Cet après-midi, Martine Aubry a été littéralement acclamée par les militants du PS à l’issue de son intervention devant le congrès de leur parti à Toulouse. Mais on peut se demander s’ils ont bien compris ce qu’elle leur disait
En effet, après quelques formules de politesse convenue à l’égard de Jean-Marc Ayrault et du gouvernement, l’ancienne patronne du PS, la dame des 35 heures qui est partie bouder dans sa mairie de Lille s’est livrée à un éreintage sans pitié de la politique menée par ses « camarades ».
« Les Français ne comprennent plus », a-t-elle commencé par constater. Puis, elle a enchainé en s’écriant : « Ils ont voté pour François Hollande parce qu’ils veulent de l’emploi, du pouvoir d’achat, un logement digne, avoir accès à la santé et à la sécurité ». C’est parfaitement vrai. Et elle a enchainé : « Ils veulent que nous parlions de cela, de ce qui est vital pour eux ». Avant de conclure, plus cruelle que jamais : « Quand on sort de cela, on brouille le sens de l’action du gouvernement ».
Martine Aubry a compris que les Français ne supportaient plus qu’on leur parle du droit de vote des étrangers, de la dépénalisation du cannabis ou du mariage des homosexuels alors que le chômage continue à augmenter dans des proportions considérables et que leur pouvoir d’achat diminue davantage de mois en mois.
Martine Aubry est convaincue que Jean-Marc Ayrault n’est qu’un « nase » (c’est son mot) et qu’il ne va pas faire de vieux os à Matignon. Non seulement, en accumulant les couacs, les gaffes et les reculades, il ne sert pas de paratonnerre à François Hollande mais il l’entraine sans doute dans sa dégringolade dans tous les sondages.
Elle pense aussi qu’Hollande ne peut nommer ni Valls, quoi qu’en dise le microcosme parisien, ce qui rappellerait par top la nomination de Fabius en 1984 et le virage à l’austérité -cette fois ce serait un virage à droite- ni Moscovici qui, marginalisé par Cahuzac, n’a pas réussi à s’imposer à Bercy.
Elle peut donc s’imaginer qu’Hollande sera, avant longtemps, obligé de faire taire la souveraine antipathie qu’il a toujours eu à son égard et de l’appeler, elle, à Matignon pour effectuer un véritable virage à gauche-toute et amorcer enfin un quinquennat totalement socialiste.
On avait compris qu’en abandonnant la direction du PS et en se retirant sur son l’Aventin nordiste, Martine Aubry se mettait en réserve si ce n’est de la République du moins du parti et entendait bien faire comprendre à tout le monde qu’elle n’avait rien à voir avec ce régime d’amateurs, sociaux-démocrates et incapables de prendre la moindre décision un peu courageuse. Attendant son heure, elle était en embuscade.
Les événements ont été plus vite qu’elle ne l’avait prévu. Elle commence donc à sortir du bois.
L’arrivée de Martine Aubry à Matignon ferait sûrement plaisir aux militants les plus radicaux mais il n’est pas sûr qu’elle améliorerait le moral des marchés, celui des entrepreneurs ni même celui des ménages.

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