Nous n’avions donc rien compris. Il faut dire que nous avions des excuses.
Quand Jean-Marc Ayrault avait déclaré devant les lecteurs du Parisien qu’il n’était pas « dogmatique », qu’il n’y avait pas de « tabou », et qu’on pouvait parfaitement « débattre » des 35 heures, nous avions, très naïvement, cru comprendre que le Premier ministre maitrisait la belle langue de Molière et qu’il était donc prêt, éventuellement, après débat, à remettre en cause ces fameuses 35 heures.
Mais pas du tout. Le locataire actuel de Matignon ne parle pas français. Il parle… hollandais, un curieux patois qui n’a rien à voir ni avec le français ni avec le néerlandais et où les mots changent de sens en fonction des circonstances et au gré du vent.
Michel Sapin, docteur ès-hollandais, qui a été le premier à moucher Ayrault nous a d’ailleurs fait une explication de texte. Si en français « débattre » signifie que chacun peut présenter ses arguments, que les « pour » et les « contre » ont droit à la parole et qu’à l’issue de cette confrontation des points de vue on donnera raison aux uns ou aux autres, voire on tentera de trouver une solution consensuelle, en jargon hollandais ce n’est pas ça du tout.
Sapin est formel : certes, il peut y avoir débat sur les 35 heures… mais, en tout état de cause, ces 35 heures ne seront pas remises en question. Ayrault lui-même a d’ailleurs confirmé, cet après-midi, à l’Assemblée, que « la durée légale du travail est de 35 heures et elle ne changera jamais tant que la gauche sera au pouvoir ».
Ces précisions qui contredisent totalement ce que nous avions lu ce matin sont d’ailleurs rassurantes. On se souvient que certains amis du PS avaient évoqué une nouvelle réduction du temps de travail à… 32 heures. Ayrault semble exclure cette idée. Ouf ! D’autre part, en affirmant que rien ne changera « tant que la gauche sera au pouvoir », il laisse entendre, à demi-mots, qu’il ne se fait déjà plus guère d’illusion et qu’il sait maintenant que les choses pourraient bien se gâter pour lui et ses petits camarades un jour de 2017. Re-ouf !
Mais ce qui est effrayant dans ce couac supplémentaire c’est qu’au lieu de reconnaitre qu’Ayrault avait complètement « déconné », ses petits copains continuent à nous raconter qu’il peut parfaitement y avoir débat dès lors que ce débat n’aura strictement aucune importance.
Hollande avait fait toute sa campagne en nous affirmant que « moi président » tout changerait, que, contrairement à Sarkozy, il ne déciderait pas de tout mais qu’il inviterait tout le monde autour de la table et que ce ne serait qu’à l’issue d’un « débat » qu’on imaginait naturellement « constructif », qu’il proposerait une solution évidemment « consensuelle ».
Certains avaient un peu ironisé sur cette conception du pouvoir qui rappelait fâcheusement la politique « participative » prônée jadis par une ancienne compagne du président.
Mais cette volonté de la palabre et du bla-bla avait permis aux amis du président de nous expliquer pourquoi les choses pouvaient trainer en longueur et de nous affirmer que le manque de décision, les atermoiements, les reculades du pouvoir dont on commençait à s’inquiéter n’étaient pas dus à une infirmité congénitale du chef de l’Etat mais à cette seule obsession du « débat ».
Les choses sont beaucoup plus claires maintenant. En hollandais, « débattre » veut, certes, dire perdre du temps, réunir des commissions, des états généraux, commander des rapports, des études mais ne signifie en rien remettre en cause tous les bons vieux dogmes du PS.
On débat juste pour amuser la galerie et parce qu’on prend les Français pour des gogos. Pas pour débattre.

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