Archives par moisoctobre 2012



Digne du père Ubu !

C’est épouvantable ! On ne sait pas s’il faut éclater de rire ou s’indigner. Les deux sans doute à la fois. Copé a finalement raison. Il va falloir très bientôt descendre dans la rue.
A l’incompétence, François Hollande ajoute maintenant le ridicule. Il est pire que toutes les marionnettes qui le représentent, plus grotesque que ses imitateurs.
« Le Monde » d’aujourd’hui publie un entretien avec le chef de l’Etat. Affligeant de la première à la dernière ligne. L’homme qui nous promettait le changement et avec lequel on allait voir ce qu’on allait voir face au chômage, à la dette, à l’effondrement de notre économie, à la dégringolade générale du pays, au désespoir de la jeunesse déclare froidement, naïvement, pitoyablement : « Exercer le pouvoir aujourd’hui, c’est très dur ». On tombe à la renverse. Il découvre la lune et reconnait implicitement que c’est trop dur pour lui, qu’il n’était pas fait pour cela et qu’il ne tiendra pas la distance.
Il ajoute d’ailleurs, lamentable « Il n’y a plus aucune indulgence, aucun respect ». Le pauvre ! Veut-il nous apitoyer, en implorant ainsi un peu d’indulgence, de respect, lui qui, quand il était dans l’opposition, a toujours été si indulgent avec les gouvernements de droite et si respectueux avec Sarkozy et son gouvernement ?
Il reconnait : « Le pouvoir, je l’ai voulu » et précise : « Pas simplement pour des raisons personnelles, le destin d’une vie, mais parce que je pense que pour la France c’est mieux que ce soit la gauche qui fasse cette mutation, qu’elle la fasse par la négociation, dans la justice, sans blesser les plus fragiles ni les déconsidérer ». Et il ajoute : « Les autres l’auraient fait sans doute, mais brutalement ».
C’est stupéfiant. Il reconnait qu’il veut faire exactement la même chose que « les autres », « cette mutation », la même donc. Il va simplement essayer de la faire moins brutalement. On ne peut pourtant pas dire qu’il ait commencé sur la pointe des pieds, ne serait-ce qu’en ce qui concerne les prélèvements obligatoires.
Mais où est passée la gauche qui devait créer un monde nouveau, le socialisme qui voulait faire table rase du capitalisme, qu’est devenu son propre programme qui allait « ré-enchanter le rêve français » (sic !) et faire rendre gorge aux riches ?
Nous avions déjà vu tous ses prédécesseurs capituler en rase campagne mais aucun d’entre eux ne nous avait avoué que le boulot était trop dur pour lui, ne nous avait demandé un peu d’indulgence et ne nous avait dit qu’il allait se contenter d’essayer de faire ce que les autres auraient fait.
Quand on l’interroge sur sa « méthode », il ne se contente pas de dire « J’assume cette méthode », il lâche une phrase digne du Père Ubu : « Il faut prendre le temps de décider, car une fois que c’est décidé, c’est fait ». De par ma chandelle verte ! Il est vrai que, quand on dépasse les bornes, il n’y a plus de limites…
Et si on lui demande ce qu’il pense de son Premier ministre, il l’assassine sans même s’en rendre compte : « Je sais qu’il est loyal et qu’il n’a pas d’ambition pour la suite »…
S’il est déjà dans un tel état, il ne tiendra pas cinq ans. Ce sera trop « dur » pour lui. Et surtout pour nous.
Chaque fois que ce type ouvre la bouche pour tenter de remonter sur son cheval qui galope déjà au loin, il tombe le nez dans le ruisseau et dégringole encore davantage dans les sondages.

31 Oct 2012 | Comments (8)

FN et Front de gauche dans le même sac ?

