D’après tous les sondages, Manuel Valls serait le plus populaire de tous nos ministres, pour ne pas dire le seul. Il ne faut pas s’en étonner.
Notre ministre de l’Intérieur livre les militants de l’ETA à l’Espagne, détruit des campements de Roms, expulse les imams radicaux et envoie des renforts de police à Marseille. Il fait exactement tout ce que faisaient ses prédécesseurs place Beauvau, Sarkozy, Hortefeux ou Guéant. Et sûrement en mieux puisque personne ne le lui reproche alors qu’on accablait d’injures ces prédécesseurs en question. D’ailleurs peut-on reprocher au « premier flic de France » de faire son métier ?
Seuls ceux qui ont un tout petit peu de mémoire esquisseront un sourire. Car ils se souviennent que, quand c’étaient Sarkozy, Hortefeux ou Guéant qui livraient à Madrid des indépendantistes basques, la gauche unanime, et à commencer par Valls, s’étouffait d’indignation en évoquant « la tradition française de l’asile politique » ; quand c’était la droite qui chassait les Roms, l’opposition d’alors hurlaient au « racisme » ; quand les amis de Sarkozy s’en prenaient aux imams qui appelaient à la guerre sainte, ceux de Hollande se mobilisaient contre « la stigmatisation des musulmans » ; et quand les « fascistes » faisaient sauter un préfet de Marseille après un énième règlement de comptes entre truands, les défenseurs patentés des Droits de l’homme ironisaient sur l’impuissance de la répression, prônant, eux, la seule prévention.
L’ennui, bien sûr, c’est que Valls nous avait raconté, quand il était encore dans l’opposition, que, le jour où la gauche serait au pouvoir, elle saurait faciliter les négociations entre les Basques et Madrid, qu’aucun campement de Roms ne serait détruit avant qu’une solution de relogement des nomades n’ait été trouvée, qu’il instaurerait la formation d’imams « à la française » pour qu’il n’y ait plus de prédicateurs venus d’ailleurs et qu’à Marseille la République saurait imposer l’état de droit, même chez les caïds de la drogue.
Naturellement, on peut regretter que le programme angélique de Valls n’ait été qu’une suite de fadaises plus utopiques les unes que les autres et que tous les hommes ne soient pas de gentils garçons avançant gaiment sur un chemin recouvert de pétales de roses.
Mais il est heureux qu’à peine arrivé au pouvoir Valls ait, sans la moindre pudeur, remis ses fariboles dans sa poche avec son mouchoir par-dessus et que, sans l’avouer bien sûr, il ait reconnu que contre le terrorisme, la délinquance, le fanatisme et le grand banditisme, un Etat, responsable de la sécurité des personnes et des biens, n’avait guère le choix.
Les socialistes ne sont pas les mêmes quand ils sont dans l’opposition ou au pouvoir et il faut leur rendre justice. Ce sont eux qui ont toujours battu tous les records de répression. Ils manient beaucoup mieux la matraque que les gens de droite. Jules Moch a été le seul ministre de l’Intérieur à faire donner l’armée contre des grévistes, c’est Guy Mollet qui a envoyé le contingent en Algérie, Edith Cresson a expédié beaucoup plus de charters vers l’Afrique que Pasqua.
Mais au-delà du cas Valls qui est passé sans crier gare du « tout gentil » au « tout répressif » en se mettant à singer ses prédécesseurs, il va être intéressant de voir si ses collègues du gouvernement font en faire autant. Vont-ils trouver des solutions nouvelles, inattendues, voire révolutionnaires pour lutter contre le chômage, les déficits, la fracture sociale, le naufrage de l’Ecole, celui de nos hôpitaux ou vont-ils reprendre, en les époussetant à peine, les vieilles recettes éculées de tous leurs prédécesseurs qu’ils ont fustigés pendant des années, les contrats bidons, les augmentations d’impôts, les plans Marshall de ceci ou de cela, les lois-programmes de tout et de n’importe quoi ?
En 1983, Mitterrand avait effectué ce qu’on avait appelé « le virage de la rigueur ». En fait, il s’agissait simplement d’un retour au réalisme. Valls a déjà fait sa volte-face. Les autres vont sans doute être obligés d’en faire autant avant longtemps.

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