Jean-François Copé a menacé, au cas où il serait élu patron de l’UMP, de faire descendre les Français dans la rue pour manifester leur opposition à la politique des socialistes. Sans attendre le scrutin de dimanche prochain, des centaines de milliers d’Européens semblent l’avoir entendu. En Grèce, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Belgique et même en France, des foules très importantes ont défilé, hier, dans la plupart des grandes villes pour hurler leur colère devant la politique d’austérité qui leur est imposée par leurs gouvernements, qu’ils soient de droite ou de gauche.
Dans des démocraties, la rue n’a, évidemment, pas à dicter sa loi. Mais, d’une part, les gouvernements ont toujours tort d’ignorer ce genre d’expression populaire et de vouloir faire le bonheur du peuple malgré lui, et, d’autre part, on peut se demander si cette politique d’austérité a été décidée très démocratiquement. Ce sont, Angela Merkel, Bruxelles et les réalités qui l’ont exigée.
Personne ne conteste que la vieille Europe se soit engloutie dans des déficits insupportables. La plupart des pays occidentaux sont en faillite, comme l’avait dit François Fillon à propos de la France.
On sait pourquoi. Nous ne produisons plus rien et nous continuons à nous goinfrer de tous les biens de consommation qui sont désormais produits, à l’autre bout du monde, par des gens qui se contentent, ou presque, d’un bol de riz. C’est la fameuse histoire de la cigale et de la fourmi. L’hiver étant arrivé nous voilà bien marris.
Et d’autant plus que nous avons gardé nos habitudes d’antan, quand les autres étaient des sous-développés croupissant dans leur misère et que nos Etats, dominant la planète, pouvaient subvenir, à coups d’allocations, de subventions et d’aides diverses, aux besoins de ceux des nôtres qui étaient restés sur le bord de nos autoroutes resplendissantes.
L’éveil triomphant des pays dits « émergeants » et notre système d’assistanat généralisé nous ont précipités dans le gouffre. Les cigales doivent se remettre à travailler, à innover, à produire, à vendre et doivent aussi arrêter de chanter tout l’été à la gloire de l’Etat-providence qui n’a plus un sou en poche. Ce n’est pas la fin du monde mais c’est la fin d’un monde dans lequel nous nous complaisions et que nous pensions éternel.
Cette « mutation », et le mot est faible, est, bien sûr, délicate à effectuer. Il ne faut plus seulement nous serrer la ceinture, il faut nous mettre au pain sec et à l’eau. Mais il ne faut pas nous faire mourir de faim.
L’austérité et toutes les réformes nécessaires s’imposent mais elles ne doivent pas tuer le malade agonisant qui a, évidemment, besoin d’un peu d’oxygène pour avoir une petite chance de reprendre vie.
Aujourd’hui, ce sont les comptables prussiens ou bruxellois qui prescrivent le remède. C’est la diète absolue. Augmentation massive des prélèvements, baisse sans pitié des dépenses. On coupe l’oxygène et on demande au mourant de pédaler. Le malade va mourir guéri.
François Hollande nous avait promis de refuser le diktat d’Angela Merkel et de ne jamais augmenter la TVA. Il a capitulé en rase campagne, entérinant le traité signé par Sarkozy et la chancelière et « réaménageant » (à la hausse) les taux de la TVA. On dira qu’il n’avait sans doute pas le choix.
Mais on peut se demander si, trahison pour trahison, il n’aurait pas mieux fait d’annoncer qu’il renonçait à réduire à 3% notre déficit dès l’année prochaine (ce qu’il sera d’ailleurs obligé de faire) pour redonner un peu d’air au pays.
Les comptables ont toujours raison… jusqu’au jour où les événements leur donnent tort. Les manifestations d’hier, à travers toute l’Europe, furent un premier événement. Les mourants ne veulent pas des remèdes des apothicaires technocrates. Et ils bougent encore.

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