On se demande ce que le Français « de base » (très majoritaire dans le pays) peut bien penser de la bataille de chiffonniers que se livrent, depuis maintenant plus de dix jours et sur la place publique, les dirigeants du plus grand parti de l’opposition.
Il tente de récapituler. Fillon et Copé sont arrivés à égalité dans leur course à la présidence de l’UMP. Il y a eu, indiscutablement, des tricheries, d’un côté comme de l’autre. Mais Copé ayant pu, en tant que secrétaire général de l’UMP, verrouiller depuis longtemps l’appareil du parti, la Commission de contrôle (qui avait « oublié » de comptabiliser les résultats de certains territoires d’Outre-mer favorables à Fillon) et la Commission des recours (que les fillonistes qui y étaient minoritaires avaient désertée) l’ont proclamé vainqueur. Fillon ne veut pas entendre parler des verdicts de ces apparatchiks tout dévoués à Copé, refuse qu’on lui vole sa victoire et envoie les huissiers au siège du parti.
Juppé qu’on était allé chercher dans sa retraite bordelaise s’est payé un « flop » avec sa tentative de médiation. Fillon exige qu’on fasse revoter les militants et menace de créer un groupe dissident à l’Assemblée.
On va alors chercher Sarkozy et tout semble, un instant, basculer. L’ancien président, favorable à ce que les militants revotent et donc plus filloniste que copéiste, essaye de décourager Fillon d’aller en justice et sort une idée nouvelle : organiser un référendum pour demander aux militants s’ils veulent, ou non, revoter. L’idée est évidemment absurde car il est évident que les fillonistes répondront « oui » et les copéistes « non ». Mais Fillon et Copé acceptent cette proposition d’un référendum.
Copé est persuadé qu’avant la tenue de ce référendum, en s’agrippant à son trône contesté de président de l’UMP, il réussira à s’imposer comme seul ténor de l‘opposition et que donc les militants finiront par refuser d’avoir à revoter.
Fillon est sûr de son fait. Que tout le monde se soit mis d’accord pour la tenue de ce référendum démontre aux yeux de tous que les élections ont bel et bien été truquées et donc que Copé n’est qu’un tricheur.
Dans son bureau de la rue de Miromesnil, c’est-à-dire à deux pas de l’Elysée, Sarkozy boit du petit lait. Il a toujours méprisé Fillon et détesté Copé. Qu’ils se soient démolis l’un l’autre et qu’ils aient été obligés de lui demander de jouer les juges de paix est inespéré pour lui. Bien rares étaient ceux qui pensaient que Sarkozy avait la moindre chance de revenir sur le devant de la scène. C’est fait. Et beaucoup plus tôt que prévu.
Et ce matin, nouveau coup de théâtre. Fillon ayant bel et bien créé son groupe parlementaire dissident, le RUMP, Rassemblement pour l’UMP, avec 68 députés (sur les 194 du groupe officiel) Copé saute sur l’occasion, affirme que « la ligne rouge a été franchie » et ne veut plus entendre parler d’un référendum.
On en est là. Bilan de ces dix jours de psychodrame aux yeux du Français « de base » : Copé est un tricheur, Fillon un mauvais perdant et Sarkozy est ressorti de sa boite, démontrant qu’il était toujours… le patron de l’UMP même s’il n’a pas réussi à remettre un peu d’ordre dans ses troupes.
Naturellement, le feuilleton n’est pas terminé.
Comme tous les putschistes, Copé va tenter de s’imposer avec le temps. Comme tous les sécessionnistes, Fillon va lui pourrir la vie
Pendant ce temps-là, des militants vont déchirer leur carte de l’UMP, rejoindre, les uns, l’UDI de Borloo, les autres, le FN de Martine Le Pen et personne n’évoquera la hausse record du chômage (4,6 millions toutes catégories confondues), les ridicules fanfaronnades de Montebourg dans le dossier Arcelor-Mittal, la situation en Corse ou à Marseille, la nouvelle politique d’immigration de Manuel Valls. Pour Hollande, c’est enfin l’état de grâce.
Et le Français « de base » qui n’a déjà plus, depuis quelque temps, une admiration béate pour son personnel politique va être un peu plus écoeuré. On se demande quelle sera la goutte d’eau qui fera déborder le vase. D’autres préfèrent parler de l’étincelle qui mettra le feu aux poudres…

Mots-clefs : ,