La seule vraie question qui se pose aujourd’hui est de savoir combien François Hollande a donné à François Fillon et à Jean-François Copé pour qu’ils nous offrent, depuis dimanche dernier, ce spectacle qui les ridiculise totalement et qui, surtout, a l’avantage considérable d’occulter, pour un temps, toutes les volte-face, toutes les erreurs et tous les échecs du gouvernement.
Y a-t-il eu des versements d’argent de la main à la main, des virements sur des comptes en Suisse ? On le saura peut-être un jour. Mais ce qui est sûr c’est que ces sommes n’ont pas été dépensées en vain.
Si les deux clowns n’avaient pas accepté de jouer leur numéro à rebondissements au milieu de la piste de notre cirque politique, l’opinion publique aurait pu faire des gorges chaudes du « deux pas en avant trois pas en arrière » de Hollande à propos du mariage des homosexuels et de la clause de conscience des maires, la gauche de la gauche aurait pu hurler devant l’évacuation musclée des adversaires de l’aéroport de Notre-Dame des Landes et tous les gens sérieux auraient pu longuement commenter le nouvel échec de la France à Bruxelles.
Sans les pantalonnades de l’UMP, une bonne partie du PS aurait, une nouvelle fois, reproché à Hollande de ne pas savoir ce qu’il veut et de reculer à propos du mariage gay comme il a capitulé à propos du vote des étrangers, les écologistes auraient exigé, à nouveau, que Cécile Duflot quitte ce gouvernement qui fait donner les CRS contre les protecteurs de la nature et les milieux d’affaires auraient pu, comme à leur habitude, ironiser sur le peu d’attention que porte l’Europe à notre président.
Mais Fillon et Copé se sont sacrifiés pour offrir à Hollande et à Ayrault un répit inespéré.
Certains diront que Fillon et Copé, visant tous les deux la présidentielle de 2017 et étant l’un et l’autre convaincus de l’avoir emporté dans la course de la présidence de l’UMP, il est normal qu’aucun des deux n’accepte la victoire de l’autre.
Mais la bataille de chiffonniers a pris une telle ampleur, par la faute de l’un et de l’autre, qu’il est évident que l’image de l’un comme de l’autre en a pris un coup terrible aux yeux des Français. Pour nos compatriotes, désormais, et quel que soit le résultat final, Fillon et Copé sont des tricheurs qui ont fait bourrer les urnes, qui magouillent avec des commissions de ceci ou de cela et qui sont prêts à massacrer l’UMP plutôt que de la laisser à l’autre.
Il est patent que si l’un des deux avait eu l’élégance (et l’intelligence) de déclarer : « Dans ces conditions et tout en réaffirmant que l’élection de mon adversaire n’est que le résultat honteux de tricheries scandaleuses, je me retire afin de ne pas nuire à ce parti qui est le mien » il serait devenu le meilleur candidat pour 2017, voire même pour les municipales parisiennes de 2014. Et l’autre se serait trainé, pendant des années, l’image détestable du petit tricheur magouilleur. Dans certains cas, il vaut mieux être le candidat battu que le mal élu.
Que la commission de contrôle qui a reconnu s’être trompée en oubliant, comme par hasard, les voix de la Nouvelle Calédonie, de Wallis et de Mayotte, recompte les bulletins, que la commission de recours vérifie les émergements, que Juppé palabre avec les deux belligérants, il est maintenant beaucoup trop tard pour que l’un des deux puisse apparaitre comme bien élu, pour imaginer une présidence multiple et pour croire que l’UMP pourra survivre à cette péripétie suicidaire.
Hollande et Ayrault peuvent être tranquilles pour un bon moment et dormir sur leurs deux oreilles. Non seulement Fillon et Copé ne se réconcilieront jamais mais leurs partisans mettront des années à se retrouver. Souvenons-nous du temps qu’il a fallu aux giscardiens et aux chiraquiens pour oublier 1981 et 1988.
La droite a perdu beaucoup d’élections parce qu’elle était divisée en deux, l’UMP et le Front National. Elle est maintenant divisée, éclatée en quatre : les fillonistes, les copéistes, les amis de Borloo et ceux de Marine Le Pen. Hollande peut sourire de plaisir et Marine Le Pen se lécher les babines.

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