Tout le monde attend aujourd’hui Louis Gallois qui est devenu le Messie et son fameux rapport qui va être le nouvel évangile du gouvernement, avant sans doute d’être enterré. Tout cela est tout de même très étonnant.
D’abord, il est stupéfiant que les socialistes, après dix longues années d’opposition, aient éprouvé le besoin de demander à un ancien grand patron ce qu’il faudrait faire pour sortir la France de la déliquescence dans laquelle elle sombre depuis si longtemps. N’avaient-ils donc eux-mêmes pas la moindre idée et avaient-ils compris que tous leurs programmes et toutes leurs promesses n’étaient que du pipeau ?
Ensuite, et d’après ce que, de fuite en fuite, on sait déjà de son rapport, il semble bien que l’ancien patron de la SNCF et d’EADS n’ait inventé ni le fil à couper le beurre ni l’eau tiède.
Il propose de réduire les charges des entreprises (de 30 milliards), d’aider la recherche et l’innovation, de jouer la qualité et de simplifier les démarches administratives.
Cela fait plus de 30 ans que tous les économistes (sérieux) et le patronat nous répètent que les entreprises françaises sont écrasées de charges et que cela les empêche de développer la recherche et l’innovation et donc de rester compétitives. Cela fait des années aussi que le déficit de notre balance du commerce extérieur démontre, chaque mois, qu’aux yeux du monde entier les produits « made in France » sont de plus en plus considérés comme de la « camelote ».
Quand à ce qu’on appelle « le délire normatif français », le labyrinthe de lois, de décrets et d’arrêtés de toutes sortes dans lequel se perdent tous nos entrepreneurs, dès 1966, Georges Pompidou, alors Premier ministre, s’écriait : « Arrêtez d’emmerder les Français, il y a trop de lois dans ce pays, on en crève. Laissez-les vivre et ça ira beaucoup mieux ».
Le brave Gallois a mis plusieurs mois pour coucher sur le papier tous les lieux communs que le bon sens répétait, en vain, depuis des années. Il enfonce des portes ouvertes.
Comment imaginer que François Hollande et ses amis aient pu ignorer toutes ces évidences et vont-ils vraiment les découvrir en lisant le rapport Gallois ?
En fait, ces gens « de gauche » arrivant au pouvoir n’osaient pas reprendre à leur compte les vérités qu’ânonnaient le patronat et la droite depuis des décennies. Pour ne pas avoir l’air de capituler en rase campagne devant les réalités, ils se sont cherché une caution « technique » pour pouvoir, lors de leur face-à-face avec les syndicats ou leur extrême-gauche se réfugier derrière un rapport « incontestable », sans avoir l’air de se mettre à la solde du Medef.
Il y a peu de chance cependant pour que ce gouvernement ait « le courage » de s’incliner devant les réalités que dénonce Gallois. Ce serait le désaveu cinglant de toutes les promesses, de toutes les fanfaronnades, de toutes les balivernes qu’il nous assène depuis son arrivée et la plupart des membres du gouvernement, de Montebourg à Cécile Duflot, devraient alors démissionner.
Gallois va jusqu’à souhaiter qu’on fasse « des recherches sur les techniques d’exploitation du gaz de schiste ». C’est évidemment le bon sens puisque nous avons, peut-être, sous nos pieds un trésor fabuleux. Mais y a-t-il un seul membre de l’équipe au pouvoir qui oserait défier ainsi les Ecolos ?

Mots-clefs : ,