François Hollande met de l’eau dans son vin. S’adressant hier à une assemblée de patrons, il a affirmé qu’il n’imposerait pas « un choc de compétitivité » mais qu’il proposerait « un pacte de compétitivité ». Nuance !
Pour le reste, il est resté très flou. Le rapport Gallois ne sera pas enterré mais d’autres idées seront aussi prises en compte, les charges patronales et salariales seront sans doute allégées mais on verra comment et surtout par quoi les compenser, pour retrouver un minimum de compétitivité il n’y a pas une seule solution miracle mais tout un ensemble de mesures à prendre, etc.
On comprend que, devant un tel auditoire, le chef de l’Etat ait voulu se montrer apaisant si ce n’est rassurant. Il a beaucoup à se faire pardonner de ces gens-là et réalise maintenant que ses débuts ont été particulièrement calamiteux quand, alors qu’il était déjà élu, il a continué à agiter ses slogans de campagne contre les riches et les patrons.
Un candidat peut dire n’importe quoi, c’est même souvent conseillé et il ne s’en est pas privé, mais un président de la République est rapidement confronté aux dures réalités. Surtout en période de crise.
Contrairement à ce qu’il croyait ou voulait faire croire, on ne relance pas les investissements sans « ces salauds de capitalistes », on ne remet pas en marche l’économie sans « ces ignobles patrons », on ne fait pas redémarrer la consommation en écrasant ceux qu’on considère comme « des favorisés » et qui ne sont que les classes moyennes. Hollande n’a plus qu’à manger son chapeau.
Cette idéologie d’une autre époque a d’ailleurs ridiculisé immédiatement ces nouveaux venus. Forts de leur victoire dans les urnes, ils croyaient pouvoir imposer leur loi, interdire les licenciements, faire rendre gorge à leurs « ennemis de classe ».
On se souvient des premières déclarations (de guerre) du ministre du Redressement productif à l’adresse du patron de PSA. Aujourd’hui, le même Montebourg doit accepter, tout penaud, en marinière et comme un sale gosse qui s’est fait gronder, que le gouvernement sauve la filière bancaire de PSA alors que « le méchant » Varin confirme bel et bien la suppression de 8.000 emplois et la fermeture du site d’Aulnay-sous-Bois.
Ce qui est le plus stupéfiant c’est qu’après six mois de pouvoir et surtout dix ans d’opposition, la gauche enfin aux commandes n’ait pas –au de-là de ses slogans à l’emporte-pièce qu’elle doit remettre dans sa poche- la moindre idée sur ce qu’il conviendrait de faire, qu’elle doive demander des conseils aux uns et aux autres, solliciter les avis de commissions, qu’elle tergiverse, ne sache pas sur quel pied danser et qu’autour de la table du conseil des ministres personne ne soit d’accord avec personne. Le petit pédalo du capitaine Hollande va bientôt ressembler au radeau de La Méduse, si ce n’est au Titanic !
Ils ont passé dix ans à nous dire que la droite conduisait le pays droit dans le mur, depuis six mois ils nous disent qu’ils découvrent que la droite leur a laissé une situation catastrophique, mais maintenant qu’ils sont au pied du mur en question, le roi, sa cour et ses bouffons sont nus, demandent pardon à ceux qu’ils ont offensés et reprennent en douce quelques idées de ceux qu’ils ont combattus, comme le Traité européen signé par Nicolas et Angela Merkel ou la Banque publique d’investissement qui n’est jamais que le regroupement d’Oséo, du Fonds stratégique d’investissement et de la Caisse des Dépôts.
Quelques spécialistes se demandent si Nicolas Sarkozy va réapparaitre un jour sur la scène politique. Hollande se fait revenir d’une certaine manière.
On veut espérer que la droite profitera mieux que la gauche de ses années d’opposition pour préparer, à son tour, le changement. Il ne faudrait pas qu’en 2017 elle nous dise qu’elle ne s’attendait pas à trouver le pays dans un tel état et qu’elle va se mettre à réfléchir pour savoir ce qu’il conviendrait de faire…

Mots-clefs : ,