On ne le savait pas mais les socialistes au pouvoir ont changé subrepticement notre Constitution, sans procéder au moindre référendum, sans réunir le Congrès et sans même consulter le Conseil Constitutionnel.
Jusqu’à présent, l’article 21 de notre texte suprême affirmait : « Le Premier ministre dirige l’action du gouvernement. Il est responsable de la défense nationale. Il assure l’exécution des lois ». Visiblement, depuis l’élection de François Hollande, ces quelques mots ont été remplacés par : « Le Premier ministre est chargé de recadrer les membres du gouvernement quand ils font des déclarations par trop intempestives ».
Depuis qu’il est entré à Matignon, Jean-Marc Ayrault ne dirige rien, n’est responsable de rien et n’assure rien. Un job de tout repos. Sa seule mission est de « recadrer » (c’est le terme officiel) ses ministres ou les membres de sa majorité quand ils se lâchent un peu, bavent sur le traité européen, annoncent prématurément une réforme des rythmes scolaires, se prononcent pour la procréation pour les homosexuels, souhaitent augmenter davantage encore les taxes en cas de revente d’une entreprise ou se disent favorables à la libéralisation des drogues.
Une chance pour le Premier ministre, les membres de son équipe et de l’ensemble de sa majorité le prennent visiblement pour un « nase » (le mot est de Martine Aubry elle-même) et se font un malin plaisir de multiplier les provocations et de balancer n’importe quoi, histoire de se démarquer et de se faire un peu connaitre du grand public. Du coup, Ayrault a un petit quelque chose à faire : il… « recadre », ce qui lui permet, à lui aussi d’exister un tant soit peu.
Jusqu’à présent, quand un ministre jouait par trop les marioles, le Premier ministre le virait du gouvernement. Et chacun trouvait cela parfaitement normal. Au nom de la cohérence d’une politique, de la solidarité gouvernementale et surtout de la peur du ridicule.
Ayrault a sans doute peur de son ombre même s’il n’en fait à personne (et c’est pour cela qu’il a été choisi) mais il n’a pas peur du ridicule Et comme tout le monde l’a compris cela suscite de plus en plus de vocations.
C’est maintenant à qui s’essuiera le mieux les pieds sur lui. Valls lui a envoyé sèchement au visage les récépissés de contrôle d’identité, Bartolone ironise sur sa prétention à ramener le déficit à 3%, Peillon donne raison à Cécile Duflot à propos du cannabis, le jour même où une élue écologiste est interrogée par la police à propos du plus grand réseau de trafiquants jamais intercepté, etc., etc. Et Ayrault, lui, « recadre ».
La situation est grotesque. Cinq mois après la formation de ce gouvernement, cela sent déjà le roussi et même la fin de règne. Les petites souris qui avaient été bien contentes de se trouver un fromage sont devenues de gros rats qui se croient tout permis, se désolidarisent et semblent prêts à quitter le navire qui commence à tanguer sérieusement.
Et si tout cela compromet sérieusement l’avenir proche d’Ayrault, cela ne va pas faire remonter Hollande dans les sondages. Contrairement à ce que semble croire encore le président de la République, ce n’est pas parce que Jean-Marc Ayrault est « issu d’un milieu modeste », qu’il n’a pas fait l’ENA (ni d’ailleurs Normale Sup’, ni même Polytechnique) et qu’il « ne fait pas partie du sérail » qu’il va pouvoir lui servir de fusible.
Les Français qui commencent à se demander s’ils ont eu raison de se choisir un président aussi « normal » semblent déjà en être arrivés à penser que leur Premier ministre a amplement fait la preuve de son incompétence.
Un Premier ministre n’a pas à « recadrer » ses ministres, à ménager leur susceptibilité, à caresser leur égo, à tolérer leurs incartades. Il a à diriger l’action du gouvernement. Et s’il ne sait pas se faire obéir par ses fauves comme un dompteur digne de ce nom, il a l’air d’un clown triste au milieu de la piste d’un cirque abandonné.

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