En attendant de connaitre la solution miracle qu’Alain Juppé pourrait sortir de son chapeau après avoir rencontré, ce soir, les deux frères ennemis de l’UMP, Fillon et Copé, les politologues font déjà un certain nombre de constats.
Même si Juppé propose une direction collégiale, voire un triumvirat qu’il présiderait plus ou moins, il est évident que « l’UMP de papa » est morte et enterrée. Les fillonistes et les copéistes ne se réconcilieront jamais tout simplement parce que le combat à mort entre leurs deux ténors respectifs a mis au grand jour le fossé qui les séparait les uns des autres, bien au-delà des sympathies qu’ils pouvaient avoir pour l’un ou l’autre des deux candidats.
Une moitié de l’UMP souhaite si ce n’est un rapprochement avec le Front National du moins que leur parti reprenne à son compte la plupart des thèmes qui faisaient jusqu’à présent le fonds de commerce de la famille Le Pen. L’autre moitié veut, au contraire, retrouver l’UMP de jadis qui réunissait, souvent bien artificiellement, les gaullistes (en fait, les chiraquiens), les démocrates-chrétiens, les radicaux et les centristes de tout poil.
La ligne de fracture infranchissable n’est plus entre l’UMP et le Front National mais coupe en deux l’UMP elle-même.
Il ne fait aucun doute que Nicolas Sarkozy est en grande partie responsable de cette radicalisation d’une partie de l’UMP mais la crise, la défaite à la présidentielle et aux législatives ainsi que les premiers mois du pouvoir socialiste y sont aussi pour beaucoup.
On ne sait pas encore où vont aller les « déçus » de l’UMP. Mais Borloo annonce déjà que les adhésions affluent, depuis lundi dernier, à l’UDI et Marine Le Pen ne cache pas sa satisfaction. Il faut, bien sûr, attendre de savoir qui, de Fillon ou de Copé, sera finalement désigné comme président de l’UMP pour deviner qui, de l’UDI ou du Front National, héritera de ces bataillons de désespérés et de vaincus.
Ce qui est sûr c’est que cette bataille de chiffonniers au sein de l’UMP a démontré qu’une grande partie de la droite dite « classique » ou « parlementaire » s’était très nettement « droitisée ».
Certes, on dira que les militants ne sont pas les électeurs et que rien ne prouve que les électeurs de l’UMP sont, comme les militants, partagés à 50/50 entre ceux qui lorgneraient vers le FN et ceux qui loucheraient vers les centristes. Mais, les sondages s’étant bien souvent trompés, rien ne prouve non plus le contraire.
Si le vote des militants de dimanche dernier reflétait le vote des sympathisants, il faudrait alors imaginer que 50% des électeurs de Sarkozy désirent désormais un glissement vers l’extrême-droite. Or, Sarkozy avait obtenu 27,18% des voix lors du premier tour de la présidentielle. La moitié cela veut dire 13,59%.
Si on ajoute ces 13,59% aux 17,9% qu’avait recueillis Marine Le Pen à ce même premier tour, on s’aperçoit que 31,49% des Français seraient aujourd’hui pour une droite « radicale ». Jamais la France n’avait été aussi à droite.
Naturellement, les chiffres sont toujours trompeurs, il se passera beaucoup de choses d’ici 2017 et même si Copé était déclaré battu pour la présidence de l’UMP, il sera candidat en 2017 pour l’Elysée et ses adeptes ne rallieront donc pas comme un seul homme Marine Le Pen.
Mais il faut maintenant constater que près de 3 Français sur 10 pourraient bien être « vraiment de droite ». Et sans doute « décomplexés ». La carte électorale du pays a changé.

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