Les massacres continuent en Syrie. On ne sait plus si on en est à 30.000 ou 40.000 morts. Mais l’opinion mondiale se lasse toujours de ces guerres qui n’en finissent pas. La Syrie n’est plus à la « une » de l’actualité et a été reléguée dans les pages intérieures et lointaines de nos quotidiens.
Seuls, les « experts » ont remarqué que cette guerre civile (et religieuse) commençait à se propager au Liban, menaçait la Jordanie et pourrait donc bien provoquer une explosion de ce baril de poudre qu’a toujours été le Proche-Orient.
Il faut dire aussi que nous avons commencé à nous poser des questions sur ces « rebelles » qui veulent abattre le régime d’Assad. A les voir évoquer Allah en permanence, ayant appris qu’ils recevaient une aide massive de l’Arabie saoudite et de nos « amis » du Qatar, nous avons fini par nous demander si ces « révolutionnaires » étaient vraiment des démocrates luttant contre une dictature ou s’ils n’étaient pas plutôt des fanatiques religieux menant, avec l’aide des sunnites wahhabites, un combat sans merci et séculaire contre les alaouites plus ou moins laïcs, aidés eux-mêmes par leurs « demi-frères », les ayatollahs chiites iraniens.
Les expériences tunisienne, égyptienne et libyenne viennent de nous démontrer coup sur coup qu’il ne suffisait pas de vouloir renverser un dictateur pour être un démocrate pur jus. Ce que l’Occident aurait d’ailleurs dû comprendre depuis la victoire de Khomeiny contre le Chah en 1979.
Alain Juppé qui, tout « has been » qu’il soit, n’est pas un imbécile, vient, au micro d’Europe 1, d’avouer le malaise qui saisit aujourd’hui nos chancelleries occidentales devant le drame syrien.
Après avoir déclaré comme tout le monde : « Il m’arrive de me demander si la livraison d’armes ne devrait pas être envisagée », l’ancien Premier ministre, ministre de la Défense et ministre des Affaires étrangères a eu la naïve lucidité d’ajouter : « Mais la question se pose : à qui livrer ces armes ? » En effet toute la question est là. Et Juppé d’ajouter : « C’est vrai, il y a aussi, du côté de l’opposition, des mouvements extrémistes et salafistes ou djihadistes » avant de conclure : « Une certaine circonspection s’impose ».
En clair, Juppé reconnait que l’Occident n’a pas à choisir entre un dictateur, aussi épouvantable soit-il, et des fanatiques religieux qui veulent imposer à leur peuple un régime abominable et qui –détail qui a tout de même son importance- nous ont déclaré la guerre sainte. Un certain nombre de Libyens doivent se dire aujourd’hui qu’il est bien dommage que Nicolas Sarkozy ait préféré écouter Bernard-Henri Lévy plutôt que son propre ministre des Affaires Etrangères.
L’Occident est désormais totalement hors-jeu et doit se contenter d’assister les bras ballants au triomphe des Islamistes. Il paie là ses erreurs d’avoir soutenu, par facilité, tant de régimes autoritaires et corrompus ce qui ne pouvait que détourner à tout jamais ces peuples opprimés et malheureux des idéaux démocratiques que nous aurions dû prôner et que nous avons ainsi caricaturés.
Ce que Juppé appelle « la circonspection » pourrait aussi s’appeler l’impuissance et le renoncement.

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