Le débat qui s’ouvre aujourd’hui à l’Assemblée est totalement surréaliste.
Jean-Marc Ayrault va présenter le Traité européen de stabilité que Sarkozy avait signé avec Angela Merkel et contre lequel François Hollande s’était déchainé en affirmant que ce texte imposait à la France la loi des marchés et des règles comptables à la prussienne. Il avait juré ses grands dieux que « moi, président » il n’accepterait jamais ce diktat, qu’il renégocierait ce traité et qu’il exigerait qu’aux objectifs de rigueur soient ajoutés des objectif de croissance.
L’idée du candidat Hollande n’était, évidemment, pas mauvaise. Pour sortir de la crise, un retour à l’équilibre des comptes est nécessaire mais un minimum de croissance est indispensable. Une austérité qui étouffe à la fois la consommation des ménages et les investissements des entreprises fait descendre les foules dans la rue et conduit à la catastrophe. On le voit en Grèce, en Espagne, au Portugal et en Italie. Il faut permettre à une économie de respirer un peu pour éviter le collapsus mortel.
Mais Hollande a totalement capitulé. Le Traité que défend aujourd’hui Ayrault est, au mot près, celui de Sarkozy, Giscard s’est amusé ce matin à le souligner, et la croissance n’apparait pas dans ce texte mais dans un vague autre texte plus ou moins additif.
Les députés UMP vont donc, très logiquement, voter comme un seul homme pour ce Traité sarkozien avec, bien sûr, un petit sourire. Et le Premier ministre est obligé de ramer comme un malheureux pour que « sa » majorité en fasse autant. Il sait déjà que ses « amis » (et ceux de sa ministre du Logement, Cécile Duflot) d’Europe-Ecologie-les-Verts vont voter contre et qu’un certain nombre de députés PS se sentent totalement ridicules d’avoir, par discipline, à voter pour un texte qu’ils ont éreinté devant leurs électeurs pendant toute la campagne des législatives.
Le problème aujourd’hui est moins de savoir si ce Traité est bon et même applicable que de constater qu’il s’agit, là, du reniement en bonne et due forme d’un des engagements majeurs du candidat Hollande. L’homme qui prétendait, sur les estrades, avoir pour seul ennemi le monde de la finance est devenu, une fois élu, un petit garçon qui obéit à la chancelière allemande et tremble devant les agences de notation.
On dira que le réalisme s’impose et qu’il faut savoir être pragmatique. Mais alors Sarkozy… avait raison et il ne fallait pas nous raconter n’importe quoi.
Il ne fallait pas proclamer qu’on allait sauver les entreprises, reconstruire l’industrie, l’automobile, la sidérurgie, et… nommer Montebourg ministre du Redressement productif qui doit finalement et piteusement entériner les fermetures de Florange et d’Aulnay-sous-Bois. Il ne fallait pas prétendre qu’on avait d’autres solutions pour régler le problème de la délinquance et… nommer Valls à l’Intérieur qui n’a rien trouver d’autre que de faire expulser par la force les Roms. Il ne fallait pas répéter qu’on allait réduire les dépenses et… nommer Peillon à l’Education Nationale qui veut embaucher 60.000 enseignants. Il ne fallait pas affirmer qu’on ne s’en prendrait qu’aux milliardaires et… attaquer les ouvriers qui font des heures supplémentaires et, maintenant, les retraités, les buveurs de bière et les fumeurs, etc., etc.
Hollande a fait toute sa campagne en affirmant que Sarkozy avait favorisé scandaleusement les riches, ses amis du CAC40, plonger les autres dans la précarité et le pays dans la récession. Quatre mois après son élection, les Français s’aperçoivent non seulement qu’on va droit vers les 5 millions de chômeurs (toutes catégories confondues), que si les riches sont effectivement matraqués, les autres le sont tout autant et, comble du comble, que les socialistes au pouvoir ne trouvent rien d’autre à faire que de reprendre à la lettre et en l’aggravant la politique de Sarkozy.
Certains se demandent si Sarkozy va, un jour, revenir dans l’arène politique. Mais il revient dès aujourd’hui à l’Assemblée et cette fois les socialistes vont voter, avec l’UMP, le Traité qu’il avait signé avec Angela Merkel ce qu’ils n’auraient jamais fait s’il avait été réélu.

Mots-clefs : , ,