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On en vient à regretter Chirac

Duel fratricide, combat de chefs, bataille de chiffonniers, guerre de tranchées, de positions, de sécession, suicide collectif, kamikazes, hara-kiri, dissuasion nucléaire, déflagration, explosion, atomisation… Tous les mots ont maintenant été employés à propos de la « querelle » qui oppose François Fillon et Jean-François Copé pour la présidence de l’UMP et les deux protagonistes ne semblent toujours pas se rendre compte que, quand on a épuisé tout le vocabulaire des cours d’école et des états-majors, le public commence à se lasser.
Après s’être dit, au début, que les deux zigotos n’allaient tout de même pas massacrer, par pure ambition personnelle, le grand parti d’opposition, les Français en sont arrivés à penser qu’après tout l’UMP n’étant qu’une auberge espagnole, elle pouvait parfaitement, puisqu’elle se transformait en maison close, fermer ses portes et qu’en tous les cas les deux lascars qui voulaient en devenir le tenancier pour se retrouver à l’Elysée en 2017 venaient de faire la preuve qu’ils en étaient parfaitement indignes.
On célèbre aujourd’hui les 80 ans de Jacques Chirac. Il n’est plus que l’ombre de lui-même. La maladie fait chaque jour, sans pitié, son œuvre. Mais comment ne pas avoir soudain une certaine nostalgie pour ce que fut le chiraquisme quand on voit un Hollande au pouvoir et des Fillon ou des Copé s’entretuer ?
Certes, ce « rad-soc » pompidolien qui commença sa carrière comme un hussard (« un bulldozer », disait Pompidou) et la termina en « roi fainéant » (selon l’aimable formule de Sarkozy), prôna « le travaillisme à la française » avant de mener un combat sans merci contre le socialisme à la Mitterrand, dut évoluer –et le mot est faible- au gré des circonstances, notamment à propos de l’Europe, et se refusa, quand il fut triomphalement réélu en 2002, face à Jean-Marie Le Pen, à abroger les délires que la cohabitation avec Lionel Jospin lui avait imposés, comme les fameuses 35 heures.
On pourra aussi lui reprocher de ne pas avoir su préparer la France à la mondialisation, d’avoir, comme tous ses prédécesseurs, laissé filer les déficits, de n’avoir pas réformé l’Ecole, nos hôpitaux, notre système de protection sociale et de n’avoir rien fait, contrairement à ses promesses, pour réduire la fracture sociale et faire redémarrer l’ascenseur social.
Tout le monde est d’accord pour dire qu’il fut moins le successeur de de Gaulle que l’héritier d’Henri Queuille, lui aussi député de la 3ème circonscription de la Corrèze, qui avait l’habitude de dire « Il n’y a pas de problème que l’absence de solution ne finisse par résoudre ».
Il n’en reste pas moins vrai que ce « fana-mili » qui a supprimé le service militaire et refusé d’aller faire la guerre en Irak, qui, après avoir évoqué « l’odeur » du couscous, n’a pas su mener la moindre politique d’immigration était… « sympathique » aux yeux des Français. Et tout simplement parce qu’il leur ressemblait.
A la fois cocardier et pacifiste, gaulliste et radical, le cœur à gauche et le portefeuille à droite, grande gueule et pantouflard, il avait compris que les descendants des sans-culottes ne voulaient plus qu’on prenne des Bastilles qui s’appelaient désormais « les avantages acquis » et qu’un rien (la réforme de Juppé ou le CPE de Villepin) suffisait à faire descendre le peuple dans la rue.
Il était « conservateur », c’est-à-dire qu’il voulait avant tout protéger le peu de cohésion nationale qui subsistait dans un pays divisé par ses inégalités grandissantes, ses communautés menaçantes, ses idéologies d’une autre époque.
Sachant combien cette France était désormais fragile, il n’aurait jamais eu l’idée de fustiger les riches et le monde de la finance ou de lancer des débats sur la burqa, le mariage homosexuel ou le droit de vote des étrangers et n’aurait sûrement pas fait sa campagne sur les petits pains au chocolat ou le racisme anti-blanc.
Comme Mitterrand, pendant quatorze, il a, pendant douze ans, régné sur un pays qui dégringolait inexorablement et, pas plus que son prédécesseur, il n’a pu redresser la barre. Mais son successeur non plus et il ne semble pas que le successeur de son successeur ait davantage de chance d’y parvenir.
L’un et l’autre ne sachant plus à quel saint se vouer n’ont fait que diviser les Français, le premier en allant flirter avec les idées de l’extrême-droite, sur la sécurité ou l’immigration, le second en ressortant quelques élucubrations de mai 68, sur les homosexuels ou le vote des étrangers, par exemple.
Jamais la France n’a été aussi morcelée qu’aujourd’hui. A gauche, entre le PS et les Verts ou le Front de gauche. A droite, entre fillonistes, copéistes et borlooistes. Sans parler du Front National qui recrute aujourd’hui à tours de bras.
Chirac n’a sans doute pas fait grand-chose mais il avait compris qu’en France on ne pouvait rien faire sans un minimum d’unité nationale. Il est d’ailleurs, bien dommage qu’il n’ait pas su profiter des 82% qu’il avait, un peu hasard, réussi à réunir sur son nom en 2002. Depuis, à droite comme à gauche, on veut « cliver ». Ce n’est pas comme cela qu’on redonnera une chance au malade qui agonise.
Oui, en voyant dans quel état Sarkozy a laissé la France et comment Hollande commence son quinquennat, on en vient à regretter Chirac. Il n’a sans doute pas fait grand-chose, en effet, mais il n’a pas fait trop de dégâts.

