C’est ridicule pour ne pas dire grotesque. Au lendemain du vote des militants de l’UMP pour l’élection de leur président, on ne sait toujours pas qui l’a emporté, de Fillon ou de Copé, et les deux candidats qui se sont, chacun, autoproclamés vainqueurs s’invectivent et s’accusent mutuellement de tricheries. Ambiance, ambiance !
Bien sûr, la gauche rigole. Elle a tort. Tous les Français se souviennent du congrès de Reims, de l’affrontement Martine Aubry-Ségolène Royal et des magouilles du scrutin. Et personne n’a oublié les congrès d’Europe-Ecologie-les-Verts où il fallait recommencer les votes. La gauche n’a donc pas de leçons à donner sur ce thème. Il n’empêche…
On ne sait pas encore qui a gagné mais on sait déjà qui a perdu. C’est l’UMP. Avec un résultat à 50/50, elle s’est cassée en deux et la violence de la fin de campagne et de cette soirée des résultats ne permet pas d’imaginer que Fillonistes et Copéistes puissent rapidement se réconcilier pour former le grand parti d’opposition au gouvernement socialiste dont la France aurait pourtant bien besoin.
Il faut se souvenir que l’UMP n’était qu’une création intellectuelle de Juppé (et un peu de Chirac). Autant dire un monstre qui voulait réunir la droite et le centre.
Depuis les débuts de la Vème République, les deux familles s’étaient toujours entredéchirées. On avait eu, en 1965, Lecanuet contre de Gaulle, en 1969, Poher contre Pompidou, en 1974, Chaban contre Giscard, en 1981, Chirac contre Giscard, en 1988, Barre contre Chirac, en 1995, Balladur contre Chirac, en 2002, Bayrou contre Chirac. Sur le papier, l’idée « contre-nature, n’était donc pas absurde de réunir gaullistes, démocrates-chrétiens, radicaux et autres, d’autant plus qu’après s’être affrontés aux présidentielles, ils participaient tous aux mêmes gouvernements.
Mais beaucoup de choses ont changé. Pour faire simple, disons que la droite, victime de tous ses « complexes », a permis l’éclosion triomphante de l’extrême-droite et que, du coup, certains, à commencer par Nicolas Sarkozy, ont pensé qu’il fallait « décomplexer », c’est-à-dire « droitiser » l’UMP pour regagner tout le terrain perdu. Bien sûr, ce « dérapage » vers l’extrême droite ne pouvait que scandaliser les centristes ainsi que la droite se disant « humaniste » qui ne se sentaient soudain mal à l’aise dans cet amalgame.
Le duel Copé-Fillon a officialisé la rupture. Copé « sur-jouant » les Sarkozy, en voulant « casser du nègre et de l’islamiste» avec le « racisme anti-blanc » et son histoire de petit pain au chocolat. Fillon se présentant en « homme d’Etat rassembleur », un peu à la Séguin.
Les sondages –qui, il est vrai, portaient sur les sympathisants et non pas sur les adhérents- nous annonçaient une large victoire de l’ancien Premier ministre.
Mais, en fait, Fillon s’est trompé de campagne. Il a confondu cette compétition interne au parti avec la présidentielle de 2017. Or, les militants de l’UMP ne cherchent pas, aujourd’hui, le meilleur candidat qui pourra le mieux « rassembler » lors du second tour de la course à l’Elysée dans cinq ans. Ils veulent le meilleur chef de guerre pour mener le combat quotidien contre Hollande et Ayrault pendant ces cinq prochaines années.
Que va-t-il se passer maintenant ? Si c’est Fillon qui est proclamé vainqueur, la droite « décomplexée » aura de moins en moins de scrupules à regarder vers le Front National. Si c’est Copé, les centristes, gaullistes et autres, rejoindront, sans doute, les uns après les autres, Borloo et son UDI toute nouvelle.
En voulant imiter le PS et faire ces pseudo primaires avant l’heure, l’UMP s’est suicidée et a mis fin à l’équivoque qui lui avait permis d’exister. Hollande, Borloo et Marine Le Pen peuvent se réjouir.

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