Anthony Russel, obscur conseiller municipal de La Courneuve qui se dit « proche du Front de gauche », vient de déposer devant le tribunal de Bobigny une plainte pour « diffamation publique » contre François Fillon et Jean-François Copé. Il leur reproche d’avoir « mis sur le même plan le Front National et le Front de gauche », ce qu’en tant qu’homme de gauche il n’a pas apprécié.
On attend, bien sûr, avec impatience qu’un modeste élu « proche », lui, du Front National dépose une plainte identique car il doit être aussi désagréable pour un homme d’extrême-droite de se faire mettre dans le même sac que l’extrême gauche que l’inverse.
Au-delà de l’anecdote, l’affaire est intéressante. D’abord, parce qu’il est tout de même invraisemblable qu’aujourd’hui, en France, la justice accepte d’enregistrer ce genre de plaintes. Tous les dirigeants de la gauche au pouvoir passent leur temps, depuis quelques mois, à répéter que la droite, et notamment Copé, courre derrière le Front National et qu’à bout d’arguments elle reprend les thèmes de l’extrême-droite des années 30. Va-t-on, eux aussi, les poursuivre ?
Ensuite et surtout, ce problème de la comparaison de nos deux extrêmes, de droite et de gauche, est, en fait, au cœur de notre politique depuis des décennies. La gauche n’a jamais hésité à s’allier avec l’extrême-gauche et très rares sont ceux qui ont osé s’en étonner alors que la droite n’a jamais, elle, été « autorisée » à se rapprocher un tant soit peu de l’extrême-droite, ce qui lui a fait perdre bon nombre de scrutins.
Mitterrand et Jospin ont eu des ministres communistes alors que les quelques présidents de conseils régionaux qui ont accepté les voix du Front National pour avoir une majorité ont été exclus du RPR.
On dira que les gaullistes, les démocrates-chrétiens, les radicaux et tous les centristes qui constituent la droite traditionnelle n’ont pas les mêmes « valeurs » que le mouvement de la famille Le Pen et qu’une alliance entre droite et extrême-droite serait contre-nature même si elle assurerait bien souvent la victoire.
Mais les socialistes qui sont devenus des sociaux-démocrates ont-ils vraiment les mêmes « valeurs » que les communistes, les écologistes, les trotskistes et les gauchistes de tout poil avec lesquels ils n’hésitent jamais à faire des majorités au nom de l’union de la gauche ou de la gauche plurielle. François Hollande et Jean-Marc Ayrault sont-ils, comme Laurent le patron du PC, des nostalgiques honteux du stalinisme triomphant et, comme Mélenchon, des admirateurs inconditionnels de Fidel Castro et d’Hugo Chavez ? Il faudrait qu’on nous le dise clairement.
Mettons les pieds dans le plat. On –c’est-à-dire nos gourous intellectuels- reproche à l’extrême-droite sa filiation avec Vichy et le nazisme alors qu’on –toujours ces mêmes gourous- nous présente les communistes comme les héritiers des héros de la bataille de Stalingrad.
C’est ce qui s’appelle de la falsification historique. C’est, bien sûr, oublier le Pacte germano-soviétique et l’entrée tardive des communistes dans la Résistance, c’est oublier que Déat et Doriot étaient à Vichy alors qu’autour de de Gaulle, à Londres et dans les sables de Bir-Hakeim, on comptait surtout des gens de droite, mais c’est surtout oublier que si le nazisme fut l’un des grands crimes de l’histoire de l’humanité et fit des millions de morts, l’autre grand crime de cette même histoire fut le communisme qui fit encore plus de morts.
Il est vrai qu’à sa création le Front National a compté, parmi les siens, quelques anciens de Vichy perdus au milieu de nostalgiques de l’Algérie française. Mais ils ont disparu au fil des années. Alors qu’au Front de gauche, il y a bel et bien toujours des communistes pur jus.
Fillon et Copé sont donc parfaitement logiques avec eux-mêmes quand ils refusent tout compromis avec l’extrême-droite mais plus encore quand ils s’indignent que l’actuel président de la République soit l’allié, ce qui en politique veut dire l’otage, des derniers communistes européens et des trotskistes adorateurs de la dictature cubaine.
Avec leur ni-ni, ils mettent les uns et les autres dans le même sac. Il est très dommage que la gauche dite « républicaine » n’en fasse pas autant. Ils ne savent sans doute pas que Pierre Mendès-France qu’ils ont tendance à évoquer continuellement avait refusé de tenir compte des voix communistes qui s’étaient portées en sa faveur.

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