On reproche beaucoup –à juste titre- à Jean-François Copé de jouer sur les peurs, de radicaliser son discours et de flirter dangereusement avec les thèses du Front National. Après avoir dénoncé un « racisme anti-blanc » qui sévirait dans certains de nos quartiers, il nous a sorti de son chapeau cette histoire du gosse qui se serait fait voler son petit pain au chocolat à la sortie de son école par des voyous lui reprochant de manger pendant le ramadan.
Copé est en campagne électorale pour la présidence de l’UMP. Il sait que les sondages lui donnent un retard important en face de son adversaire François Fillon. Il fait donc feu de tout bois en pariant sur l’hypothèse que les militants de l’UMP souhaitent une droitisation à outrance de leur mouvement, voire un rapprochement avec le parti de Marine Le Pen.
On aurait préféré que le député-maire de Meaux qui vise non seulement la présidence de l’UMP mais aussi celle de la République évoque davantage des problèmes économiques que connait aujourd’hui notre pays. Le racisme anti-blanc existe évidemment, des anecdotes comme celle du gosse au petit pain au chocolat sont parfaitement plausibles, mais nous allons dépasser les 5 millions de chômeurs et la politique que mène le gouvernement actuel ne va faire qu’aggraver encore considérablement la situation du pays. Le rôle de l’opposition devrait donc être de dénoncer les mesures annoncées et surtout de préparer un programme cohérent de reconstruction politique, économique et sociale. Pas de fustiger les uns et d’affoler les autres.
Très curieusement, on a l’impression que François Hollande et surtout « l’homme fort du gouvernement », Manuel Valls, enfourchent aujourd’hui le même cheval. Ils veulent, à leur tour, nous faire peur.
Depuis l’interpellation de douze « présumés » terroristes, ils nous parlent d’un « terrorisme intérieur » menaçant, de « réseaux de djihadistes salafistes » qui prépareraient des attentats. Le président de la République reçoit les responsables de la communauté juive pour les rassurer ce qui ne fait, bien sûr, qu’inquiéter cette communauté. Le ministre de l’Intérieur nous affirme qu’« il y a en France plusieurs dizaines, plusieurs centaines d’individus capables de s’organiser » pour commettre des attentats et nous annonce de nouvelles arrestations. Des « dizaines » et des « centaines » ce n’est pas la même chose. Et que veut dire « capables » ? Il y a en France quelques millions de maris « capables » de tuer leur femme. Cela ne signifie pas qu’ils soient sur le point de le faire. Dans un Etat de droit, le Code pénal ne poursuit pas les individus « capables » de commettre des crimes.
Le chef de ces « présumés » terroristes (tué lors de son arrestation) a de toute évidence –selon les tests ADN- lancé une grenade dans une épicerie casher de Sarcelles, le 19 septembre dernier. C’est, bien sûr, un acte criminel et sans guère de doute antisémite. Mais ce n’est tout de même ni le 11 septembre, ni les attentats de Londres ou de Madrid. A Sarcelles, une personne a été légèrement blessée.
Faut-il alors parler de « menaces terroristes », de réseaux de fanatiques liés à Al Qaïda et préparant des attentats meurtriers à travers le pays ?
Pour l’instant, il semble qu’on ait affaire à de petits voyous –plusieurs d’entre eux ont été condamnés pour trafic de drogue- qui pour justifier leur délinquance et se venger d’une société qu’ils haïssent se seraient convertis à l’Islam le plus extrémiste.
Certes, on a trouvé sur eux des armes, de l’argent et des listes d’adresses d’institutions juives, mais aucun d’entre eux n’est jamais allé en Afghanistan ou au Pakistan et il ne semble pas que ce petit groupe ait eu le moindre contact avec Al Qaïda. En clair, ce sont des « amateurs » qui se sont autoproclamés djihadistes.
Ces individus représentent un danger réel. Ils prouvent surtout, une fois de plus, que de petits délinquants minables peuvent, en prison ou dans les bas-fonds de leurs quartiers pourris, être endoctrinés par des imams fanatiques et se convertir à l’Islam le plus radical, celui qui a déclaré la guerre « sainte » à notre société occidentale. Il faut donc surveiller les imams des prisons et de certaines mosquées plus ou moins clandestines.
Mais fallait-il pour autant que le président de la République et le ministre de l’Intérieur multiplient les déclarations comme si la police avait réussi à démanteler un réseau terroriste sur le point de faire sauter la Tour Eiffel et de causer d’innombrables morts ? Non seulement nos dirigeants ont complètement oublié la présomption d’innocence et sans doute gravement nui à la poursuite de l’enquête en annonçant de prochaines interpellations mais ils ont totalement perdu le sens de la mesure en confondant un petit gang de loubards antisémites avec une véritable organisation terroriste.
En faisant ainsi peur à l’opinion, Copé et Valls veulent faire du… sarkozisme, l’un pour gagner quelques voix à la droite de l’UMP, l’autre pour se démarquer d’une gauche qu’on dit laxiste. L’un et l’autre sont convaincus qu’ils se retrouveront un jour face-à-face dans la course à l’Elysée. Ce n’est pas impossible mais il est bien dommage que, dans cette course à l’audimat, ils n’aient pas trouvé d’autres armes à fourbir.
L’Islam est sans aucun doute un vrai problème mais l’effondrement économique de la France préoccupe davantage les Français aujourd’hui. A force d’agiter les chiffons rouges, les toréadors se font souvent encorner.

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