29 Nov 2012 | Comments (7)

De la bataille de chiffonniers à la guerre de sécession

On se demande ce que le Français « de base » (très majoritaire dans le pays) peut bien penser de la bataille de chiffonniers que se livrent, depuis maintenant plus de dix jours et sur la place publique, les dirigeants du plus grand parti de l’opposition.
Il tente de récapituler. Fillon et Copé sont arrivés à égalité dans leur course à la présidence de l’UMP. Il y a eu, indiscutablement, des tricheries, d’un côté comme de l’autre. Mais Copé ayant pu, en tant que secrétaire général de l’UMP, verrouiller depuis longtemps l’appareil du parti, la Commission de contrôle (qui avait « oublié » de comptabiliser les résultats de certains territoires d’Outre-mer favorables à Fillon) et la Commission des recours (que les fillonistes qui y étaient minoritaires avaient désertée) l’ont proclamé vainqueur. Fillon ne veut pas entendre parler des verdicts de ces apparatchiks tout dévoués à Copé, refuse qu’on lui vole sa victoire et envoie les huissiers au siège du parti.
Juppé qu’on était allé chercher dans sa retraite bordelaise s’est payé un « flop » avec sa tentative de médiation. Fillon exige qu’on fasse revoter les militants et menace de créer un groupe dissident à l’Assemblée.
On va alors chercher Sarkozy et tout semble, un instant, basculer. L’ancien président, favorable à ce que les militants revotent et donc plus filloniste que copéiste, essaye de décourager Fillon d’aller en justice et sort une idée nouvelle : organiser un référendum pour demander aux militants s’ils veulent, ou non, revoter. L’idée est évidemment absurde car il est évident que les fillonistes répondront « oui » et les copéistes « non ». Mais Fillon et Copé acceptent cette proposition d’un référendum.
Copé est persuadé qu’avant la tenue de ce référendum, en s’agrippant à son trône contesté de président de l’UMP, il réussira à s’imposer comme seul ténor de l‘opposition et que donc les militants finiront par refuser d’avoir à revoter.
Fillon est sûr de son fait. Que tout le monde se soit mis d’accord pour la tenue de ce référendum démontre aux yeux de tous que les élections ont bel et bien été truquées et donc que Copé n’est qu’un tricheur.
Dans son bureau de la rue de Miromesnil, c’est-à-dire à deux pas de l’Elysée, Sarkozy boit du petit lait. Il a toujours méprisé Fillon et détesté Copé. Qu’ils se soient démolis l’un l’autre et qu’ils aient été obligés de lui demander de jouer les juges de paix est inespéré pour lui. Bien rares étaient ceux qui pensaient que Sarkozy avait la moindre chance de revenir sur le devant de la scène. C’est fait. Et beaucoup plus tôt que prévu.
Et ce matin, nouveau coup de théâtre. Fillon ayant bel et bien créé son groupe parlementaire dissident, le RUMP, Rassemblement pour l’UMP, avec 68 députés (sur les 194 du groupe officiel) Copé saute sur l’occasion, affirme que « la ligne rouge a été franchie » et ne veut plus entendre parler d’un référendum.
On en est là. Bilan de ces dix jours de psychodrame aux yeux du Français « de base » : Copé est un tricheur, Fillon un mauvais perdant et Sarkozy est ressorti de sa boite, démontrant qu’il était toujours… le patron de l’UMP même s’il n’a pas réussi à remettre un peu d’ordre dans ses troupes.
Naturellement, le feuilleton n’est pas terminé.
Comme tous les putschistes, Copé va tenter de s’imposer avec le temps. Comme tous les sécessionnistes, Fillon va lui pourrir la vie
Pendant ce temps-là, des militants vont déchirer leur carte de l’UMP, rejoindre, les uns, l’UDI de Borloo, les autres, le FN de Martine Le Pen et personne n’évoquera la hausse record du chômage (4,6 millions toutes catégories confondues), les ridicules fanfaronnades de Montebourg dans le dossier Arcelor-Mittal, la situation en Corse ou à Marseille, la nouvelle politique d’immigration de Manuel Valls. Pour Hollande, c’est enfin l’état de grâce.
Et le Français « de base » qui n’a déjà plus, depuis quelque temps, une admiration béate pour son personnel politique va être un peu plus écoeuré. On se demande quelle sera la goutte d’eau qui fera déborder le vase. D’autres préfèrent parler de l’étincelle qui mettra le feu aux poudres…

