Les Français vont-ils passer encore quatre ans et demi à se demander s’ils n’ont pas fait une erreur en élisant François Hollande et celui-ci va-t-il continuer, de discours en émissions de télévision et en conférences de presse, à tenter de démontrer qu’il n’a pas été le bénéficiaire d’une grave erreur de casting ?
On nous annonce qu’au cours de sa conférence de presse de demain, le président va « fixer un cap » et faire « preuve d’autorité ». On ne peut que l’espérer.
Depuis six mois, il faut bien dire que tout va à vau-l’eau.
Au début, on pouvait reprocher au nouvel élu de ne rien faire. Il se contentait, pour ses premiers tours de piste, de jouer les « normaux », tout sourire, tout gentil et même prenant le train ce qui ne s’était plus beaucoup fait depuis Deschanel. Ayant été élu sur le thème du changement, il croyait qu’il lui suffisait de faire de l’anti-sarkozisme dans la gestuelle. On avait accusé l’autre d’être un « agité », il allait se présenter en « pépère peinard », en président d’un conseil général plutôt qu’en chef d’Etat. Cela a commencé à décevoir un peu.
Et puis il a bien fallu qu’il se mette au travail. Alors, très curieusement, il s’est mis à faire… du sarkozisme. Il a adopté sans piper le traité européen signé par Sarkozy et Angela Merkel qu’il avait éreinté, il a fini par reconnaitre qu’il allait falloir augmenter la TVA, etc. D’ailleurs, tous ceux auxquels il avait demandé des conseils lui démontraient qu’il n’avait pas le choix. Louis Gallois lui a dit qu’il fallait alléger les charges des entreprises, réduire les dépenses de l’Etat et augmenter les impôts et Lionel Jospin s’est contenté de ressortir des fonds de tiroir le non-cumul des mandats et une petite dose de proportionnelle.
Même si c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, c’était la soupe à la grimace. Et le chômage continuait à augmenter aussi vite que les prélèvements alors que personne ne pouvait croire une seule seconde que les « emplois d’avenir », des emplois aidés concernant beaucoup plus le mode associatif que l’économie réelle et « remake » de tout ce qu’on avait essayé jusqu’à présent pour endiguer le chômage des jeunes avaient la moindre chance d’être efficaces. Pas plus d’ailleurs que les « contrats de génération », une usine à gaz qui reprenait le principe des apprentis et ne pouvait éventuellement fonctionner que dans les très petites entreprises.
Sur le plan international –domaine soi-disant « réservé » au chef de l’Etat- Hollande ne faisait pas non plus des étincelles. Nous sommes en délicatesse avec l’Allemagne qui se remet à nous critiquer sans le moindre ménagement, en froid avec la Grande-Bretagne prête à accueillir nos derniers milliardaires, les pays européens du sud dont le président voulait prendre la tête (et la défense) nous ignorent superbement.
Obama ne sait toujours pas où se trouve Paris et Poutine l’a complètement oublié. La première tournée africaine qui devait enterrer la Françafrique n’a servi à rien, pas plus que le voyage au Laos censé redonner à Paris une petite place en Asie.
Pour ce qui est de la Syrie, après les rodomontades des premiers jours, l’Elysée est désormais aux abonnés absents et pour le Mali nous attendons maintenant, sans conviction, que les Etats africains fassent quelque chose tout en leur promettant aide et assistance.
On pensait qu’après tant d’années passées à la tête du PS, Hollande était au moins un habile politicien pour ne pas dire politicard. Or, il démontre chaque jour qu’il est totalement incapable de « tenir » sa majorité ce qui est pourtant l’A.B.C. du métier. Ses alliés écologistes le défient tous les 8 jours, ses « amis » du Front de gauche deux fois par semaine. Et, pire encore, au sein même du PS certains n’hésitent plus à réclamer publiquement un minimum d’autorité et quelques précisions sur « le cap ».
Pourtant, dans son malheur, Hollande a une chance incroyable. La droite ne sait plus où elle en est et hésite entre une « droitisation » avec Copé, pour tenter de récupérer les voix que le Front National lui a barbotées, et une « centrisation » avec Fillon, pour empêcher Borloo de sortir de sa boite et de rafler la mise. Autant dire que cette droite-là qui s’entredéchire n’est pas, pour le moment, en mesure de jouer son rôle d’opposition. Mais Hollande ne sait pas en profiter.
A l’Elysée, on continue à raconter que le président doit gérer un héritage épouvantable, que la crise est loin d’être terminée et que le président a sa « méthode » qui consiste à ne brusquer ni les choses ni les gens et à rechercher le consensus.
Mais six mois après sa prise du pouvoir, Hollande ne peut plus continuer indéfiniment à nous faire « le coup de l’héritage ». Et la crise, même s’il la niait quand c’étaient « ceux d’avant » qu’elle déstabilisait, il ne peut pas dire qu’il la découvre. En se présentant, il souhaitait être le président de la crise. Quant à sa méthode, il ne semble pour l’instant que ni sa propre majorité ni les syndicats qui devaient en être les premiers ravis ne l’apprécient.
Il est donc, en effet, grand temps que le président nous disent, au cours de cette conférence de presse de demain, ce qu’il a l’intention de faire et surtout qui il est.
Il a déjà raté piteusement plusieurs oraux de rattrapage, notamment à la télévision. Il est vrai que le problème auquel il doit faire face est particulièrement redoutable.
C’est moins sa politique que son absence de politique que les Français lui reprochent. Ce n’est donc pas en se faisant l’avocat des « emplois jeunes » ou des « contrats de génération », ni même celui du mariage des homosexuels pas plus qu’en nous promettant que, demain, nous allons, grâce à lui, sortir de la crise que François Hollande pourra amorcer une remontée dans les sondages.
La situation est inextricable car… c’est lui qui pose problème.
Elu parce que les Français ne supportaient plus Sarkozy et qu’ils ne pouvaient plus voter pour Strauss-Kahn, Hollande a été le premier « inconnu » pénétrant à l’Elysée. Or, en six mois, il n’a pas su se mouler dans le personnage, revêtir l’habit de lumières. On reprochait à Sarkozy de ne pas « faire président ». On reproche à Hollande de ne pas « être président ». C’est autrement plus grave.
Que peut-il nous raconter demain pour nous faire croire qu’il a l’envergure, les épaules, le caractère, la volonté indispensables pour la fonction qu’il occupe.
Il ne peut tout de même pas nous avouer… « Moi, pas bon président ». C’est pourtant ce que beaucoup de Français pensent aujourd’hui de lui.

Mots-clefs :