Anthony Russel, obscur conseiller municipal de La Courneuve qui se dit « proche du Front de gauche », vient de déposer devant le tribunal de Bobigny une plainte pour « diffamation publique » contre François Fillon et Jean-François Copé. Il leur reproche d’avoir « mis sur le même plan le Front National et le Front de gauche », ce qu’en tant qu’homme de gauche il n’a pas apprécié.
On attend, bien sûr, avec impatience qu’un modeste élu « proche », lui, du Front National dépose une plainte identique car il doit être aussi désagréable pour un homme d’extrême-droite de se faire mettre dans le même sac que l’extrême gauche que l’inverse.
Au-delà de l’anecdote, l’affaire est intéressante. D’abord, parce qu’il est tout de même invraisemblable qu’aujourd’hui, en France, la justice accepte d’enregistrer ce genre de plaintes. Tous les dirigeants de la gauche au pouvoir passent leur temps, depuis quelques mois, à répéter que la droite, et notamment Copé, courre derrière le Front National et qu’à bout d’arguments elle reprend les thèmes de l’extrême-droite des années 30. Va-t-on, eux aussi, les poursuivre ?
Ensuite et surtout, ce problème de la comparaison de nos deux extrêmes, de droite et de gauche, est, en fait, au cœur de notre politique depuis des décennies. La gauche n’a jamais hésité à s’allier avec l’extrême-gauche et très rares sont ceux qui ont osé s’en étonner alors que la droite n’a jamais, elle, été « autorisée » à se rapprocher un tant soit peu de l’extrême-droite, ce qui lui a fait perdre bon nombre de scrutins.
Mitterrand et Jospin ont eu des ministres communistes alors que les quelques présidents de conseils régionaux qui ont accepté les voix du Front National pour avoir une majorité ont été exclus du RPR.
On dira que les gaullistes, les démocrates-chrétiens, les radicaux et tous les centristes qui constituent la droite traditionnelle n’ont pas les mêmes « valeurs » que le mouvement de la famille Le Pen et qu’une alliance entre droite et extrême-droite serait contre-nature même si elle assurerait bien souvent la victoire.
Mais les socialistes qui sont devenus des sociaux-démocrates ont-ils vraiment les mêmes « valeurs » que les communistes, les écologistes, les trotskistes et les gauchistes de tout poil avec lesquels ils n’hésitent jamais à faire des majorités au nom de l’union de la gauche ou de la gauche plurielle. François Hollande et Jean-Marc Ayrault sont-ils, comme Laurent le patron du PC, des nostalgiques honteux du stalinisme triomphant et, comme Mélenchon, des admirateurs inconditionnels de Fidel Castro et d’Hugo Chavez ? Il faudrait qu’on nous le dise clairement.
Mettons les pieds dans le plat. On –c’est-à-dire nos gourous intellectuels- reproche à l’extrême-droite sa filiation avec Vichy et le nazisme alors qu’on –toujours ces mêmes gourous- nous présente les communistes comme les héritiers des héros de la bataille de Stalingrad.
C’est ce qui s’appelle de la falsification historique. C’est, bien sûr, oublier le Pacte germano-soviétique et l’entrée tardive des communistes dans la Résistance, c’est oublier que Déat et Doriot étaient à Vichy alors qu’autour de de Gaulle, à Londres et dans les sables de Bir-Hakeim, on comptait surtout des gens de droite, mais c’est surtout oublier que si le nazisme fut l’un des grands crimes de l’histoire de l’humanité et fit des millions de morts, l’autre grand crime de cette même histoire fut le communisme qui fit encore plus de morts.
Il est vrai qu’à sa création le Front National a compté, parmi les siens, quelques anciens de Vichy perdus au milieu de nostalgiques de l’Algérie française. Mais ils ont disparu au fil des années. Alors qu’au Front de gauche, il y a bel et bien toujours des communistes pur jus.
Fillon et Copé sont donc parfaitement logiques avec eux-mêmes quand ils refusent tout compromis avec l’extrême-droite mais plus encore quand ils s’indignent que l’actuel président de la République soit l’allié, ce qui en politique veut dire l’otage, des derniers communistes européens et des trotskistes adorateurs de la dictature cubaine.
Avec leur ni-ni, ils mettent les uns et les autres dans le même sac. Il est très dommage que la gauche dite « républicaine » n’en fasse pas autant. Ils ne savent sans doute pas que Pierre Mendès-France qu’ils ont tendance à évoquer continuellement avait refusé de tenir compte des voix communistes qui s’étaient portées en sa faveur.