28 Nov 2012 | Comments (10)

Montebourg ne fait pas peur à Mittal

Arnaud Montebourg voudrait monter sur ses grands chevaux et terrasser le roi mondial de l’acier.
En fait, sur sa rossinante famélique, le ministre du Redressement productif, accompagné, sans doute, d’un syndicaliste ventripotent sur un âne, confond les hauts-fourneaux avec des moulins. Mais Don Quichotte était un idéaliste sympathique, alors que Montebourg est un idéologue ridicule. Et on peut sans peine imaginer l’éclat de rire de la famille Mittal, toutes générations confondues, quand ils ont appris que l’ancien compagnon d’Audrey Pulvar avait déclaré qu’il ne voulait « plus de Mittal en France » et menacé de « nationaliser tout le site de Florange ».
Grotesque le ministre débutant ! Il ne sait visiblement pas non seulement que Lakshmi Mittal possède une quinzaine d’usines et d’installations diverses en France, qu’il emploie plus de 20.000 salariés et qu’il produit 60% de notre acier mais qu’il est, aussi et surtout, le premier producteur d’acier de la planète ce qui lui permet de faire la loi et d’interdire à n’importe lequel de ses (petits) concurrents de marcher sur ses plates-bandes ou de contrecarrer ses décisions.
Notre ministre ne sait sans doute pas non plus que la crise et le ralentissement de la production industrielle un peu partout, et même dans les pays dits émergents, a très sérieusement freiné les besoins en acier. Si Mittal a décidé de fermer ses hauts-fourneaux lorrains ce n’est pas parce qu’il n’aime plus la France mais parce qu’il vend moins d’acier et que les installations de Florange commencent à être obsolètes et sont surtout trop loin des ports d’exportation.
Personne, mis à part les syndicalistes, ne peut reprocher à Mittal de vouloir garder la partie encore rentable de Florange, l’acier froid, et de vouloir se débarrasser des hauts-fourneaux déficitaires. Cela s’appelle la loi du marché. Elle est cruelle et sans pitié mais on n’y échappe jamais.
En menaçant Mittal de nationaliser Florange, Montebourg s’est comporté comme un irresponsable ne sachant pas ce qu’il disait.
D’abord, il est évident que tous les investisseurs de la planète ont sursauté. On sait qu’ils n’ont pas une affection particulière pour François Hollande et qu’ils ont fait grise mine en le voyant entrer à l’Elysée. On ne peut pas le leur reprocher. Ils n’ont pas oublié que le futur président de la République avait, bien maladroitement, déclaré qu’il n’aimait pas les riches et que son ennemi était la finance.
Mais ils n’avaient sûrement pas imaginé qu’un de ses ministres oserait ressortir le mot « nationalisation » du placard socialiste. Le monde entier avait cru comprendre qu’après les expériences, plus désastreuses les unes que les autres, des nationalisations du début de l’ère mitterrandienne, plus personne n’oserait, plus jamais, en France évoquer cette absurdité.
Il ne faudra pas qu’après avoir menacé Mittal de le nationaliser, le ministre du Redressement productif s’étonne de voir les investisseurs internationaux fuir la France et ne plus avoir la moindre envie de placer leurs capitaux dans notre pays pour l’aider à redresser « productivement » le pays. Cet avocat sans cause va vite apprendre qu’il y a des effets de manche qui sont catastrophiques.
Ensuite, même si Montebourg peut légalement nationaliser Florange (en payant des sommes considérables à Lakshmi Mittal), la chose serait évidemment absurde. Si Mittal n’arrive plus à vendre l’acier produit à Florange, il y a bien peu de chances pour que les ronds-de-cuir de notre haute administration qui prendraient la direction de l’ensemble puissent trouver, eux, des débouchés.
Enfin, il est désolant de constater, une fois de plus, que nos responsables politiques n’ont toujours pas compris qu’ils n’avaient strictement aucun pouvoir quand il s’agissait des choses sérieuses de l’économie. Montebourg peut dire n’importe quoi (et il ne s’en prive pas), il peut pérorer, menacer, taper du pied et faire des colères, ce n’est pas lui qui décide du marché de l’acier ou des ventes de l’automobile.
Devant le patron de PSA ou Lakshmi Mittal, il n’existe pas. Et quand il agite ses petits poings rageurs, il a l’air d’un sale gosse mal élevé et ne fait peur ni au patron de PSA ni à Mittal. Tout au plus peut-il les faire sourire.
Aujourd’hui, c’est Hollande en personne qui va faire les gros yeux au roi de l’acier. On veut espérer qu’il ne se ridiculisera pas à son tour en agitant l’épée de carton-pâte de la nationalisation, car Mittal, lui, a un sabre d’acier.

