Jean-Louis Borloo lance aujourd’hui son nouveau parti, l’Union des Démocrates et Indépendants, et annonce sans rire que ce « truc » va devenir « le premier parti de France ».
Il n’y a aucun doute que, contrairement à ce qu’on nous dit souvent, le centre existe bel et bien en France. Les radicaux, les démocrates-chrétiens, les modérés de tout poil, les petits notables, ceux qui ont voté Giscard, Barre, Balladur ou Bayrou (en 2007) ont toujours pesé entre 15 et 20% des voix. C’étaient des gens de droite qui n’aimaient ni Chaban, ni Chirac, ni Sarkozy et qui le faisaient savoir, du moins au premier tour.
Il est évident qu’un bon nombre d’entre eux, effrayés par la droitisation de Sarkozy, ont voté, cette année, pour Hollande qui, il est vrai, s’était bien souvent présenté en social-démocrate rassurant.
Aujourd’hui, déjà déçus par les premiers mois du pouvoir socialiste mais ne sachant toujours pas sur quel pied danser, ils attendent de voir ce que va devenir l’UMP. Si c’est « le gentil » Fillon qui l’emporte, ils seront tentés de le rejoindre pour faire nombre. Si c’est « le méchant » Copé qui prend les rênes du grand parti d’opposition, ils préféreront s’en éloigner et pourraient bien alors se tourner vers Borloo. C’est sans doute le pari que fait aujourd’hui le président de l’UDI élu ce matin à l’unanimité.
En fait, le vote des militants de l’UMP va totalement redessiner les contours de la droite française.
La plupart des commentateurs patentés font remarquer qu’il n’y a pas de différences fondamentales entre le programme de Fillon et celui de Copé. C’est vrai et c’est normal puisque les deux hommes appartiennent tout de même au même parti. Les militants ne sont d’ailleurs pas appelés à voter sur un programme mais à élire un chef. Ils ont à choisir entre deux « sensibilités ». En clair, à dire s’ils préfèrent un coup de barre à droite, avec Copé, ou au centre, avec Fillon.
Si Copé gagne c’est une bien mauvaise nouvelle pour le Front National qui perdra son monopole de la chasse aux étrangers et une bien bonne pour Borloo qui retrouvera l’espace centriste classique. Si c’est Fillon, Marine Le Pen récupérera rapidement les électeurs de la droite « décomplexée » et Borloo n’aura plus que des miettes.
Pour l’instant, les sondages (qui se sont bien souvent trompés) donnent Fillon vainqueur de ce duel « fratricide ». Mais tout peut changer bien vite et quel que soit celui que les militants de l’UMP auront choisi.
En effet, ce sont les socialistes qui sont à la manœuvre en étant au pouvoir. En accumulant les couacs, les maladresses et surtout les erreurs et les provocations dans leur fuite en avant, ils vont, évidemment, exaspérer l’opinion qui va rapidement vouloir une opposition frontale sans pitié.
Ce sera alors, en 2017, la chance de Copé, même s’il n’a pas réussi à s’emparer de l’UMP en 2012, Fillon ne fera sans doute pas le poids pour répondre à cette exaspération des Français et on voit encore moins ce que Borloo et ses amis modérés et européens pourraient offrir comme l’alternative crédible à un pouvoir socialiste à terre qui n’aura fait qu’aggraver la situation du pays.
Il y a bien peu de chances qu’après cinq ans de socialisme les Français se tournent vers un « raisonnable » ou un « modéré ». C’est le problème de Fillon et plus encore de Borloo.

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