En quelques jours, les Français ont appris que les policiers de Marseille étaient des truands dignes de leurs meilleurs clients, que les handballeurs de Montpellier étaient des tricheurs de la pire espèce, que Christine Boutin, la chaisière en chef du parti catholique, avait demandé 800.000 € à l’UMP pour retirer sa candidature à la présidence la République, que le président de l’Assemblée nationale avait embauché sa propre femme à son cabinet et que Nicolas Sarkozy avait –peut-être- fait exécuter par un agent des services secrets français Kadhafi pour le faire taire à tout jamais.
Sans vouloir jouer les moralistes d’une autre époque, il faut reconnaitre que tout cela fait tout de même beaucoup.
Certes, il y a toujours eu des policiers « ripoux », des matches truqués, des politiciens véreux et des exécutions sommaires mais cette accumulation de révélations, en si peu de temps et alors que les simples citoyens connaissent d’épouvantables difficultés pour joindre les deux bouts, a quelque chose d’insupportable.
Pour leur défense, les petits flics de Marseille pourront toujours évoquer le « grand flic de Lyon » qui, lui aussi, est tombé, il y a quelques semaines, les handballeurs de Montpellier pourront rappeler toutes les histoires de drogue qui ont émaillé l’actualité du sport ces dernières années, Christine Boutin pourra ressortir les rétro-commissions qu’aurait touchées Balladur et même l’affaire Bettencourt, et Claude Bartolone n’est, bien sûr, pas le premier à recruter sa femme aux frais de la République. Dans ce genre-là, personne n’innove jamais vraiment.
Cela dit, pour les Français, non seulement le pays sombre inexorablement dans la récession, le chômage, les déficits mais voilà qu’en plus nous pataugeons dans la boue. Il y a quelque chose de pourri dans ce royaume. Pour beaucoup moins que tout cela, jadis, la République vacillait et des pays ont basculé dans l’extrémisme.
Naturellement, on dira que c’est « la crise » qui pousse de petits fonctionnaires, médiocres et mal payés, des sportifs, adulés et immatures, et des politicards, ayant totalement perdu le sens des réalités, à… déraper un peu.
Aujourd’hui, nous affirme-t-on, tout le monde –du dernier flic de base au 4ème personnage de l’Etat- a besoin d’argent et pour peu qu’on ait un vague uniforme, un semblant de notoriété ou un petit pouvoir, on se dit qu’on aurait vraiment tort de se priver et, surtout, qu’on n’a aucune chance de se faire pincer.
Il est d’ailleurs plus que vraisemblable que les flics de Marseille vont avoir beaucoup d’ennuis alors que Christine Boutin restera, imperturbable, sur son prie-Dieu et Claude Bartolone, majestueux, sur son perchoir. Pourtant elle et lui sont autrement plus « coupables » aux yeux de l’opinion pour la simple et bonne raison qu’ils sont, tous les deux, ce qu’on appelle des « responsables politiques ». Quoi que puisse en dire le Code pénal, le népotisme d’un haut dignitaire de la République est infiniment plus grave que la corruption d’un simple brigadier de police.
En fait, c’est moins la crise économique que connait actuellement le pays qu’il faut évoquer ici que la crise morale qui a totalement miné notre société depuis quelque temps.
Qu’est-ce que le bien et le mal ? Où est la limite entre le tolérable et l’inacceptable ? Personne n’est plus capable de répondre à ces questions qui d’ailleurs font rigoler tout le monde.
Pour sauver le pays, il aurait sans doute fallu, avant de créer un ministère bidon du « Redressement productif », créer un ministère intransigeant du « Redressement moral ».
Mais à qui aurait-on pu le confier ?

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