27 Nov 2012 | Comments (12)

En attendant Jeanne d’Arc

Les Français n’ont décidément pas de chance en ce moment.
Le chômage continue à faire des dégâts dévastateurs, les prélèvements de toutes sortes augmentent dans des proportions insupportables, le niveau de vie de chacun dégringole, les services de l’Etat –de la police à l’hôpital en passant par l’Ecole- se délitent comme jamais et, bien sûr, l’image de la France dans le monde est devenue détestable.
En même temps, le (petit) espoir que certains avaient cru pouvoir mettre en Hollande s’est totalement effondré devant ses reculades, ses volte-face, ses atermoiements et la docilité avec laquelle il a repris à son compte la plupart des décisions de son prédécesseur qu’il avait pourtant contestées, du traité européen à la TVA.
Et voilà que, cerise sur le gâteau, l’opposition qui devrait être plus unie et plus combative que jamais en face de ce régime qui commence à perdre pied, se suicide sur la place publique dans une guerre des chefs sans pareille qui révèle une fracture idéologique irréparable.
Il parait que Nostradamus et les Aztèques ont annoncé la fin du monde pour le 21 décembre prochain. Au train où vont les choses, il n’est pas sûr que notre pays survive jusque-là !
Il est tout de même invraisemblable que, dans un pays de 60 millions d’habitants, on ne puisse pas trouver un homme (ou une femme) capable de proposer un programme cohérent de reconstruction du pays et de provoquer le sursaut nécessaire.
Certes, les Clemenceau et les de Gaulle ne se trouvent pas sous les sabots d’un cheval. Mais on nous a toujours raconté que, depuis Jeanne d’Arc, quand la France était à l’agonie, elle savait trouver l’homme (ou la femme) providentiel(le) qui la faisait renaître de ses cendres. Nous sommes à l’agonie et nous ne voyons personne à l’horizon.
Ce ne serait pourtant pas très compliqué. Il suffirait d’un inconnu (car tous ceux qui font leurs pantalonnades sur le devant de la scène depuis des décennies sont discrédités à tout jamais) arrivant de Domrémy, de Colombey ou d’ailleurs et qui, sans avoir fait l’ENA ni inventé la poudre, nous dirait quelques vérités premières et nous présenterait les quelques décisions qui s’imposent.
Il nous dirait par exemple : on ne peut rien contre la mondialisation mais, si on veut en faire un atout et non pas une catastrophe, il faut faire comme les autres, prendre des mesures de protection tout en partant à l’assaut des marchés lointains avec des produits innovants… l’Europe est, sans doute, un beau projet mais celle que les technocrates fédéralistes sont en train de construire va droit dans le mur et, d’ailleurs, les peuples n’en veulent pas… l’assistanat fait partie de nos traditions, mais il ne doit bénéficier qu’à ceux qui en ont vraiment besoin et d’autant plus que nous ne pouvons plus nous offrir un assistanat généralisé… par définition, l’Etat ne doit s’occuper que de ses pouvoirs régaliens et laisser vivre les citoyens… pour pouvoir consommer, il faut produire, etc.
Mais il faudrait surtout qu’il nous dise et nous répète qu’un Etat n’existe que s’il est l’incarnation d’une nation. Cela n’a l’air de rien, mais tout est là.
Avant d’évoquer la compétitivité de nos entreprises, les déficits de tous nos comptes publics et toutes les réformes à faire de toute urgence, Jeanne d’Arc, Clemenceau et de Gaulle nous parlaient de la nation, voire même parfois de la patrie. C’était, peut-être, un peu désuet, même du temps de Charles VII, mais cela permettait au peuple de France de bouter les ennemis hors du pays et surtout de comprendre qu’ils pouvaient avoir un destin commun pour peu qu’ils se mobilisent ensemble et qu’ils retrouvent la fierté d’être français.
Le chômage et la dette sont évidemment des problèmes épouvantables. Le mariage des homosexuels et le droit de vote des étrangers sont, peut-être, des problèmes importants. Mais il y a sans doute beaucoup plus grave encore : les Français ne croient plus en la France. Certains –et ils sont de plus en plus nombreux- en sont même totalement dégoûtés
Et ce n’est ni à cause du chômage ni à cause des déficits. Mais à cause de notre personnel politique qui, pour cacher sa médiocrité, se complaît dans la repentance quand il n’est pas convoqué par des juges d’instruction, à cause de nos intellectuels-de-service qui après avoir adoré Staline, Mao, Pol Pot, Castro et l’ayatollah se réjouissent de voir les islamistes s’emparer du monde arabe et bavent sur la France, à cause de l’école qui veut maintenant faire croire que la France n’a fait que torturer en Algérie, collaborer pendant l’occupation et pratiquer l’esclavagisme dans ses colonies, à cause aussi de cette ambiance générale qui exige qu’on voue aux gémonies tous ceux qui oseraient réussir ou, pire encore, s’enrichir et tous ceux qui ont le culot de dire que la France, malgré tout, est un beau, voire un grand pays.
Il ne faut pas s’étonner que nos jeunes diplômés s’exilent à tout jamais, que nos meilleurs savants partent pour les Etats-Unis, que nos milliardaires et maintenant nos millionnaires aillent s’installer à l’étranger, que nos retraités préfèrent couler leurs derniers jours heureux sur des plages lointaines, ni même que nos immigrés sifflent La Marseillaise et qu’en sortant de pôle-emploi les braves gens n’aient même plus envie d’aller voter.
Le rapport Gallois parlait de tout, des charges sur les entreprises, du nombre des fonctionnaires, de la formation, de la recherche, etc. Mais il n’y avait pas un mot sur…. la France. A croire que plus personne dans ce pays ne se fait « une certaine idée de la France ». Ni même la moindre idée.
Les Français n’osent, bien sûr, pas le dire mais ils attendent Jeanne d’Arc, Clemenceau ou de Gaulle pour qu’avant de leur promettre des crédits d’impôts ou des aides aux PME, on leur parle un peu de la France, de ce qu’elle pourrait devenir, de ce qu’ils pourraient devenir eux-mêmes.
Mais ni Hollande, ni Ayrault, ni Fillon, ni Copé ne nous ont jamais parlé de la France.

26 Nov 2012 | Comments (11)

13,59% + 17,9% = 31,49%

En attendant de connaitre la solution miracle qu’Alain Juppé pourrait sortir de son chapeau après avoir rencontré, ce soir, les deux frères ennemis de l’UMP, Fillon et Copé, les politologues font déjà un certain nombre de constats.
Même si Juppé propose une direction collégiale, voire un triumvirat qu’il présiderait plus ou moins, il est évident que « l’UMP de papa » est morte et enterrée. Les fillonistes et les copéistes ne se réconcilieront jamais tout simplement parce que le combat à mort entre leurs deux ténors respectifs a mis au grand jour le fossé qui les séparait les uns des autres, bien au-delà des sympathies qu’ils pouvaient avoir pour l’un ou l’autre des deux candidats.
Une moitié de l’UMP souhaite si ce n’est un rapprochement avec le Front National du moins que leur parti reprenne à son compte la plupart des thèmes qui faisaient jusqu’à présent le fonds de commerce de la famille Le Pen. L’autre moitié veut, au contraire, retrouver l’UMP de jadis qui réunissait, souvent bien artificiellement, les gaullistes (en fait, les chiraquiens), les démocrates-chrétiens, les radicaux et les centristes de tout poil.
La ligne de fracture infranchissable n’est plus entre l’UMP et le Front National mais coupe en deux l’UMP elle-même.
Il ne fait aucun doute que Nicolas Sarkozy est en grande partie responsable de cette radicalisation d’une partie de l’UMP mais la crise, la défaite à la présidentielle et aux législatives ainsi que les premiers mois du pouvoir socialiste y sont aussi pour beaucoup.
On ne sait pas encore où vont aller les « déçus » de l’UMP. Mais Borloo annonce déjà que les adhésions affluent, depuis lundi dernier, à l’UDI et Marine Le Pen ne cache pas sa satisfaction. Il faut, bien sûr, attendre de savoir qui, de Fillon ou de Copé, sera finalement désigné comme président de l’UMP pour deviner qui, de l’UDI ou du Front National, héritera de ces bataillons de désespérés et de vaincus.
Ce qui est sûr c’est que cette bataille de chiffonniers au sein de l’UMP a démontré qu’une grande partie de la droite dite « classique » ou « parlementaire » s’était très nettement « droitisée ».
Certes, on dira que les militants ne sont pas les électeurs et que rien ne prouve que les électeurs de l’UMP sont, comme les militants, partagés à 50/50 entre ceux qui lorgneraient vers le FN et ceux qui loucheraient vers les centristes. Mais, les sondages s’étant bien souvent trompés, rien ne prouve non plus le contraire.
Si le vote des militants de dimanche dernier reflétait le vote des sympathisants, il faudrait alors imaginer que 50% des électeurs de Sarkozy désirent désormais un glissement vers l’extrême-droite. Or, Sarkozy avait obtenu 27,18% des voix lors du premier tour de la présidentielle. La moitié cela veut dire 13,59%.
Si on ajoute ces 13,59% aux 17,9% qu’avait recueillis Marine Le Pen à ce même premier tour, on s’aperçoit que 31,49% des Français seraient aujourd’hui pour une droite « radicale ». Jamais la France n’avait été aussi à droite.
Naturellement, les chiffres sont toujours trompeurs, il se passera beaucoup de choses d’ici 2017 et même si Copé était déclaré battu pour la présidence de l’UMP, il sera candidat en 2017 pour l’Elysée et ses adeptes ne rallieront donc pas comme un seul homme Marine Le Pen.
Mais il faut maintenant constater que près de 3 Français sur 10 pourraient bien être « vraiment de droite ». Et sans doute « décomplexés ». La carte électorale du pays a changé.

