Après avoir renvoyé aux calendes grecques le vote des étrangers, François Hollande vient de reculer sur le mariage des homosexuels. Devant le congrès des maires de France, il a annoncé que ceux qui, en conscience, se refuseraient à célébrer l’union de deux personnes du même sexe pourraient se faire remplacer par un de leurs adjoints.
Ce n’est pas la première fois que le pouvoir recule devant des manifestations de rue. On se souvient, notamment, de Mitterrand et de la loi sur l’Ecole de Savary ou de Chirac et du CPE de Villepin. Mais les défilés pour défendre l’Ecole libre ou condamner le Contrat première embauche avaient eu une toute autre ampleur que ceux –jusqu’à présent- des adversaires du « mariage pour tous ».
C’est, en tous les cas, la première fois qu’un chef de l’Etat annonce qu’une loi qui va être votée par le Parlement ne s’imposera pas à tous. Ce droit à la « clause de conscience », accordé soudain aux maires, est une grande première dans l’histoire de la République et, bien sûr, la porte ouverte à d’interminables débats sur d’innombrables sujets.
Il y a deux façons de réagir à cette reculade du Président de la République.
Ses amis diront que François Hollande a toujours été un adepte de la concertation, de la discussion, du respect de l’autre et de la recherche d’un consensus. Sachant qu’il n’obtiendrait jamais la majorité des trois cinquièmes au Parlement pour le vote des étrangers, il a enterré le dossier. Comprenant que le mariage gay risquait bien de faire descendre les foules dans la rue, il tente de calmer le jeu.
Ses adversaires –et surtout d’ailleurs au sein de la gauche- vont naturellement l’accuser de trahir l’un de ses engagements de campagne et de se « dégonfler », une fois de plus, comme une baudruche.
Soyons honnêtes, Hollande a eu parfaitement raison de remettre dans sa poche le droit de vote des étrangers et il a raison d’amender fondamentalement le mariage des homosexuels. Ces deux « révolutions » au coeur depuis des années du répertoire de la gauche caviar des beaux quartiers scandalisaient une bonne partie de l’opinion à commencer d’ailleurs par ce qu’on appelle « les classes populaires ».
Avec ces deux chiffons rouges, Hollande réussissait l’exploit de mobiliser contre lui des Français pour lesquels ces deux dossiers étaient pourtant loin d’être prioritaires. Alors que tout va de plus en plus mal dans le pays, le chômage qui continue à augmenter, la dette à se creuser, les revenus de chacun à baisser, les prélèvements de toutes sortes à se multiplier et qu’une deuxième agence de notation vient de nous « dégrader », nos compatriotes ne s’attendrissent ni sur les étrangers qui n’ont pas le droit de vote (ce qui est parfaitement normal) ni sur les homosexuels qui ne peuvent pas se marier (ce qui est tout aussi normal).
Cela dit, en faisant preuve ainsi de « sagesse », Hollande en prend encore un sérieux coup sur son image. Après avoir capitulé devant Angela Merkel, devant « les pigeons », devant l’arithmétique parlementaire, il recule devant la rue.
Même ceux qui se réjouissent de ces dernières reculades vont finir par se demander si le « capitaine de pédalo » que Fabius comparait à une « fraise des bois » a vraiment l’envergure indispensable pour tenir la barre par gros temps.
A force de vouloir calmer le jeu, on perd souvent la partie.

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