Les Africains attendaient François Hollande au coin de la forêt vierge et les Français se demandaient comment le président de la République se démarquerait de Nicolas Sarkozy à propos du continent noir.
Le moins qu’on puisse dire est que le chef de l’Etat n’a pas été éblouissant et qu’il n’a pas fait preuve d’une très grande originalité. Comme tous ses prédécesseurs, il s’est contenté d’affirmer, avec des trémolos dans la voix, qu’« une page était tournée » et que « la Françafrique était terminée ».
Cela fait plus de trente ans que les présidents français entonnent la même rengaine et font rigoler les dirigeants africains. C’est toujours le même plat qu’on leur sert et la nouvelle sauce hollandaise n’y change rien.
Hollande voudrait-il faire croire que Paris n’a plus l’intention d’intervenir dans ses anciennes colonies ? Mais alors pourquoi la France tente-t-elle actuellement d’obtenir à l’ONU un vote en faveur d’une opération militaire au nord du Mali et annonce-t-elle qu’elle est prête à apporter une aide logistique à une telle intervention ?
Que nos bérets rouges s’affublent du béret bleu des Nations-Unies ne changera rien à l’affaire et tout le monde sait parfaitement que ce qu’on appelle pudiquement « la logistique » (c’est-à-dire, en fait, l’envoi de matériel, l’appui aérien et la présence discrète au sol de quelques spécialistes) est plus que déterminante dans ce genre de conflit.
Il serait d’ailleurs peut-être temps de se demander ce qu’a été cette fameuse « Françafrique » tant décriée depuis quelques décennies.
Mise en place par Jacques Foccard sur les ordres de de Gaulle, « la Françafrique » voulait faire en sorte que la décolonisation ne fasse pas basculer toutes nos anciennes colonies dans une hostilité radicale à l’égard de la France et dans le chaos politique et économique.
L’exemple de la Guinée, seule à n’avoir pas voulu jouer le jeu et qui, malgré ses richesses colossales, a bien vite sombré dans la pire des misères sous le joug d’un dictateur fou, Sékou Touré, prouve que l’idée n’était pas si mauvaise surtout si on compare le sort de Conakry à celui de Dakar, d’Abidjan ou de Libreville, les trois grandes capitales de « la Françafrique », avec des hommes comme Senghor, Houphouet-Boigny ou Bongo.
Certes, Paris a soutenu quelques tyrans, Tombalbaye, au Tchad, ou pire encore Bokassa, en Centre-Afrique, par exemple. Mais la France a fini par envoyer ses paras à N’Djamena et à Bangui pour les renverser.
On dira que « la Françafrique » était constituée de réseaux parfois un peu douteux et qu’elle se préoccupait essentiellement des intérêts économiques de la France. C’est sûrement vrai. Total, Bouygues, Bolloré et quelques autres se sont taillé des empires dans cet ancien empire en partie grâce aux hommes de Foccard et à leurs successeurs qui, c’est évident, n’ont jamais hésité à utiliser certaines méthodes souvent discutables pour arracher des contrats.
Mais qui oserait affirmer, aujourd’hui, que les Chinois qui remplacent de plus en plus souvent les Français dans la construction des ports, des aéroports, des routes, des usines à travers tout le continent n’ont jamais versé le moindre pot-de-vin au moindre dirigeant africain et que Pékin, totalement désintéressé, ne pense qu’au développement harmonieux de tous ces « pays frères » ?
Heureusement, pas plus que Sarkozy, que Chirac, que Mitterrand ou que Giscard, Hollande n’aura la moindre influence dans ces relations un peu particulières entre la France et l’Afrique. Les grands contrats, les dessous-de-table, les bakchichs, les commissions, les rétro-commissions sont des affaires sérieuses qui ne se traitent plus à l’Elysées ni même dans des officines tenues par des interdits de séjour mais directement entre PDG et potentats.
En Afrique, comme un peu partout ailleurs, la France ce n’est Hollande mais MM. Margerie, Bouygues ou Bolloré qui ont appris, depuis longtemps, à se passer du « pouvoir » désormais impuissant.
Même déclinante, « la Françafrique » a encore de beaux jours devant elle et ce n’est une catastrophe ni pour la France ni pour l’Afrique. Surtout si Hollande décide, enfin et contrairement à tous ses prédécesseurs, de ne plus verser à fonds perdus des aides à tous ces pays.

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