31 Oct 2012 | Comments (5)

Ayrault ne parle pas français mais… hollandais

Nous n’avions donc rien compris. Il faut dire que nous avions des excuses.
Quand Jean-Marc Ayrault avait déclaré devant les lecteurs du Parisien qu’il n’était pas « dogmatique », qu’il n’y avait pas de « tabou », et qu’on pouvait parfaitement « débattre » des 35 heures, nous avions, très naïvement, cru comprendre que le Premier ministre maitrisait la belle langue de Molière et qu’il était donc prêt, éventuellement, après débat, à remettre en cause ces fameuses 35 heures.
Mais pas du tout. Le locataire actuel de Matignon ne parle pas français. Il parle… hollandais, un curieux patois qui n’a rien à voir ni avec le français ni avec le néerlandais et où les mots changent de sens en fonction des circonstances et au gré du vent.
Michel Sapin, docteur ès-hollandais, qui a été le premier à moucher Ayrault nous a d’ailleurs fait une explication de texte. Si en français « débattre » signifie que chacun peut présenter ses arguments, que les « pour » et les « contre » ont droit à la parole et qu’à l’issue de cette confrontation des points de vue on donnera raison aux uns ou aux autres, voire on tentera de trouver une solution consensuelle, en jargon hollandais ce n’est pas ça du tout.
Sapin est formel : certes, il peut y avoir débat sur les 35 heures… mais, en tout état de cause, ces 35 heures ne seront pas remises en question. Ayrault lui-même a d’ailleurs confirmé, cet après-midi, à l’Assemblée, que « la durée légale du travail est de 35 heures et elle ne changera jamais tant que la gauche sera au pouvoir ».
Ces précisions qui contredisent totalement ce que nous avions lu ce matin sont d’ailleurs rassurantes. On se souvient que certains amis du PS avaient évoqué une nouvelle réduction du temps de travail à… 32 heures. Ayrault semble exclure cette idée. Ouf ! D’autre part, en affirmant que rien ne changera « tant que la gauche sera au pouvoir », il laisse entendre, à demi-mots, qu’il ne se fait déjà plus guère d’illusion et qu’il sait maintenant que les choses pourraient bien se gâter pour lui et ses petits camarades un jour de 2017. Re-ouf !
Mais ce qui est effrayant dans ce couac supplémentaire c’est qu’au lieu de reconnaitre qu’Ayrault avait complètement « déconné », ses petits copains continuent à nous raconter qu’il peut parfaitement y avoir débat dès lors que ce débat n’aura strictement aucune importance.
Hollande avait fait toute sa campagne en nous affirmant que « moi président » tout changerait, que, contrairement à Sarkozy, il ne déciderait pas de tout mais qu’il inviterait tout le monde autour de la table et que ce ne serait qu’à l’issue d’un « débat » qu’on imaginait naturellement « constructif », qu’il proposerait une solution évidemment « consensuelle ».
Certains avaient un peu ironisé sur cette conception du pouvoir qui rappelait fâcheusement la politique « participative » prônée jadis par une ancienne compagne du président.
Mais cette volonté de la palabre et du bla-bla avait permis aux amis du président de nous expliquer pourquoi les choses pouvaient trainer en longueur et de nous affirmer que le manque de décision, les atermoiements, les reculades du pouvoir dont on commençait à s’inquiéter n’étaient pas dus à une infirmité congénitale du chef de l’Etat mais à cette seule obsession du « débat ».
Les choses sont beaucoup plus claires maintenant. En hollandais, « débattre » veut, certes, dire perdre du temps, réunir des commissions, des états généraux, commander des rapports, des études mais ne signifie en rien remettre en cause tous les bons vieux dogmes du PS.
On débat juste pour amuser la galerie et parce qu’on prend les Français pour des gogos. Pas pour débattre.

30 Oct 2012 | Comments (9)

Couac de plus ou ballon d’essai ?

