Certains se sont étonnés –et ici même, d’ailleurs- du choix des membres du jury du Nobel de la Paix qui n’ont rien trouvé de mieux, cette année, que de couronner l’Union Européenne. En pleine crise financière, économique, politique et morale de l’Europe, ce vote des Norvégiens (qui ne font pas partie de l’Union Européenne) avait quelque chose de la provocation surréaliste.
L’Europe d’aujourd’hui vacille, s’est scindée en deux entre les riches du Nord et les pauvres du Sud, est passée sous l’autorité intransigeante de l’Allemagne d’Angela Merkel et est conspuée, chaque jour, dans les rues, par les foules grecque, italienne, espagnole ou portugaise. En la récompensant, ces vieux messieurs d’Oslo pensaient-ils redorer son blason et faire comprendre aux Européens la chance qu’ils avaient d’aller ainsi droit dans le mur ?
Les hasards du calendrier sont parfois bien cruels. A peine l’Union Européenne avait-elle reçu ce Prix Nobel de la Paix que les Flamands faisaient savoir par leur vote qu’ils ne voulaient plus faire partie de la Belgique, que les Ecossais organisaient avec Londres, pour 2014, un référendum sur leur indépendance et que les Catalans manifestaient bruyamment pour réclamer, eux-aussi, leur indépendance.
On dira qu’il s’agit de cas bien particuliers. Les Flamands ont un vieux compte à régler avec les Wallons qui les ont si longtemps méprisés et opprimés, les Ecossais ont toujours détesté les Anglais, les Catalans n’ont jamais supporté la suprématie de Madrid et des Castillans.
Quelques Eurolâtres iront même peut-être jusqu’à dire que ce retour au régionalisme est une chance pour l’Europe fédérale dont ils rêvent. L’Europe des Nations étant une utopie qui a prouvé son irréalisme, les régions, pensent-ils, permettront sans doute plus facilement l’intégration.
En vérité, le vote des Flamands, les projets des Ecossais et la volonté des Catalans démontrent deux choses.
D’abord et avant tout, que « les riches » en ont assez de payer pour « les pauvres » et que, en période de crise tout particulièrement, le joli mot de « solidarité » n’a plus aucun sens, qu’il s’agisse de solidarité européenne ou nationale. Les Flamands qui ont su faire fortune ne veulent plus payer pour ces « nouveaux pauvres » que sont les Wallons. Les Ecossais ne veulent plus partager les royalties de « leur » pétrole de la mer du Nord avec les chômeurs anglais. Les Catalans qui estiment avoir quelques décennies d’avance sur leurs compatriotes en ont assez d’être la vache à lait de l’Espagne. Et on pourrait ajouter d’ailleurs que les Italiens du Nord ne veulent plus entretenir les Napolitains de la Maffia.
Alors comment demander à tous ces gens de payer pour la Bulgarie par exemple au nom d’une solidarité européenne ?
Mais il y a, ensuite, sans doute plus grave encore que cet égoïsme de nantis. A l’heure de la mondialisation, du choc des cultures, de la perte de tous les repères, les peuples ont besoin de retrouver leurs racines. L’Europe, la pensée unique, les technocrates ont tué les Nations, abattu les frontières sans pour autant réussir à faire de l’Europe un véritable idéal capable d’enthousiasmer les jeunes générations. Alors, quand on n’a pas envie de devenir européen et qu’on ne peut plus guère, sous peine de ridicule, être belge, britannique ou espagnol, on redevient flamand, écossais ou catalan, histoire d’avoir un lopin de terre à soi sous les pieds.
La victoire des indépendantistes à Anvers n’est pas seulement un défi lancé à Bruxelles, capitale du royaume, c’est aussi un avertissement lancé à Bruxelles, la capitale de l’Europe.
A force de ne pas les consulter, nos dirigeants politiques ont oublié que « les peuples » étaient attachés, viscéralement, à leur « terroir ». A force d’aller à marche forcée vers ce fédéralisme européen, ils risquent bien de provoquer une « balkanisation » du vieux continent. Ils s’étaient émerveillés du réveil de tous les nationalismes de l’Europe de l’Est dès qu’elle avait été libérée du joug communiste, sans comprendre que ce vieux sentiment d’appartenir à sa « tribu », aussi désuet et décrié soit-il, a la vie dure, même à l’ouest.

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