Il parait que c’est l’image qui circule le plus aujourd’hui sur la toile. On y voit Gérard Longuet, sénateur de la Meuse, ancien ministre de la Défense, faire… un bras d’honneur. La scène s’est passée à la fin de l’émission « Preuves par 3 » sur Public Sénat, pendant le générique et alors que Longuet pensait que les caméras étaient déjà coupées. Il répondait à un journaliste qui lui demandait, hors antenne, sa réaction aux propos du ministre algérien des Anciens combattants qui venait d’exiger de la France « une reconnaissance franche des crimes perpétrés par la colonialisme français ».
Le geste est évidemment choquant. Les notables de la République n’ont pas à adopter la gestuelle des loubards de banlieue. Tout le monde avait condamné Emmanuelli, socialiste et lui aussi ancien ministre, quand il avait fait un doigt d’honneur à la droite en plein hémicycle, au cours d’un débat. Il y a donc des loubards attardés à droite comme à gauche.
Mais après avoir condamné le geste de Longuet, on est bien obligé de reconnaitre qu’il exprime (sans doute maladroitement) le sentiment d’un certain nombre de Français qui ne peuvent plus supporter le mot « repentance ».
Depuis une vingtaine d’années, nos dirigeants politiques, de droite comme de gauche, se croient obligés de rouvrir nos livres d’histoire, de les réécrire à leur façon et de n’en sortir que les pages les plus noires, en se complaisant dans une sorte de masochisme et d’autoflagellation. A les entendre, la France n’a connu que des défaites, plus honteuses les unes que les autres, et a surtout commis tous les crimes de l’humanité.
La France a torturé en Algérie et on oublie le terrorisme et les atrocités commises par le FLN, on ne nous parle que de Pétain et de la collaboration et on oublie de Gaulle et la France libre, on pourrait croire que la France a été le seul pays à avoir eu un empire colonial et on oublie que c’est la gauche « généreuse », de Jules Ferry à Léon Blum, qui a voulu que « les races supérieures apportent la civilisation aux races inférieures » (discours de Jules Ferry du 28 juillet 1885), etc.
Bien des Français en ont assez. D’abord, parce qu’il ne sert à rien de ressasser indéfiniment le passé. Ensuite parce que cette repentance exige une falsification de l’Histoire. Comme la justice, l’Histoire doit avoir deux plateaux, l’un pour ce qu’on appelle « les aspects positifs », l’autre pour « les aspects négatifs ». On se souvient du débat au cours duquel nos « bons esprits » avaient obtenu que « les aspects positifs » de la colonisation française ne soient pas étudiés dans nos écoles.
La guerre d’Algérie a, comme toutes les guerres, provoqué bien des drames et entrainé bien des atrocités. Evidemment, des deux côtés. Alors de deux choses l’une. Ou on tourne la page et on n’en parle plus pour essayer de construire un avenir aux relations franco-algériennes. Ou on ouvre vraiment le dossier et on demande à de vrais historiens, français et algériens, d’établir, une bonne fois pour toutes, la liste exhaustive des « crimes perpétrés par le colonialisme français » et… par les rebelles algériens.
Mais les deux solutions sont aujourd’hui impossibles car le dialogue ne peut pas s’ouvrir entre Paris et Alger. En France, la guerre d’Algérie est définitivement entrée dans le passé. Les Pieds-Noirs se sont totalement assimilés à la Métropole, les enfants de harkis commencent à s’en sortir et ceux du contingent que Guy Mollet, un socialiste, avait envoyés faire la guerre en Algérie ont forcément plus de 70 ans.
En Algérie, c’est totalement différent même si, là aussi, bien sûr, l’écrasante majorité de la population n’a pas connu ces « événements ». La guerre d’Algérie reste le fonds de commerce du pouvoir en place. 50 ans après l’indépendance, Bouteflika est chef de l’Etat parce qu’il a été un combattant de la rébellion et ses amis du FLN évoquent en permanence cette guerre vielle d’un demi-siècle pour maquiller leur incompétence et leur corruption qui ont fait sombrer l’économie de leur pays au point que les jeunes désespérés n’ont plus qu’un rêve : obtenir un visa pour aller travailler dans l’ancienne métropole honnie.
Tant que cette génération s’accrochera au pouvoir avec pour seule rengaine de s’en prendre à la France et à ses « crimes » sans vouloir évoquer la moindre responsabilité du FLN dans ces atrocités, aucun dialogue ne sera possible entre les deux pays et il serait, bien sûr, ridicule (et indécent) de parler d’une amitié franco-algérienne, quoi que puissent en penser les 700.000 Algériens bien contents de vivre aujourd’hui en France.
Le geste de Gérard Longuet symbolise l’exaspération de certains Français devant cette mode de la repentance. On veut croire que François Hollande qui a déjà dérapé à propos de la commémoration de la manifestation du FLN en plein Paris en 1961, le comprendra et ne se croira pas obligé, lors de son voyage officiel à Alger, en décembre prochain, de se rouler dans la cendre et de battre sa coulpe. Mais, avec lui, rien n’est sûr.

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