Chaque jour, ce gouvernement nous fait son petit couac et nous prouve qu’il n’est encore qu’une équipe d’amateurs qui n’ont pas la moindre idée de ce qu’est la direction d’un pays.
Cette fois, c’est le Premier ministre en personne qui déclare aux lecteurs du Parisien que les 35 heures ne sont pas un tabou et qu’on pourrait parfaitement en débattre.
Sur le fond, pourquoi pas ? D’abord, parce qu’on devrait, en effet, pouvoir débattre de tout, ensuite, parce que ce gouvernement a déjà porté un coup dur à ces fameuses 35 heures en re-fiscalisant les heures supplémentaires, enfin, parce que, lorsque l’on parle de la compétitivité de la France, il ne serait sans doute pas absurde de se demander si en travaillant plus (comme disait l’autre) nous ne serions pas un peu plus compétitifs.
On pourrait d’ailleurs aussi débattre de l’âge de la retraite pour savoir si le retarder jusqu’à 65 ans, par exemple, ne serait pas une bonne idée, débattre du statut des fonctionnaires et poser la question de la garantie de l’emploi à vie, etc., etc. Il y a beaucoup de sujets dont on pourrait, en effet, débattre utilement.
Mais Jean-Marc Ayrault a oublié une chose. François Hollande n’a pas été élu pour mettre en œuvre le programme que Nicolas Sarkozy lui-même n’avait pas osé imposer au pays. Sarkozy avait critiqué très violement les 35 heures, les avait un peu « détricotées » mais n’avait pas été jusqu’à les supprimer, pensant, sans doute à juste titre et contrairement à Ayrault, qu’il s’agissait là d’un sujet tabou.
Cette fois, c’est un ministre, Michel Sapin, qui « recadre » le Premier ministre. Le ministre du Travail est formel : pas question de revenir sur les 35 heures. On peut éventuellement en débattre, concède-t-il pour ne pas ridiculiser son chef, mais le débat sera totalement inutile. Autant dire que, d’après Sapin, le Premier ministre a dit n’importe quoi. C’est ennuyeux.
On peut naturellement penser que le Premier ministre était ivre mort devant les lecteurs du Parisien même si on ne lui connaissait pas, jusqu’à présent, le moindre penchant pour l’alcool. Mais on peut aussi se demander si, effrayé par les réactions des grands patrons, des PME, des « pigeons » et de l’ensemble des responsables de l’économie, il n’a pas cru malin de lancer un ballon d’essai pour tenter de les calmer.
Evoquer, même du bout des lèvres, une possible remise en cause des 35 heures de Martine Aubry, c’est, évidemment, pour un socialiste de la haute trahison et l’aveu que, devant les difficultés que connait le pays, LA grande réforme des socialistes ne peut plus être gravée dans le marbre.
Il y a peu de chances que les patrons soient sensibles à ce petit sourire en coin et un peu figé que leur fait le Premier ministre. Les 35 heures (auxquelles ils se sont plus ou moins habitués) ne sont pas le sujet du jour. Ce qu’ils veulent c’est une baisse substantielle des charges qui les plombent totalement. Or, Ayrault vient encore de les augmenter.
Ce qui est sûr c’est que la droite va pouvoir ironiser sur ce nouveau couac invraisemblable et surtout que la gauche du PS, les Ecolo et la gauche de la gauche vont se déchainer contre ce Premier ministre qui, à force de répéter qu’il n’y a pas de sujet tabou, s’en prend précisément aux tabous de la gauche.
Si Ayrault a voulu lancer un ballon d’essai il a tapé dans une baudruche qui va lui éclater au visage.

