Certains avaient ironisé et haussé les épaules mais d’autres avaient salué l’habileté de François Hollande quand, à peine arrivé à l’Elysée, il s’était mis à créer, à tour de bras, des commissions de tout et n’importe quoi et à charger une flopée de personnalités, généralement à la retraite, de réfléchir à quelques problèmes importants.
C’était triplement astucieux de sa part puisque cela lui permettait de faire semblant de jouer la concertation et donc de ne prendre aucune décision lui-même, de caser certains vieux copains et surtout d’enterrer des questions délicates.
Malheureusement, dans ces cas-là, il y en a toujours qui n’ont rien compris au scénario, qui se croient obligés de jouer le jeu, qui se mettent à réfléchir et qui vont, parfois, jusqu’à pondre un rapport qu’en fait on ne leur avait pas demandé.
Pire, il y en a parfois un ou deux qui, ravis d’avoir retrouvé un semblant d’activité, s’imaginent, sans doute de toute bonne foi, qu’ils peuvent dire la vérité, même si elle est dérangeante c’est-à-dire qu’elle ne correspond pas en tout point aux contre-vérités généralement énoncées par ceux qui leur ont commandé leur petit travail de réflexion.
François Hollande avait chargé Louis Gallois d’un rapport sur la compétitivité. Ancien grand patron (notamment d’EADS) personne ne pouvait contester ses compétences mais homme de gauche personne ne pouvait imaginer qu’il mettrait dans l’embarras ses amis du PS.
Or, ne voilà-t-il pas que l’ancien grand patron l’a emporté sur l’ami du président ! Dans le rapport qu’il va bientôt remettre au chef de l’Etat, Gallois demande « un choc de compétitivité de 30 milliards », une réduction massive des dépenses publiques, la baisse des cotisations patronales et une hausse de la CSG et de la TVA.
A peu de choses près, c’est ce que réclament depuis longtemps les grands patrons du Medef et des PME, la droite en général et les meilleurs spécialistes économiques.
Ava nt même que Gallois ne présente officiellement son rapport, Hollande a déjà fait savoir que… « Ce rapport n’engage que son auteur », Moscovici… qu’« Il appartient au gouvernement de définir ce que sera la politique de compétitivité », Michel Sapin que… « Ce rapport n’est pas le seul point de vue qui compte » et Marisol Touraine… qu’« On ne peut pas faire supporter aux Français un choc supplémentaire de plusieurs milliards ».
Autant dire que François Hollande se mord les doigts d’avoir demandé à Gallois son avis et que le gouvernement va tout faire pour enterrer au plus vite ce rapport dont la parution a déjà été retardée de quinze jours.
Comme dit la chanson, Gallois doit être exécuté, il veut dire la vérité.

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