On attendait avec inquiétude le discours que devait prononcer, ce matin, François Hollande devant le parlement algérien. Avec lui, on peut toujours redouter le pire et sa propension à céder devant tous les lobbies à la mode dans le petit Paris élégant pouvait faire craindre qu’il ne dérape une nouvelle fois vers la repentance, comme il l’avait fait à propos de la manifestation du FLN à Paris en 1961.
Il faut reconnaitre qu’aujourd’hui il s’en est plutôt mieux sorti.
Certes, il a déclaré : « Pendant 132 ans, l’Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal. Ce système a un nom, c’est la colonisation et je reconnais ici les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien ».
Certains pourront lui reprocher de ne pas avoir rappelé que ce système « injuste et brutal », pratiqué par toutes les grandes puissances de la planète pendant des millénaires, avait eu, aussi, des… « aspects positifs » en apportant de nombreux progrès, en construisant des infrastructures, une économie, des écoles, des hôpitaux, etc. Mais c’eut été, évidemment, de la provocation et ce n’était pas l’heure.
Plutôt que de défendre les quelques bienfaits de la colonisation française –ce qui n’est toujours pas possible aujourd’hui- Hollande s’en est pris, à mots couverts, aux atrocités commises par les nationalistes algériens pendant les sept ans de cette guerre qui n’osait pas dire son nom.
« La vérité, s’est-il écrié, doit être dite aussi sur les conditions dans lesquelles l’Algérie s’est délivrée du système colonial, sur cette guerre d’Algérie (…) Nous avons le respect de la mémoire, de toutes les mémoires. Nous avons ce devoir de vérité sur la violence, les injustices, les massacres, la torture ».
Chaque mot était, bien sûr, pesé et, du coup, toutes les mémoires étaient réveillées et les torts étaient ainsi, en quelques sortes, partagés. Le mot « torture » reconnaissait une faute, hélas incontestable et indélébile, de l’armée française. Mais le mot « massacres » rappelait, pour la première fois, que c’étaient les fellaghas du FLN qui avaient plongé l’Algérie dans les horreurs de la guerre.
Il semble que les Algériens n’aient pas compris l’allusion. Pourtant Hollande a enfoncé le clou en concluant par ces mots : « Etablir la vérité c’est une obligation qui lie les Algériens et les Français. Il est nécessaire que les historiens aient accès aux archives. La paix des mémoires repose sur la divulgation de l’histoire ». Il a, bien sûr, raison.
L’ennui c’est que, depuis un demi-siècle, le régime algérien ne veut pas de cette divulgation de l’histoire car il se maintient contre vents et marées, échecs et corruption, grâce à la légende qu’il a construite.
Le face-à-face d’aujourd’hui était d’ailleurs curieux. D’un coté, un président français, fils d’un partisan de « l’Algérie française » et disciple d’un Mitterrand qui en fut l’un des plus farouches défenseurs, de l’autre côté, un président algérien, dernier survivant de cette guerre, et accroché de ce fonds de commerce d’un autre âge.
Autour d’eux, les hommes d’affaires français qui hésitent à investir et les jeunes Algériens qui veulent des visas avaient peu de chances de se faire entendre.

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