25 Nov 2012 | Comments (8)

Hollande peut dormir sur ses deux oreilles

La seule vraie question qui se pose aujourd’hui est de savoir combien François Hollande a donné à François Fillon et à Jean-François Copé pour qu’ils nous offrent, depuis dimanche dernier, ce spectacle qui les ridiculise totalement et qui, surtout, a l’avantage considérable d’occulter, pour un temps, toutes les volte-face, toutes les erreurs et tous les échecs du gouvernement.
Y a-t-il eu des versements d’argent de la main à la main, des virements sur des comptes en Suisse ? On le saura peut-être un jour. Mais ce qui est sûr c’est que ces sommes n’ont pas été dépensées en vain.
Si les deux clowns n’avaient pas accepté de jouer leur numéro à rebondissements au milieu de la piste de notre cirque politique, l’opinion publique aurait pu faire des gorges chaudes du « deux pas en avant trois pas en arrière » de Hollande à propos du mariage des homosexuels et de la clause de conscience des maires, la gauche de la gauche aurait pu hurler devant l’évacuation musclée des adversaires de l’aéroport de Notre-Dame des Landes et tous les gens sérieux auraient pu longuement commenter le nouvel échec de la France à Bruxelles.
Sans les pantalonnades de l’UMP, une bonne partie du PS aurait, une nouvelle fois, reproché à Hollande de ne pas savoir ce qu’il veut et de reculer à propos du mariage gay comme il a capitulé à propos du vote des étrangers, les écologistes auraient exigé, à nouveau, que Cécile Duflot quitte ce gouvernement qui fait donner les CRS contre les protecteurs de la nature et les milieux d’affaires auraient pu, comme à leur habitude, ironiser sur le peu d’attention que porte l’Europe à notre président.
Mais Fillon et Copé se sont sacrifiés pour offrir à Hollande et à Ayrault un répit inespéré.
Certains diront que Fillon et Copé, visant tous les deux la présidentielle de 2017 et étant l’un et l’autre convaincus de l’avoir emporté dans la course de la présidence de l’UMP, il est normal qu’aucun des deux n’accepte la victoire de l’autre.
Mais la bataille de chiffonniers a pris une telle ampleur, par la faute de l’un et de l’autre, qu’il est évident que l’image de l’un comme de l’autre en a pris un coup terrible aux yeux des Français. Pour nos compatriotes, désormais, et quel que soit le résultat final, Fillon et Copé sont des tricheurs qui ont fait bourrer les urnes, qui magouillent avec des commissions de ceci ou de cela et qui sont prêts à massacrer l’UMP plutôt que de la laisser à l’autre.
Il est patent que si l’un des deux avait eu l’élégance (et l’intelligence) de déclarer : « Dans ces conditions et tout en réaffirmant que l’élection de mon adversaire n’est que le résultat honteux de tricheries scandaleuses, je me retire afin de ne pas nuire à ce parti qui est le mien » il serait devenu le meilleur candidat pour 2017, voire même pour les municipales parisiennes de 2014. Et l’autre se serait trainé, pendant des années, l’image détestable du petit tricheur magouilleur. Dans certains cas, il vaut mieux être le candidat battu que le mal élu.
Que la commission de contrôle qui a reconnu s’être trompée en oubliant, comme par hasard, les voix de la Nouvelle Calédonie, de Wallis et de Mayotte, recompte les bulletins, que la commission de recours vérifie les émergements, que Juppé palabre avec les deux belligérants, il est maintenant beaucoup trop tard pour que l’un des deux puisse apparaitre comme bien élu, pour imaginer une présidence multiple et pour croire que l’UMP pourra survivre à cette péripétie suicidaire.
Hollande et Ayrault peuvent être tranquilles pour un bon moment et dormir sur leurs deux oreilles. Non seulement Fillon et Copé ne se réconcilieront jamais mais leurs partisans mettront des années à se retrouver. Souvenons-nous du temps qu’il a fallu aux giscardiens et aux chiraquiens pour oublier 1981 et 1988.
La droite a perdu beaucoup d’élections parce qu’elle était divisée en deux, l’UMP et le Front National. Elle est maintenant divisée, éclatée en quatre : les fillonistes, les copéistes, les amis de Borloo et ceux de Marine Le Pen. Hollande peut sourire de plaisir et Marine Le Pen se lécher les babines.

