Pour tenter de remonter un peu dans les sondages et surtout de galvaniser les militants socialistes qui commencent à avoir des doutes sur ses capacités à diriger l’action du gouvernement, Jean-Marc Ayrault a affirmé, hier à Toulouse, devant le congrès du PS, qu’il allait bâtir… « un nouveau modèle français ».
Ceux qui ont un certain âge et un peu de mémoire ont souri (amèrement). Cela fait des décennies que tous nos dirigeants, sans exception, de droite comme de gauche, nous annoncent « un nouveau modèle français ».
Cela a sans doute commencé avec Chaban-Delmas, en 1969, et sa « Nouvelle société » dont on n’a d’ailleurs jamais très bien su ce qu’elle était mais qui devait évidemment être un modèle. Giscard nous a promis « un chantier de réformes », avec Mitterrand, nous devions passer « de la nuit au jour », Chirac voulait supprimer « la fracture sociale », et Sarkozy nous jurait qu’ensemble tout devenait possible. La politique française s’est mise à ressembler à la Haute couture, on y voit les modèles défiler.
Il faudrait que nos responsables arrêtent de nous « bassiner » avec le mot « modèle » et qu’ils comprennent que, depuis longtemps, la France ne peut plus se présenter comme un modèle pour les autres.
Devenons un peu modestes. Aux yeux du monde, nous ne sommes plus un modèle mais, au mieux, une « exception » et qui fait pitié. Ou alors si nous sommes « un modèle », c’est « le modèle » de ce qu’il ne faut surtout pas faire, avec des impôts exorbitants, une administration pléthorique, une législation délirante, un mélange curieux et détonnant où se confondent dans une totale incohérence le colbertisme le plus courtelinesque et le plus kafkaïen des socialismes.
Il serait grand temps qu’ils comprennent que, même si nous avons fait la Révolution en 1789, construit la Tour Eiffel et inventé le presse-purée, nous sommes désormais comme toutes les anciennes grandes puissances occidentales qui, à force de ne plus rien produire tout en continuant à se goinfrer de consommation, sont totalement ruinées, endettées jusqu’au cou et bientôt même incapables de nourrir leurs chômeurs de plus en plus nombreux.
Ayrault voudrait que ce « nouveau modèle français » « allie solidarité et performance ». C’est bien gentil. Mais si « solidarité » signifie assistanat généralisé, allocations, subventions, aides en tout genre à tous les trainards et à tous les canards boiteux, c’est-à-dire à tous ceux qui en ont besoin, et aussi, en plus, aux autres, il y a peu de chances pour que nous devenions « performants ».
« Solidarité » et « performance » sont deux idées totalement antinomiques. On ne peut pas à la fois faire du social -pour ne pas dire du socialisme- et être performant, c’est-à-dire gagner des marchés en étant à la pointe de la compétitivité.
Pour « ré-enchanter la politique », a-t-il dit en reprenant une jolie formule de la campagne de François Hollande, « il faut pérenniser ce que nous avons réussi et améliorer ce qui ne fonctionne pas ».
Non seulement le verbe « pérenniser » est un néologisme que refuse l’Académie mais on doit se demander à quoi peut bien penser le Premier ministre quand il évoque les domaines dans lesquels il aurait réussi. Pour l’instant, et sans vouloir lui faire de procès d’intention, il faut bien constater qu’il n’a pas fait grand-chose à part, bien sûr, augmenter les impôts. Ce qu’un bon nombre de ses prédécesseurs avaient déjà réussi à faire. Plutôt moins bien que lui, il est vrai.
Et tout le monde sera d’accord pour dire qu’il ne s’agit pas aujourd’hui d’ « améliorer ce qui ne fonctionne pas » avec des rustines et des cautères sur les jambes de bois de notre mille-pattes national mais bien de tout mettre à plat et de tout reconstruire. Non pas pour devenir « un modèle » mais tout simplement pour ne plus être « une exception ».
Les militants l’ont applaudi à tout rompre, parait-il.

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