Difficile de dire qui, de Fillon ou de Copé, l’a emporté, hier soir, dans le duel qu’avait organisé France 2 avec l’émission « Des paroles et des actes ».
Les deux hommes savaient parfaitement que celui qui dégainerait le premier perdrait le match. Les militants de l’UMP détestent la guerre des chefs qui leur a fait tant de tort par le passé et la gauche qui ne sait plus elle-même où elle en est au milieu de ses rivalités et de ses désaccords aurait été trop contente d’ironiser sur une bataille de chiffonniers à droite.
Si les regards entre les deux protagonistes pouvaient être assassins, et ils l’ont été, les perfidies ne pouvaient être qu’allusives et les fleurets devaient, selon la vieille formule, restés mouchetés.
Fillon s’est présenté en « rassembleur », Copé en « résistant ». C’est leur fonds de commerce. Même si on a demandé au premier s’il n’était pas un peu « fuyant » et au second s’il n’avait pas des tendances à être « arrogant », chacun sait que Fillon louche vers les centristes et veut « rassembler » toute la bonne vieille droite traditionnelle et que Copé lorgne vers les électeurs du Front National et rêve d’imposer une droite « décomplexée » et « résistante ».
En fait, l’ancien Premier ministre s’adressait aux Français, l’actuel secrétaire général de l’UMP aux militants qui, seuls, voteront le 18 novembre prochain pour choisir le président de leur parti.
Fillon, très présidentiel, était déjà candidat à l’Elysée, Copé, lui, semblait ne briguer, pour l’instant, que le poste de chef d’une opposition sans concession en face du pouvoir socialiste.
Le tout est de savoir si les 250.000 militants de l’UMP vont vouloir se choisir, dès maintenant, celui qui affrontera Hollande en 2017 ou s’ils préféreront désigner celui qui ferraillera le mieux, en permanence, contre Ayrault et ses éventuels successeurs pendant les mois à venir.
La droite dite « bonapartiste » a toujours considéré que le patron du parti était, par définition, le candidat à la présidentielle. Avantage donc pour Fillon. Mais la droite, aujourd’hui, a sans doute envie d’en découdre avec le pouvoir. Avantage alors pour Copé.
Il était amusant de voir les deux hommes en rajouter dans le sarkozisme, surtout quand on se souvenait des problèmes d’égos, de susceptibilité, voire d’orientation que l’un et l’autre ont eus avec l’ancien président pendant tout le quinquennat. Mais François et Jean-François ont sans doute compris qu’une bonne partie de la droite –et a fortiori de l’UMP- était déjà nostalgique de Nicolas.
Ce qui est dommage c’est que ni l’un ni l’autre n’aient tenté d’élever un peu le débat. Non seulement, ils ont bien peu parlé d’économie, du chômage ou de l’Europe mais ils se sont, l’un et l’autre, contentés, pour l’essentiel, de s’en prendre à la politique menée par les socialistes. Or, ce que les Français attendent maintenant de l’opposition c’est un grand dessein pour la France, une vision lucide de l’avenir du pays avec un programme cohérent, voire « révolutionnaire » pour tout reconstruire.
Annoncer qu’on abrogera la loi sur le mariage homosexuel et qu’on s’en prendra au racisme « anti-blanc » ne pourra pas faire rêver les Français et ne les fera pas patienter cinq ans.
Le débat d’hier a démontré que la droite avait encore à se recréer pour redevenir plausible. Les socialistes nous prouvent chaque jour que le dénigrement systématique des « gens d’en face » n’est pas suffisant pour faire une politique.

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