24 Nov 2012 | Comments (5)

Les guignols, les chiffonniers et la maffia

Le spectacle continue ! On nous avait annoncé la (très courte) victoire de Copé. Fillon semblait l’avoir acceptée tout en émettant des doutes sur les conditions du vote et surtout du dépouillement. On s’est alors aperçu que la commission de contrôle avait « oublié » trois territoires d’outre-mer ce qui donnait la victoire (encore plus courte) à Fillon. Copé ne voulant rien entendre conseilla à Fillon de s’adresser à la commission des recours. Celle-ci étant visiblement « copéiste », Fillon n’en voulut pas et menaça d’aller en justice. On a alors cru que, devant les dégâts que provoquait cette bataille de chiffonniers, les chiffonniers en question allaient s’en remettre à un « juge de paix » comme les gangs de truands qu’on voit parfois dans les films policiers. Mais Fillon ayant cru devoir rappeler ce matin qu’un parti politique n’était pas « la maffia », Copé a sauté sur l’occasion et ne veut plus de l’arbitrage de Juppé. On attend, naturellement, la suite de ce feuilleton qui ridiculise totalement l’UMP après l’avoir cassée en deux.
Ici même, nous avions évoqué « le suicide de l’UMP » et « la victoire à la Pyrrhus » de Copé. Avec ces pantalonnades, on en arrive à Guignol.
Il faut dire, à la défense des protagonistes, que la situation est invraisemblablement compliquée. Confondant sympathisants et militants encartés, on nous avait prédit une large victoire de Fillon. Or, les militants, qui seuls votaient, sont équitablement répartis. 50/50. Ce qui veut dire qu’une moitié des adhérents souhaite une UMP « de bon aloi » pour que la droite et le centre aient une chance de gagner la présidentielle de 2017 et que l’autre moitié veut une UMP « de combat » (« à la FN ») pour en découdre avec les socialistes pendant tout le quinquennat.
La cassure est fondamentale car il s’agit de redéfinir le menu de cette « auberge espagnole » qu’est l’UMP depuis sa création.
A cela s’ajoute la haine absolue mêlée de mépris qui a toujours opposé Fillon et Copé. Elle est assez classique chez les fauves de notre faune politique. C’est Mitterrand-Rocard, Martine Aubry-Ségolène Royal, voire Martine Aubry-François Hollande ou, si on préfère, Chirac-Balladur ou Chirac-Sarkozy. La vieille histoire des deux crocodiles dans le même marigot.
Cela dit, le recours à Juppé est tout de même stupéfiant. Les commentateurs ont salué cet appel au « vieux sage de Bordeaux », fondateur de l’UMP. Or, on peut se demander quelle légitimité a aujourd’hui celui que Chirac avait appelé « le meilleur d’entre nous ».
Il est, sans conteste, l’homme politique de droite qui a connu le plus d’échecs. Premier ministre « droit sans ses bottes », il a provoqué, en 1995, les plus grandes grèves de l’histoire de la Vème République et les manifestations de rue parmi les plus nombreuses. Partisan de la dissolution en 1997, il a conduit la droite à une déroute électorale sans guère de précédent. Condamné par la justice, il s’est exilé au Canada avec « la tentation de Venise ». Revenu, il a reconquis la mairie de Bordeaux (et tout le monde s’accorde pour reconnaitre qu’il est un excellent maire), mais il a été battu lamentablement aux législatives ce qui l’a contraint à quitter le premier gouvernement de Sarkozy-Fillon à peine constitué.
Retiré sur son Aventin girondin, il n’hésitait pas à critiquer les dérives droitières de Sarkozy. Jusqu’au jour où, à la surprise de tous ses amis, l’appât du pouvoir lui a fait accepter de revenir au gouvernement pour redorer un peu le blason gaulliste de Sarkozy. D’abord ministre de la Défense puis des Affaires étrangères. Au Quai d’Orsay, il a avalé goulument toutes les couleuvres que lui faisait ingurgiter le président, tolérant même, pour l’affaire libyenne, de laisser sa place à Bernard-Henry Lévy.
On avouera qu’avec un tel « CV », ce « vieux » Juppé n’est sans doute pas le mieux placé pour jouer les arbitres suprêmes au-dessus d’une mêlée dans laquelle il a toujours pataugé. Et d’autant plus que si Fillon a été le premier à évoquer son nom pour mieux récuser la commission des recours, Copé qui était « juppéiste » dans sa jeunesse sait parfaitement qu’aujourd’hui le maire de Bordeaux qui s’indigne de toute dérive droitière est devenu « filloniste ».
En parlant de « maffia » Fillon fait évidemment de la provocation. Ceux qui ont de la mémoire se souviennent que quand Chirac, Premier ministre de Giscard, s’était emparé « à la hussarde » du mouvement gaulliste, certains avaient parlé de « hold-up » et l’avait qualifié de « gangster ». Il y a des traditions qui ont la vie dure.
On attend maintenant la suite des événements. Tout le monde a compris que les deux candidats-ennemis sont « dans un mouchoir de poche » (mais en 1974, Giscard avait été élu président devant Mitterrand avec 50,81%), que ce sont les DOM-TOM qui donnent la victoire à Fillon (comme ils l’avaient donnée à Giscard) et que Copé va, sans aucun « complexe », s’accrocher à sa victoire à la Pyrrhus, ignorant sans doute que ce lointain cousin d’Alexandre, après avoir fait empoisonner son oncle Néoptolème pour régner sur l’Epire, mourut assassiné dans une rue à Argos.
Il ne reste plus que quatre ans et demi à la droite pour se mettre en ordre de bataille, se choisir un chef, définir un programme et se préparer à affronter Hollande en 2017…

