Tout le monde –c’est-à-dire surtout le microcosme parisien- attendait avec impatience cette première conférence de presse de François Hollande que chacun présentait comme un énième oral de rattrapage.
Six mois après son entrée à l’Elysée, le président de la République est au creux des sondages, les Français ne croient plus en lui. Le chômage continue à augmenter, les déficits aussi et nos compatriotes ont l’impression que, dans la tempête, le capitaine, totalement débordé par les événements, écope la cale inondée avec une petite cuillère, colle à la va-vite des rustines sur la coque déchirée, ne tient pas son équipage et ne sait pas lire les cartes marines.
Personne ne croit une seule seconde qu’il pourra, comme il s’y est pourtant engagé, ramener le déficit budgétaire à 3% l’année prochaine et faire inverser la courbe du chômage, même en truquant les chiffres avec ses « emplois d‘avenir » ou ses « contrats de génération ». Et beaucoup de Français pensent que les « efforts » supplémentaires qui leur sont demandés vont non seulement aggraver considérablement leur vie quotidienne déjà difficile mais aussi réduire drastiquement les investissements et la consommation et donc tous les espoirs d’une reprise éventuelle de la croissance.
Il faut reconnaitre que François Hollande a fait preuve, hier, d’une certaine lucidité. Alors que jusqu’à présent il nous racontait que la crise –quand il n’en accusait pas ses prédécesseurs- était un cycle et qu’il suffisait d’attendre la fin de ce cycle en faisant le dos rond, il constate maintenant que le monde est en train de changer d’ère. C’est un gros progrès.
Mais on ne demande pas au chef de l’Etat de constater ni même de commenter l’évolution de la planète. On exige de lui qu’il prenne des décisions et qu’il fixe un cap pour qu’au milieu du tsunami nous évitions le naufrage.
Répéter indéfiniment que la compétitivité, ce qui veut dire la lutte contre le chômage, est son premier combat est dérisoire s’il ne dit pas de quelles armes il compte se servir. Il a évoqué à maintes reprises le fameux rapport Gallois. Mais Gallois conseillait une baisse des charges pour les entreprises, pas des crédits d’impôts, une baisse des dépenses de l’Etat, pas le maintien du nombre des fonctionnaires, l’exploitation du gaz de schiste, pas la frilosité du risque zéro.
On peut se demander ce que les Français retiendront de cette prestation qui s’est, pour l’essentiel, limitée à de l’autosatisfaction. Il n’aurait pas perdu de temps pendant ces six premiers mois, il aurait changé l’Europe, il aurait presque déjà remis le train sur les rails avec sa « méthode » et ses exigences de justice sociale…
Hollande abandonne son projet de faire voter les étrangers. Il a compris qu’il n’aurait jamais les trois cinquièmes du Congrès pour modifier la Constitution et, assez piteusement, il se refuse à prendre le risque d’un référendum. Il est bien dommage qu’il ne soit pas obligé d’en faire autant pour le mariage gay.
Il a « recadré » Manuel Valls qui avait dérapé quelques heures plus tôt à l’Assemblée en accusant la droite d’être responsable du terrorisme.
Mais pour le reste, il nous a surtout fait comprendre que sa fameuse « méthode » n’était que « la méthode Coué ». Un de ses prédécesseurs, Guy Mollet auquel il ressemble de plus en plus, avait déjà dit quelque chose comme : « Ce n’est pas parce que notre méthode a échoué que nous allons en changer »…

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