Ne sachant plus quoi inventer pour séduire les militants de l’UMP et tenter de l’emporter sur Fillon dans la course à la présidence du parti, Jean-François Copé, après avoir sorti « le racisme anti-blanc » et fait un tabac avec son histoire de « petit pain au chocolat », vient de faire savoir que, s’il devenait le patron de l’UMP, il ferait descendre les Français dans la rue pour protester contre la politique du gouvernement dès que les projets avancés auraient une certaine importance.
Ce n’est plus de la démagogie, pardonnable en toutes périodes électorales, c’est du populisme avec ce qu’il a de plus dangereux.
Certes, il y a trente ans, Chirac avait su mobiliser les foules et les faire défiler dans les rues pour s’opposer à la Loi Savary et défendre l’Ecole libre. Le projet avait été retiré, Savary avait dû quitter le gouvernement et Mauroy ne s’en était jamais remis.
Mais, mis à part cet exemple mémorable et depuis le 31 mai 1968, c’étaient la gauche et les syndicats qui oubliaient que, dans une démocratie, le pouvoir n’est pas dans la rue mais dans les urnes.
Le recours à la rue est doublement dangereux. D’abord, parce que « la rue » n’est pas représentative. Une manifestation qui réunit un million de mécontents ne signifie en rien que la majorité des Français soit mécontente. Ensuite, parce qu’on peut toujours redouter des débordements et que des « éléments incontrôlés » n’en profitent pour faire dégénérer la plus pacifique des marches en un début d’insurrection, en cassant et saccageant tout sur leur passage.
Personne ne peut aujourd’hui contester que « l’ambiance » dans notre pays soit de plus en plus tendue. Le chômage qui augmente dans des proportions considérables, la précarité qui touche maintenant les classes dites « moyennes » qui voient leur niveau de vie se dégrader considérablement, le désespoir des jeunes sans avenir, l’incapacité évidente des hommes politiques, de droite comme de gauche, à faire face à cette dégringolade économique et sociale du pays poussent nos compatriotes à l’exaspération.
Il serait totalement irresponsable de la part de nos professionnels de la politique de jouer avec le feu. Ce serait d’ailleurs de leur part avouer qu’ils sont incapables d’assumer leur rôle qui est précisément, par une opposition démocratique, d’empêcher que la rue –c’est-à-dire n’importe qui- ne prenne le pouvoir.
On dira que notre système rend les débats parlementaires sans intérêt et que l’opposition ne peut plus faire que de la figuration. C’est vrai. Mais les fameux sondages d’opinion qui ont bien des défauts permettent souvent de faire reculer le pouvoir. On le voit d’ailleurs en ce moment. Ils sont autrement plus utiles que toutes les manifestations de foule.
Copé s’était rendu (un peu) célèbre en écrivant un livre qu’il avait intitulé « Ce que je n’ai pas appris à l’ENA ». Il est dommage qu’il n’ait pas appris à l’ENA ce que c’était que la démocratie. Ce n’est sûrement pas appeler les foules à descendre dans les rues.
Copé semble de ne pas se rendre compte qu’en se lançant dans une telle surenchère avec Fillon il donne des armes aux socialistes et la pire des images d’une droite qu’il veut décomplexer et qu’il ridiculise. Que des hommes comme Xavier Bertrand ou Jacques Myard (qui n’ont jamais fait dans la finesse) aient décidé finalement de rejoindre Fillon prouve que Copé ne joue sans doute pas la bonne carte.

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