schnier qui a maintenu Mahé et le brigadier Ben Youssouf qui conduisait le véhicule.
Le colonel a été condamné à cinq ans de prison avec sursis, l’adjudant-chef à quatre ans avec sursis, le brigadier-chef à un an avec sursis et le brigadier a été acquitté.
Ce verdict est évidemment incompréhensible. Ou ces hommes ont assassiné de sang-froid un prisonnier sans défense et ils méritaient ce que la loi prévoit dans ces cas-là, 30 ans de réclusion. Ou ces militaires, en opérations dans une zone de guerre, ont obéi aux ordres de leurs supérieurs et ils devaient alors bénéficier d’un non-lieu. La condamnation avec sursis est absurde.
Le colonel Burgaud est condamné pour avoir « transmis » l’ordre de tuer Mahé. Pas pour avoir donné l’ordre. Ce qui veut clairement dire que c’est un de ses supérieurs qui a décidé de faire tuer ce coupeur de routes qui terrorisait la région. Ce supérieur on le connait, c’est le général Henri Poncet. Mais, au cours de l’enquête, le général a bénéficié d’un non-lieu. Aux yeux de notre justice « transmettre » un ordre est donc beaucoup plus grave que le « donner ».
Il est évident que les conditions de l’exécution de Mahé sont particulièrement inadmissibles. Pourquoi l’avoir étouffé dans un sac de plastique alors qu’une rafale de mitraillette aurait été « suffisante » ?
Mais ce procès aurait dû être, en fait, moins celui de ces quatre hommes que celui de nos opérations « extérieures » où nos soldats sont envoyés pour tenter de pacifier des zones de guerre où, au milieu du pire des chaos qui entraine si ce n’est excuse tous les « dérapages », s’affrontent pour des raisons tribales, religieuses, politiques ou économiques des bandes rivales.
Nos « soldats de la paix » deviennent, à tous les coups, la cible favorite des belligérants qui, bien souvent, se réconcilient entre eux contre « l’envahisseur », a fortiori s’il représente l’ancienne puissance coloniale.
Qu’allions-nous faire dans cette galère de la Côte d’Ivoire ? Nous voulions, en instaurant une zone tampon, protéger le régime chancelant de Laurent Gbagbo contre les rebelles du nord partisans de Ouattara. Mais pourquoi diable ? Et d’autant plus que le dit-Gbagbo passait son temps à cracher sur la France.
Quelques mois plus tard, nous faisions attaquer le palais du même Gbagbo qui s’accrochait à son trône à Abidjan pour donner le pouvoir à Ouattara qui revendiquait sa victoire aux élections.
Procès pour procès c’est sans doute celui de cette politique totalement incohérente qu’il aurait fallu ouvrir.

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