Nicolas Sarkozy menace Fillon et Copé de les déclarer « disqualifiés » s’ils ne trouvent pas d’ici mardi un accord quelconque pour mettre un terme au spectacle de chienlit invraisemblable qu’ils offrent aux Français depuis deux semaines.
Il va sans dire que les deux hommes se « contrefoutent » des menaces de l’ancien président.
D’abord, parce que les défaites à répétition qu’il a subies depuis 2007 l’ont largement disqualifié lui-même, même si ces dernières péripéties lui ont permis de revenir sur le devant de la scène beaucoup plus tôt que prévu. Ensuite, parce qu’en les renvoyant tous les deux dos à dos, sans les départager, il les laisse à égalité. Enfin et surtout parce que cette présidence de l’UMP étant, pour Fillon comme pour Copé, la route incontournable pour aller à l’Elysée, ils ne vont, bien sûr, ni l’un ni l’autre, obtempérer aux injonctions de cet homme qu’ils veulent voir hors du jeu à tout jamais et qu’ils ont, en fait, toujours souverainement détesté.
Le combat qu’ils se livrent sera « à mort » car ils savent, l’un et l’autre, que le perdant, sans parti et donc sans trésor de guerre, n’aura plus guère de chance pour les primaires de la droite en 2016. Fillon a créé un groupe parlementaire autonome, il n’a jamais parlé de créer un nouveau parti. Ils sont aussi, l’un et l’autre, convaincus que, les Français ayant la mémoire courte, tout le monde aura oublié avant longtemps ce spectacle honteux, ces tricheries affligeantes et les conditions dans lesquelles le vainqueur l’aura finalement emporté.
Les menaces de Sarkozy ne pourraient avoir un semblant d’effet que s’il avait dans sa manche un troisième homme (ou une troisième femme) qu’il « qualifierait » après avoir « disqualifié » les deux autres. On ne veut pas croire que l’ancien président pense à lui pour reprendre les rênes du parti. Mais alors qui pourrait-il sortir de son chapeau pour renvoyer les deux zigotos au vestiaire ? Xavier Bertrand qui connait bien l’appareil depuis qu’il a été secrétaire général, Bruno Le Maire qu’il aurait sans doute nommé à Matignon s’il avait été réélu, Nathalie Kosciusko-Morizet ?
Mais ce coup de théâtre en forme de coup d’Etat supposerait qu’on remette tout à plat, qu’on annule officiellement les élections, que le (ou les) nouveau(x) candidat(s) ai(en)t les parrainages nécessaires et qu’on procède à de nouvelles élections alors que Copé (que certains appellent maintenant « Gbagbo » en souvenir du président ivoirien qui s’accrochait à son trône) se cramponnerait toujours à son siège de président-autoproclamé-contesté et que Fillon, président-autoproclamé-victimisé, s’étranglerait d’indignation.
A moins, bien sûr, que Sarkozy n’imagine un système de désignation d’un nouveau président de l’UMP sans avoir à passer par les procédures prévues dans les statuts. On se souvient que les résultats d’un référendum sur une constitution européenne lui ayant déplu, il n’a pas hésité à forcer le destin en s’asseyant sur la volonté populaire et en faisant adopter ce texte par d’autres procédures…

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