Alors que les socialistes commencent à sombrer dans leur incompétence et leurs contradictions, que les hauts-fourneaux ferment, que les ventes de voitures s’effondrent, que les cigarettes, la bière, le gaz augmentent et que tout va de plus en plus mal, la droite, ou du moins l’UMP, hésite entre Fillon et Copé.
Mais ce combat picrocholesque est moins dérisoire qu’on pourrait le croire. Le choix des militants sera important puisqu’a priori il désignera celui qui sera le candidat de la droite pour s’opposer à Hollande en 2017 et qui, entre-temps, devra diriger l’opposition contre Ayrault, puis contre son vraisemblable successeur à Matignon.
Contrairement à ce qu’on nous raconte, il ne s’agit pas –seulement- de l’affrontement entre deux égos, deux ambitions aussi démesurées l’une que l’autre.
Les « encartés » de l’UMP vont avoir à choisir rien de moins que l’avenir de la droite française. Sans le dire, Fillon propose une droite qui rassemblerait aussi les centristes de Borloo, Bayrou, Morin et tout le marais perdu depuis la mort de l’éphémère UDF. Copé, lui, ne cache pas qu’il veut récupérer ceux qui, écoeurés par la droite traditionnelle et trop souvent médiocre, sont partis vers le Front National.
Avec Fillon, on aurait une droite de « bon aloi » ; avec Copé, une droite si ce n’est pure du moins dure. Au fond, le premier joue les Chirac (qu’il a toujours détesté pour des raisons personnelles) et le second les Sarkozy (qu’il a souvent combattu pour des raisons tout aussi personnelles).
Ni l’un ni l’autre ne sont des perdreaux de l’année. Pendant tout le règne de Sarkozy, Fillon a été un Premier ministre inexistant et docile qui ne savait qu’avaler les couleuvres que lui imposait son président et Copé, patron du groupe UMP à l’Assemblée puis du parti présidentiel, a été, malgré quelques incartades, l’un des grands complices de la Sarkozie. Mais tout cela est déjà oublié.
On nous dit que « les notables » et « les sympathisants » sont pour Fillon alors que « les militants de base » (qui seuls voteront) seraient pour Copé. On le comprend. « Les notables » et « les sympathisants » sont des gens raisonnables alors que, par définition, « les militants » sont plus radicaux et donc prêts à tout, même aux pires des alliances. Depuis trente ans, ils ont trop vu d’innombrables triangulaires faire perdre leur camp et Sarkozy a fait sauter bien des verrous que Chirac avait imposés.
Il est évident que les socialistes font tout pour faire gagner Copé (tout en renforçant d’ailleurs, en même temps, le Front National). Leurs projets sur le droit de vote des étrangers, le mariage des homosexuels, l’euthanasie sont autant de chiffons rouges qu’ils agitent pour que les militants de l’UMP se radicalisent à outrance. Le budget 2013 qui matraque les classes moyennes aussi.
Hollande, et on le comprend, préférerait avoir en face de lui, en 2017, un « méchant » Copé qu’il pourrait qualifier de « fasciste » plutôt qu’un « gentil » Fillon qui, sous ses allures de gendre idéal même un peu vieillissant, apparaitrait soudain comme un candidat… « « normal », une sorte de démocrate-social s’opposant à un social-démocrate.
Malgré tous les sondages qui le donnent perdant, Copé a un avantage. Tout le monde, militant UMP ou non, a compris que les cinq années qui viennent allaient être terribles, que les socialistes vont nous conduire droit dans le mur en se lançant dans une fuite-en-avant idéologique et donc irresponsable. Aux yeux des militants de l’UMP, le méchant Copé est évidemment, mieux placé que Fillon, trop gentil, pour mener, sabre au clair, la guérilla permanente qui va s’imposer contre la gauche au pouvoir et où tous les coups seront permis.
Fillon serait un meilleur candidat pour 2017, Copé un meilleur patron de l’opposition pendant cinq ans. Le choix est donc difficile.
Mais il faut aussi déjà se demander ce que feront ceux qui auront voté pour le vaincu. Si leur candidat est battu, certains « Fillonistes » rejoindront-ils Borloo ? Si le leur mord la poussière, certains « Copéistes » iront-ils jusqu’à prendre leur carte du Front National ? Ce n’est pas impossible.
En fait, ce duel Fillon-Copé va mettre fin à un malentendu, un qui-pro-quo qui, depuis des décennies, voulait faire croire que les « Bonapartistes » et les « Orléanistes » faisaient partie de la même famille. Les Giscardiens et les Chiraquiens se sont toujours détestés et les Chiraquiens n’ont jamais aimé les Balladuriens.
Les choses vont être plus claires mais il n’est pas sûr que la droite en sorte renforcée alors pourtant que les premiers mois de la gauche au pouvoir devraient lui redonner tous les espoirs.

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