23 Nov 2012 | Comments (12)

Des reculades sages mais inquiétantes

Après avoir renvoyé aux calendes grecques le vote des étrangers, François Hollande vient de reculer sur le mariage des homosexuels. Devant le congrès des maires de France, il a annoncé que ceux qui, en conscience, se refuseraient à célébrer l’union de deux personnes du même sexe pourraient se faire remplacer par un de leurs adjoints.
Ce n’est pas la première fois que le pouvoir recule devant des manifestations de rue. On se souvient, notamment, de Mitterrand et de la loi sur l’Ecole de Savary ou de Chirac et du CPE de Villepin. Mais les défilés pour défendre l’Ecole libre ou condamner le Contrat première embauche avaient eu une toute autre ampleur que ceux –jusqu’à présent- des adversaires du « mariage pour tous ».
C’est, en tous les cas, la première fois qu’un chef de l’Etat annonce qu’une loi qui va être votée par le Parlement ne s’imposera pas à tous. Ce droit à la « clause de conscience », accordé soudain aux maires, est une grande première dans l’histoire de la République et, bien sûr, la porte ouverte à d’interminables débats sur d’innombrables sujets.
Il y a deux façons de réagir à cette reculade du Président de la République.
Ses amis diront que François Hollande a toujours été un adepte de la concertation, de la discussion, du respect de l’autre et de la recherche d’un consensus. Sachant qu’il n’obtiendrait jamais la majorité des trois cinquièmes au Parlement pour le vote des étrangers, il a enterré le dossier. Comprenant que le mariage gay risquait bien de faire descendre les foules dans la rue, il tente de calmer le jeu.
Ses adversaires –et surtout d’ailleurs au sein de la gauche- vont naturellement l’accuser de trahir l’un de ses engagements de campagne et de se « dégonfler », une fois de plus, comme une baudruche.
Soyons honnêtes, Hollande a eu parfaitement raison de remettre dans sa poche le droit de vote des étrangers et il a raison d’amender fondamentalement le mariage des homosexuels. Ces deux « révolutions » au coeur depuis des années du répertoire de la gauche caviar des beaux quartiers scandalisaient une bonne partie de l’opinion à commencer d’ailleurs par ce qu’on appelle « les classes populaires ».
Avec ces deux chiffons rouges, Hollande réussissait l’exploit de mobiliser contre lui des Français pour lesquels ces deux dossiers étaient pourtant loin d’être prioritaires. Alors que tout va de plus en plus mal dans le pays, le chômage qui continue à augmenter, la dette à se creuser, les revenus de chacun à baisser, les prélèvements de toutes sortes à se multiplier et qu’une deuxième agence de notation vient de nous « dégrader », nos compatriotes ne s’attendrissent ni sur les étrangers qui n’ont pas le droit de vote (ce qui est parfaitement normal) ni sur les homosexuels qui ne peuvent pas se marier (ce qui est tout aussi normal).
Cela dit, en faisant preuve ainsi de « sagesse », Hollande en prend encore un sérieux coup sur son image. Après avoir capitulé devant Angela Merkel, devant « les pigeons », devant l’arithmétique parlementaire, il recule devant la rue.
Même ceux qui se réjouissent de ces dernières reculades vont finir par se demander si le « capitaine de pédalo » que Fabius comparait à une « fraise des bois » a vraiment l’envergure indispensable pour tenir la barre par gros temps.
A force de vouloir calmer le jeu, on perd souvent la partie.

21 Nov 2012 | Comments (21)

Une victoire à la Pyrrhus

Jean-François Copé a donc gagné. De… 0,03%. 98 voix. Et François Fillon ne conteste pas sa victoire, même s’il évoque quelques tricheries.
Tous les experts nous avaient annoncé une large victoire de Fillon. Ils avaient oublié que Copé tenait le parti, d’une main de fer, depuis des années en tant que secrétaire général et qu’il avait placé ses hommes à la tête de l’appareil et de toutes les fédérations départementales. Que Copé, élève de Chirac et de Sarkozy, est un animal de campagne qui sait qu’il faut aller chercher chaque voix avec les dents. Et surtout que les militants de l’UMP, dans leur majorité, ne sont plus ni gaullistes ni chiraquiens mais sarkozistes et qu’ils n’avaient pas désapprouvé la « droitisation » de leur mouvement effectuée par Sarkozy.
François Hollande et ses amis, avec leur mariage pour tous et leur droit de vote aux étrangers (même s’ils semblent avoir renoncé à cette dernière idée) sans parler du matraquage fiscal, ont évidemment tout fait pour exacerber la rage des militants de base et de choc qui n’ont toujours pas digéré la défaite et qui veulent en découdre.
En dénonçant le racisme anti-blanc, en racontant son histoire de petit pain au chocolat et en promettant des manifestations de rue, Copé ne pouvait que séduire cet électorat qui regrette depuis des années que la droite dite « parlementaire » se refuse à tout rapprochement avec l’extrême-droite.
Copé a fait une excellente campagne en « clivant » au maximum, alors que Fillon, accumulant, en plus, les pépins de santé, se présentait en « rassembleur » comme s’il s’était déjà agi d’une élection présidentielle.
Mais la victoire de Copé est une victoire à la Pyrrhus. Le champ de bataille est un champ de ruines. Fillon a dénoncé « la fracture morale et politique » qui divise désormais l’UMP. Des mots terribles et qui excluent toute réconciliation.
En fait, au-delà des querelles d’égos et des haines entre les hommes, le duel Fillon-Copé a mis au grand jour l’équivoque pour ne pas dire l’imposture qu’entretenait l’UMP en voulant faire marcher d’un même pas des gaullistes, des démocrates-chrétiens, des radicaux, d’un côté, et, de l’autre, des adeptes d’une droite dure, « décomplexée », flirtant parfois avec la xénophobie.
On ne sait pas encore ce que va faire Fillon. Ayant raté le tremplin de la présidence de l’UMP, va-t-il essayer de s’emparer en 2014 de l’Hôtel de ville de Paris pour préparer la présidentielle de 2017 ? Fillon n’est pas un guerrier. On lui a toujours tout donné, de son fief de la Sarthe, hérité de Joël Le Theule et qu’il a fini par abandonner, à Matignon et à sa circonscription parisienne. N’ayant plus ni mentor ni bienfaiteur, il est un peu seul et c’est presque par hasard qu’après cinq années de figuration souvent bien médiocre à Matignon, il apparaissait comme un recours éventuel pour la droite.
Mais ce qui est important aujourd’hui c’est de savoir ce que vont devenir les fillonistes, les 49,97% de militants qui n’ont pas voulu de Copé. Vont-ils se résigner et accepter la main tendue du vainqueur ? Vont-ils s’éloigner, voire rejoindre la nouvelle UDI de Borloo ?
Une chose est sûre : ces premières « primaires » à droite vont redessiner le paysage politique français. En face d’une gauche déjà désunie nous avons maintenant une droite divisée.
Et pendant ce temps-là, une agence de notation a dégradé la note de la France. C’est sans doute autrement plus important, du moins dans l’immédiat.

