Jean-Marc Ayrault a, évidemment, eu tort de dire que Gérard Depardieu était « un minable » sous prétexte qu’il avait décidé de fuir un système fiscal qui l’impose, cette année, à 85% de ses revenus et d’aller couler des jours plus heureux en Belgique.
On peut dire beaucoup de choses de notre célèbre acteur, qu’il est une grande gueule, un alcoolique invétéré, un pitre qui se croit tout permis, mais pas qu’il est « un minable ».
Curieusement d’ailleurs, ce mot de « minable » convient infiniment mieux à notre Premier ministre lui-même, ce petit prof d’allemand qui a largement dépassé les limites de son incompétence en accédant à Matignon après des années de bons et loyaux services obséquieux rue Solferino (et, soyons justes, une bonne gestion de sa ville de Nantes). Aujourd’hui même, Ayrault perd encore 8 points dans le sondage de l’Ifop pour le Journal du Dimanche et 63% des Français se disent désormais « mécontents » de lui, ce qui est assez… « minable ».
Dans une lettre ouverte publiée, ce matin, par ce même JDD, Depardieu mouche avec le talent qu’on lui connait le Premier ministre. Parodiant la fameuse réplique de Jouvet dans Drôle de drame, il s’écrie : « Minable, vous avez dit minable ? C’est minable ».
Il poursuit : « Je ne demande pas à être approuvé, je pourrais au moins être respecté ». Il évoque alors tous ceux qui, avant lui et pour les mêmes raisons, ont déjà fui la France et pour lesquels le Premier ministre ne s’était pas cru obligé d’être injurieux. Puis, il rappelle qu’il a commencé à travailler à 14 ans comme imprimeur et manutentionnaire, qu’en 45 ans, comme artiste dramatique, il a payé 145 millions d’impôts et qu’il fait travailler aujourd’hui 80 personnes.
Dans une belle envolée finale, il conclut : « Je vous rends mon passeport français et ma sécurité sociale dont je ne me suis jamais servi »
Il parait qu’une majorité de Français a été choquée par le départ de Depardieu. Aujourd’hui, on aimerait savoir combien de nos compatriotes aimeraient pouvoir adresser une telle lettre au Premier ministre « minable », avant de prendre, eux aussi, leurs cliques et leurs claques pour aller vivre dans un pays où on ne persécute pas systématiquement tous ceux qui ont réussi, où les classes moyennes ne dégringolent pas dans la précarité, où les jeunes ont encore un vague espoir d’avenir et où l’Etat n’est pas totalement incapable d’assumer ses devoirs régaliens les plus élémentaires.
Depuis qu’il a fait son petit voyage dans l’au-delà, plus personne ne fait attention à ce que dit Jean-Pierre Chevènement. C’est dommage. Hier, alors que se préparait la grande manifestation en faveur du mariage homosexuel, l’ancien ministre déclarait dans une interview au Monde : « Arrêtons d’enflammer le France avec des questions marginales. Ces réformes dites sociétales sont trop souvent le cache-misère d’une insuffisante prise en compte des questions économiques et sociales. Je le redis à François Hollande : il faut mobiliser sur l’essentiel et ne pas s’égarer sur des chemins de traverse ».
Le vieux sénateur de Belfort qui n’est pas un « minable » et qu’on peut difficilement taxer d’être un fasciste d’extrême-droite a raison. Au lieu de s’occuper du mariage « pour tous », François Hollande et Jean-Marc Ayrault feraient beaucoup mieux de se demander pourquoi Depardieu, après Arnault et des centaines d’autres « riches », veut fuir la France. La réponse est toute simple : il en a « marre » d’être étranglé par l’administration fiscale, soi-disant au nom de la solidarité, alors qu’en même temps on compte désormais, dans ce même pays, 8,5 millions de « pauvres » qui crèvent la faim malgré cette solidarité bidon.
Parce qu’il est un énième avertissement lancé à ce gouvernement qui ne fait qu’aggraver un système devenu délirant, le départ de Depardieu est beaucoup plus important qu’une marche de « travelos », un dimanche après-midi, à travers la capitale.

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