La gauche a, évidemment, beau jeu d’ironiser sur la droite qui, depuis maintenant plus de deux semaines, nous offre le spectacle particulièrement grotesque de son combat de chefaillons.
Tout le monde reconnait désormais que l’élection du président de l’UMP a été tripatouillée dans tous les sens. Mais on ne sait plus lequel, de Fillon ou de Copé (qui se sont tous les deux autoproclamés vainqueurs) remporte la palme du ridicule.
Fillon, dans le rôle du mauvais perdant, crée un groupe dissident à l’Assemblée mais n’ose pas, pour des raisons sans doute financières, provoquer la scission de l’UMP alors qu’elle semble pourtant désormais consommée. Copé, dans le rôle du vilain tricheur, accepte –enfin- qu’il y ait de nouvelles élections pour la présidence de l’UMP mais… dans deux ans, après les municipales.
L’un menace de tout faire sauter mais ne peut pas se le permettre. L’autre fait semblant de négocier mais se moque évidemment du monde, même si, en acceptant le principe de faire revoter, un jour, les militants, il reconnait implicitement qu’il a été mal élu.
Ce dialogue de sourds (et d’aveugles car ils ne voient pas les dégâts qu’ils provoquent dans l’opinion) peut durer encore un bon moment. Copé s’imagine que le temps joue pour lui et qu’à la longue, puisqu’il s’est installé dans le bureau du président du parti et qu’il s’y cramponne, on finira par le reconnaitre comme « chef de fait » et que Fillon apparaitra comme un mauvais joueur rancunier. Il ne se rend pas compte qu’il est aujourd’hui totalement discrédité et qu’avec cette image de fieffé tricheur il n’est plus qu’un usurpateur qui a perdu toute légitimité pour devenir le porte-parole de l‘opposition.
Fillon pense qu’avant longtemps l’autre va s’effondrer et il a, évidemment, raison de répéter inlassablement que seules de nouvelles élections, très rapides, pourraient départager les deux présidents autoproclamés. Elles ne permettraient cependant pas de sortir de la crise et de réconcilier tout le monde.
Les deux semaines qui viennent de s’écouler ont mis au grand jour toutes les incohérences de l’UMP, cette auberge espagnole dans laquelle on avait voulu faire cohabiter les anciens du RPR et de l’UDF, fracture aggravée, bien sûr, par la tentation qu’ont désormais certains d’aller vers « une union de toutes les droites », y compris l’extrême, alors que les autres restent convaincus que « les élections se gagnent toujours au centre », comme l’affirmait Pompidou.
Si les militants de l’UMP étaient invités à revoter dans les semaines à venir, il est vraisemblable que Fillon l’emporterait. Les sondages prouvent que Copé a eu beaucoup plus à souffrir de toutes ces péripéties que son ennemi. Que deviendrait alors le président « déchu » ? Il se préparerait pour les primaires de 2016. C’est sans doute pourquoi il propose maintenant que la réforme des statuts interdise au président du parti d’être candidat aux primaires.
Quoi qu’il en soit, cette guerre à mort des chefaillons de la droite leur a interdit d’ironiser à leur tour sur le spectacle tout aussi ridicule que nous impose la gauche depuis quelque temps. Et c’est bien dommage.
Après les palinodies hollandaises sur la TVA plus ou moins sociale et sur le traité budgétaire, nous avons tout de même eu droit à ce qu’il faut bien appeler un éclatement de la majorité présidentielle avec des écologistes tiraillés entre leur idéologie et leur envie de rester au gouvernement puis avec les communistes et les amis de Mélenchon votant au Sénat, comme la droite, contre les projets du gouvernement. Sans parler de la gauche du PS qui, elle-même, commence à ruer dans les brancards.
Dernier épisode : l’affaire Montebourg. Le ministre du Redressement productif qui s’était cru autorisé à jouer les marioles dans le dossier Arcelor-Mittal en brandissant la menace d’une nationalisation du site de Florange et en racontant qu’il avait trouvé un repreneur a été sèchement désavoué, pour ne pas dire ridiculisé par Jean-Marc Ayrault.
Libération nous apprend aujourd’hui qu’il a failli démissionner. Cela aurait, en effet, été la moindre des choses. Mais, bien sûr, comme sa collègue Cécile Duflot, il préfère avaler son chapeau et quelques couleuvres plutôt que d’abandonner son palais doré.
Bref, à droite comme à gauche, ils se ridiculisent à qui mieux-mieux, les uns s’entretuant à plaisir, les autres se reniant sans pudeur. Mais le tohu-bohu de la droite faisant plus de vacarme que les trahisons de la gauche, on parle davantage de cette droite en capilotade que de cette gauche déjà en décomposition.
Et pendant ce temps-là, le chômage augmente, les ventes de voitures françaises s’effondrent, etc…

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