20 Nov 2012 | Comments (19)

Le suicide de l’UMP

C’est ridicule pour ne pas dire grotesque. Au lendemain du vote des militants de l’UMP pour l’élection de leur président, on ne sait toujours pas qui l’a emporté, de Fillon ou de Copé, et les deux candidats qui se sont, chacun, autoproclamés vainqueurs s’invectivent et s’accusent mutuellement de tricheries. Ambiance, ambiance !
Bien sûr, la gauche rigole. Elle a tort. Tous les Français se souviennent du congrès de Reims, de l’affrontement Martine Aubry-Ségolène Royal et des magouilles du scrutin. Et personne n’a oublié les congrès d’Europe-Ecologie-les-Verts où il fallait recommencer les votes. La gauche n’a donc pas de leçons à donner sur ce thème. Il n’empêche…
On ne sait pas encore qui a gagné mais on sait déjà qui a perdu. C’est l’UMP. Avec un résultat à 50/50, elle s’est cassée en deux et la violence de la fin de campagne et de cette soirée des résultats ne permet pas d’imaginer que Fillonistes et Copéistes puissent rapidement se réconcilier pour former le grand parti d’opposition au gouvernement socialiste dont la France aurait pourtant bien besoin.
Il faut se souvenir que l’UMP n’était qu’une création intellectuelle de Juppé (et un peu de Chirac). Autant dire un monstre qui voulait réunir la droite et le centre.
Depuis les débuts de la Vème République, les deux familles s’étaient toujours entredéchirées. On avait eu, en 1965, Lecanuet contre de Gaulle, en 1969, Poher contre Pompidou, en 1974, Chaban contre Giscard, en 1981, Chirac contre Giscard, en 1988, Barre contre Chirac, en 1995, Balladur contre Chirac, en 2002, Bayrou contre Chirac. Sur le papier, l’idée « contre-nature, n’était donc pas absurde de réunir gaullistes, démocrates-chrétiens, radicaux et autres, d’autant plus qu’après s’être affrontés aux présidentielles, ils participaient tous aux mêmes gouvernements.
Mais beaucoup de choses ont changé. Pour faire simple, disons que la droite, victime de tous ses « complexes », a permis l’éclosion triomphante de l’extrême-droite et que, du coup, certains, à commencer par Nicolas Sarkozy, ont pensé qu’il fallait « décomplexer », c’est-à-dire « droitiser » l’UMP pour regagner tout le terrain perdu. Bien sûr, ce « dérapage » vers l’extrême droite ne pouvait que scandaliser les centristes ainsi que la droite se disant « humaniste » qui ne se sentaient soudain mal à l’aise dans cet amalgame.
Le duel Copé-Fillon a officialisé la rupture. Copé « sur-jouant » les Sarkozy, en voulant « casser du nègre et de l’islamiste» avec le « racisme anti-blanc » et son histoire de petit pain au chocolat. Fillon se présentant en « homme d’Etat rassembleur », un peu à la Séguin.
Les sondages –qui, il est vrai, portaient sur les sympathisants et non pas sur les adhérents- nous annonçaient une large victoire de l’ancien Premier ministre.
Mais, en fait, Fillon s’est trompé de campagne. Il a confondu cette compétition interne au parti avec la présidentielle de 2017. Or, les militants de l’UMP ne cherchent pas, aujourd’hui, le meilleur candidat qui pourra le mieux « rassembler » lors du second tour de la course à l’Elysée dans cinq ans. Ils veulent le meilleur chef de guerre pour mener le combat quotidien contre Hollande et Ayrault pendant ces cinq prochaines années.
Que va-t-il se passer maintenant ? Si c’est Fillon qui est proclamé vainqueur, la droite « décomplexée » aura de moins en moins de scrupules à regarder vers le Front National. Si c’est Copé, les centristes, gaullistes et autres, rejoindront, sans doute, les uns après les autres, Borloo et son UDI toute nouvelle.
En voulant imiter le PS et faire ces pseudo primaires avant l’heure, l’UMP s’est suicidée et a mis fin à l’équivoque qui lui avait permis d’exister. Hollande, Borloo et Marine Le Pen peuvent se réjouir.

19 Nov 2012 | Comments (12)

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