Après avoir dénoncé un « racisme anti-blanc » qui sévirait dans certains quartiers, Jean-François Copé en rajoute une couche en racontant l’histoire d’un gosse qui se serait fait arracher son petit pain au chocolat, à la sortie de son école, par des voyous lui reprochant de manger pendant le ramadan.
Personne, même à gauche, ne conteste qu’il y ait un racisme anti-blanc et l’anecdote du petit pain est parfaitement plausible. Mais Copé joue évidemment avec le feu.
Candidat à la présidence de l’UMP et donné battu par François Fillon, il joue résolument la carte de ce qu’il appelle lui-même « la droite décomplexée ». Il est convaincu que les militants de l’UMP, les seuls qui participeront à l’élection du président du parti, exaspérés d’avoir perdu toutes les élections depuis 2007, veulent une droite dure et louchent bien souvent vers le Front National. Il est d’ailleurs évident qu’un bon nombre des 17% d’électeurs qui ont voté pour Marine Le Pen lors de la dernière présidentielle sont d’anciens électeurs déçus de l’UMP. En radicalisant à outrance son discours, Copé veut arrêter l’hémorragie.
Le député-maire de Meaux ne reprendra jamais à son compte la fameuse phrase (de Michel Noir) « Je préfère perdre les élections que perdre mon âme ». Copé, lui, est prêt à tout pour gagner les élections. Mais en confondant allègrement le racisme, l’Islam et les voyous, pour caresser l’électorat dans ce qu’il croit être le sens du poil, fait-il un bon calcul ?
D’abord, il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui les Français sont beaucoup plus préoccupés par les problèmes du chômage et de la dégringolade de leur niveau de vie –sans parler de ceux du logement, de l’Ecole ou des hôpitaux- que par l’immigration et l’Islam.
Ensuite, il y a bien peu de chance pour que l’UMP, même en reprenant les thèmes favoris du Front National, puisse récupérer ces électeurs qui ont rejoint Marine Le Pen. Ils avaient été séduits par Nicolas Sarkozy en 2007, le croyant sur parole. Ils ont été déçus, c’est le moins qu’on puisse dire, et ne veulent plus désormais entendre parler de cette droite traditionnelle qui, depuis tant d’années, ne sait plus sur quel pied danser.
Enfin, Copé dénonce, fustige, brise des tabous mais n’apporte aucune solution. Veut-il jeter les Noirs à la mer et, après avoir interdit le voile intégral, fermer les mosquées ? Il ne l’a pas encore précisé.
Copé ne se rend pas compte qu’il va désormais trainer derrière lui, et pendant des années, ces deux formules « anti-blanc » et « petit pain au chocolat », comme Chirac a trainé derrière lui « l’odeur » (d’Orléans) et Sarkozy « la racaille » (d’Argenteuil).
Copé et Fillon veulent, l’un et l’autre, s’emparer de la présidence de l’UMP pour devenir le chef incontesté de l’opposition et le candidat naturel de la droite en 2017. Or, une opposition et un candidat qui auraient adopté le vocabulaire et les postures de l’extrême-droite seraient, évidemment, pour le gouvernement de Jean-Marc Ayrault et François Hollande se représentant le meilleur des scénarios.
Les Français sont, sans aucun doute, excédés par certains débordements de l’immigration et inquiets par les progrès de l’islamisme, mais, entre une social-démocratie à la Hollande qui va accélérer la catastrophe et une extrême-droite arc-boutée sur la xénophobie et le racisme, nombreux sont ceux qui souhaitent une droite certes « décomplexée » mais aussi apaisée, voire généreuse.
Copé devrait se demander pourquoi, en face d’un candidat médiocre, Sarkozy a été battu. Beaucoup de Français qui avaient été choqués par « la racaille », « le Karcher », la chasse aux Roms et le discours de Grenoble ont fini par trouver que cette droite-là était, en fait, beaucoup plus « complexée » que « décomplexée ». Et n’en ont plus voulu.

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