La Côte d’Ivoire est totalement en ruines. La guerre civile qui a longuement opposé les partisans de Laurent Gbagbo, le président battu, aux partisans d’Alassane Ouattara, le président élu, -en fait les nordistes aux sudistes- et à laquelle l’armée française a mis un terme a dévasté complètement le pays. Nous le regrettons tous très sincèrement.
Mais comme François Hollande, reprenant là les engagements de la plupart de ses prédécesseurs, nous avait dit que la « Françafrique » était terminée et qu’il voulait écrire une nouvelle page de l’histoire des relations entre Paris et ses anciennes colonies, nous pensions naïvement que les malheurs de la Côte d’Ivoire ne nous concernaient plus.
Or, Pierre Moscovici, notre ministre de l’Economie, et Pascal Canfin, notre ministre du Développement, passent le week-end à Abidjan. Pour quoi faire ? Pour signer avec le gouvernement ivoirien un « Contrat de Désendettement et de Développement » (on appelle çà un C2D) : 630 millions pour les deux prochaines années et 2,85 milliards sur quinze ans.
On dira que ce n’est pas beaucoup et que la Côte d’Ivoire (dont nous avons déjà effacé la dette) en a terriblement besoin. Certains ajouteront que nous devons maintenir notre présence dans ce pays qui, comme beaucoup de ses voisins, commence à être envahi par des investisseurs chinois. Moscovici, lui, a déclaré que la France voulait encourager le gouvernement d’Alassane Ouattara dans ses efforts de réconciliation nationale et de reconstruction.
Ces arguments tiennent difficilement la route.
D’abord, parce que si la Côte d’Ivoire a sûrement besoin de renflouer ses caisses, la France, elle aussi endettée jusqu’au cou, n’a évidemment plus les moyens de dilapider à travers la planète des milliards qu’elle doit elle-même emprunter.
Ensuite, parce que si les Chinois construisent des usines un peu partout en Afrique, ils n’arrosent pas les gouvernements locaux mais se contentent de chercher de la main d’œuvre à bas prix pour continuer à pouvoir submerger le monde entier avec des produits défiant toute concurrence. Ils ne font pas de l’aide au développement mais remettent simplement en pratique l’esclavagisme d’antan. D’ailleurs, il faut se souvenir qu’il y a quelques années on nous disait qu’il nous fallait faire face aux Etats-Unis qui envahissaient l’Afrique. Il semble qu’ils aient compris que le continent noir n’était pas la terre la plus prometteuse et qu’ils soient vite repartis.
Enfin, toutes les organisations présentes actuellement en Côte d’Ivoire, de l’ONU aux ONG, s’affolent des innombrables violences commises par le gouvernement de Ouattara contre les anciens partisans de Gbagbo. Il n’y a aucune réconciliation nationale et c’est encore l’heure des règlements de compte les plus sanglants entre sudistes et nordistes.
Il est évident que Moscovici, en tant que socialiste, cherche aujourd’hui à se faire pardonner par Ouattara le soutien sans faille et jusqu’à l’ultime dernier moment que les socialistes français ont apporté à leur « camarade » de l’Internationale socialiste Laurent Gbagbo, le plus anti-français des dirigeants africains. Mais 2,85 milliards, cela fait cher comme prix du pardon !
Et cela démontre surtout que la « Françafrique » a encore de beaux jours devant elle. La Corrèze, pourtant terre présidentielle s’il en est, passe toujours après le Zambèze…

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