Hier, un homme a été assassiné en Corse. C’est le vingtième depuis le début de l’année. Et, cette nuit, vingt-quatre résidences secondaires ont été plastiquées à travers l’île.
Il y a quinze jours, en visite à Ajaccio, Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur, accompagné de Christiane Taubira, la garde des Sceaux, nous avait affirmé que les choses allaient changer dans l’ile, que des renforts de police allaient arriver, que la République ne tolérerait pas…, que la démocratie ne supporterait pas…, que le gouvernement saurait assumer ses responsabilités, que…
Jamais les truands corses ne s’étaient entretués à une telle cadence en Corse, à croire qu’ils veulent rivaliser avec leurs confrères marseillais. Et cela faisait bien longtemps que les indépendantistes n’avaient pas organisé une pareille « nuit bleue », à croire qu’ils veulent ridiculiser le ministre chouchou de tous les sondages et qui se prend pour Zoro.
On comprend, à la rigueur, que la police ait des difficultés, à Marseille comme en Corse, à mettre un terme aux règlements de comptes entre gangsters en tous genres, trafiquants de drogue et escrocs immobiliers. On pourrait d’ailleurs presque se demander si elle ne les laisse pas se supprimer eux-mêmes. A moins que, comme à Marseille, certains policiers en poste sur l’ile n’entretiennent des relations particulières avec les voyous.
Ce qu’on ne comprend pas c’est que les plastiquages de résidences secondaires continuent. Pour qu’il y ait eu, pratiquement au même moment, vingt-quatre plastiquages à travers toute ile, il faut, évidemment, qu’il y ait eu un certain nombre de plastiqueurs. Plusieurs dizaines. Ce sont des gens que, parait-il, tout le monde connait en Corse. Des vieux militants indépendantistes auxquels se mêlent maintenant de nouvelles recrues venues des limites de la délinquance. Il n’y a, dit-on, plus guère de frontière entre les patrons de bistrots proxénètes qui s’entretuent et les militants nationalistes qui font sauter des pains de plastique.
Faire sauter des villas de continentaux c’est, à la fois, refuser « l’invasion par les étrangers », au nom du nationalisme corse, défendre les paysages du littoral, au nom de la protection de la nature, et surtout, surtout, s’en prendre à des promoteurs concurrents.
Cette imbrication entre truands et indépendantistes devrait faciliter la tâche de la police puisqu’en principe, les uns et les autres sont fichés. Elle la complique. Car, en Corse, dès qu’on observe les « affaire immobilières », bien souvent véreuses, on rencontre des notables fréquentant des repris de justice, des élus dont on attend depuis des années, avec impatience, mais en vain, la mise en examen.
On nous parle de la fameuse « omerta » corse qui imposerait à tous le silence. En réalité, le vrai problème de la Corse c’est beaucoup moins cette « règle d’honneur » que la compromission générale et la complicité collective, ces élus qui signent des autorisations de construire et tapent le carton avec les patrons des petites maffias locales.
En s’attaquant au problème corse sans donner un gigantesque coup de pied dans cette fourmilière où grouillent, autour des bars louches d’Ajaccio, de Bastia, de Calvi ou de Corte, clans de droite et clans de gauche, Valls va démontrer l’impuissance du pouvoir. Tout comme Hollande qui veut juguler le chômage en s’en prenant aux riches ou Montebourg qui veut sauver la sidérurgie lorraine en menaçant de la nationaliser.
Avant de vouloir jouer les Zorros, il faut savoir identifier les adversaires.