Pour une fois, Jean-Vincent Placé, le président du groupe Europe-Ecologie-les-Verts au Sénat, a parfaitement raison. Il se demande, ce matin, ce que font les Verts au gouvernement. Cela faisait quelque temps déjà qu’un certain nombre de Français se posait la même question.
Personne n’avait compris l’accord-magouille signé par Martine Aubry, alors encore première secrétaire du PS, et son homologue d’EELV, Cécile Duflot, qui, avant la présidentielle, accordait généreusement, pour les législatives, un paquet de circonscriptions aux écolos en échange d’un soutien à François Hollande au second tour.
Certains avaient vu là un piège pour ne pas dire une bombe à retardement habillement préparé par Martine Aubry contre son « ami » Hollande. Il était évident qu’en faisant embarquer Cécile et ses petits copains à bord du pédalo de François, Martine savait qu’il y aurait de la mutinerie dans l’air avant longtemps.
Le résultat lamentable obtenu par Eva Joly au premier tour de la présidentielle aurait dû permettre à Hollande d’oublier cet accord qu’il n’avait pas signé lui-même et qu’il avait même désapprouvé en son for intérieur.
Mais croyant connaitre la nature humaine, Hollande a pensé qu’en donnant à Cécile Duflot un os à ronger, et même un gros gigot à dévorer gloutonnement il la ferait rentrer sagement dans le rang et qu’il pourrait alors se targuer d’être à la tête d’une gauche variée et largement unie.
Cécile Duflot a donc été nommée ministre du Logement et son acolyte inconnu, Pascal Canfin, ministre délégué au développement. Deux Ecolos au gouvernement en récompense des 2,31% obtenus par Eva Joly, c’était scandaleusement bien payé !
Mais n’est pas Mitterrand qui veut et il était prévisible qu’en se montrant ostensiblement hésitant, tergiversant, indulgent, Hollande inciterait les sales gosses du fond de la classe à faire du chahut et à se croire tout permis.
Confortablement installée dans son palais doré de la République et avec ses robes de cocktail, Cécile Duflot a multiplié les provocations et les pieds-de-nez à propos de la drogue et de n’importe quoi. Quand Jean-Marc Ayrault se permettait d’essayer de la « recadrer », son Excellence répondait, avec une morgue stupéfiante, qu’elle était à la fois solidaire du gouvernement et… fidèle à son parti. Jamais, semble-t-il, Hollande n’a eu l’idée de la virer sur le champ ce qu’aurait fait n’importe quel chef d’Etat digne de ce nom.
Résultat : aujourd’hui ce sont les Verts qui menacent de quitter le gouvernement. Placé fait, bien sûr, là un mauvais coup à sa camarade Duflot qui a pris goût si ce n’est au pouvoir du moins aux nombreux petits avantages qu’il apporte et qui aimerait bien visiblement « en croquer » encore un peu puisqu’on lui permet toutes les incartades. Mais Placé qui est un malin a compris que son parti-croupion, avec son groupe au Sénat et son groupe à l’Assemblée, pouvait être autrement plus nuisible –et donc plus important- en étant carrément dehors plutôt qu’à moitié dedans.
Et au même moment, les autres « amis » du président, le Front de gauche de Mélenchon et des communistes passe au Sénat dans l’opposition en votant, avec la droite, contre la loi sur l’énergie et la loi de programmation budgétaire 2012-2017.
Il y a donc bel et bien comme un petit air de mutinerie à bord du pédalo. A croire que certains membres de cet équipage hétéroclite lisent les sondages, préparent déjà les municipales de 2014 et ne parient pas sur la longévité de Jean-Marc Ayrault.
Pour certains, être membre du gouvernement Ayrault n’est plus un emploi d’avenir…

Mots-clefs : ,