30 Oct 2012 | Comments (8)

La dernière idée (irresponsable) de Copé

Ne sachant plus quoi inventer pour séduire les militants de l’UMP et tenter de l’emporter sur Fillon dans la course à la présidence du parti, Jean-François Copé, après avoir sorti « le racisme anti-blanc » et fait un tabac avec son histoire de « petit pain au chocolat », vient de faire savoir que, s’il devenait le patron de l’UMP, il ferait descendre les Français dans la rue pour protester contre la politique du gouvernement dès que les projets avancés auraient une certaine importance.
Ce n’est plus de la démagogie, pardonnable en toutes périodes électorales, c’est du populisme avec ce qu’il a de plus dangereux.
Certes, il y a trente ans, Chirac avait su mobiliser les foules et les faire défiler dans les rues pour s’opposer à la Loi Savary et défendre l’Ecole libre. Le projet avait été retiré, Savary avait dû quitter le gouvernement et Mauroy ne s’en était jamais remis.
Mais, mis à part cet exemple mémorable et depuis le 31 mai 1968, c’étaient la gauche et les syndicats qui oubliaient que, dans une démocratie, le pouvoir n’est pas dans la rue mais dans les urnes.
Le recours à la rue est doublement dangereux. D’abord, parce que « la rue » n’est pas représentative. Une manifestation qui réunit un million de mécontents ne signifie en rien que la majorité des Français soit mécontente. Ensuite, parce qu’on peut toujours redouter des débordements et que des « éléments incontrôlés » n’en profitent pour faire dégénérer la plus pacifique des marches en un début d’insurrection, en cassant et saccageant tout sur leur passage.
Personne ne peut aujourd’hui contester que « l’ambiance » dans notre pays soit de plus en plus tendue. Le chômage qui augmente dans des proportions considérables, la précarité qui touche maintenant les classes dites « moyennes » qui voient leur niveau de vie se dégrader considérablement, le désespoir des jeunes sans avenir, l’incapacité évidente des hommes politiques, de droite comme de gauche, à faire face à cette dégringolade économique et sociale du pays poussent nos compatriotes à l’exaspération.
Il serait totalement irresponsable de la part de nos professionnels de la politique de jouer avec le feu. Ce serait d’ailleurs de leur part avouer qu’ils sont incapables d’assumer leur rôle qui est précisément, par une opposition démocratique, d’empêcher que la rue –c’est-à-dire n’importe qui- ne prenne le pouvoir.
On dira que notre système rend les débats parlementaires sans intérêt et que l’opposition ne peut plus faire que de la figuration. C’est vrai. Mais les fameux sondages d’opinion qui ont bien des défauts permettent souvent de faire reculer le pouvoir. On le voit d’ailleurs en ce moment. Ils sont autrement plus utiles que toutes les manifestations de foule.
Copé s’était rendu (un peu) célèbre en écrivant un livre qu’il avait intitulé « Ce que je n’ai pas appris à l’ENA ». Il est dommage qu’il n’ait pas appris à l’ENA ce que c’était que la démocratie. Ce n’est sûrement pas appeler les foules à descendre dans les rues.
Copé semble de ne pas se rendre compte qu’en se lançant dans une telle surenchère avec Fillon il donne des armes aux socialistes et la pire des images d’une droite qu’il veut décomplexer et qu’il ridiculise. Que des hommes comme Xavier Bertrand ou Jacques Myard (qui n’ont jamais fait dans la finesse) aient décidé finalement de rejoindre Fillon prouve que Copé ne joue sans doute pas la bonne carte.

29 Oct 2012 | Comments (13)

Encore un « nouveau modèle français »?

Pour tenter de remonter un peu dans les sondages et surtout de galvaniser les militants socialistes qui commencent à avoir des doutes sur ses capacités à diriger l’action du gouvernement, Jean-Marc Ayrault a affirmé, hier à Toulouse, devant le congrès du PS, qu’il allait bâtir… « un nouveau modèle français ».
Ceux qui ont un certain âge et un peu de mémoire ont souri (amèrement). Cela fait des décennies que tous nos dirigeants, sans exception, de droite comme de gauche, nous annoncent « un nouveau modèle français ».
Cela a sans doute commencé avec Chaban-Delmas, en 1969, et sa « Nouvelle société » dont on n’a d’ailleurs jamais très bien su ce qu’elle était mais qui devait évidemment être un modèle. Giscard nous a promis « un chantier de réformes », avec Mitterrand, nous devions passer « de la nuit au jour », Chirac voulait supprimer « la fracture sociale », et Sarkozy nous jurait qu’ensemble tout devenait possible. La politique française s’est mise à ressembler à la Haute couture, on y voit les modèles défiler.
Il faudrait que nos responsables arrêtent de nous « bassiner » avec le mot « modèle » et qu’ils comprennent que, depuis longtemps, la France ne peut plus se présenter comme un modèle pour les autres.
Devenons un peu modestes. Aux yeux du monde, nous ne sommes plus un modèle mais, au mieux, une « exception » et qui fait pitié. Ou alors si nous sommes « un modèle », c’est « le modèle » de ce qu’il ne faut surtout pas faire, avec des impôts exorbitants, une administration pléthorique, une législation délirante, un mélange curieux et détonnant où se confondent dans une totale incohérence le colbertisme le plus courtelinesque et le plus kafkaïen des socialismes.
Il serait grand temps qu’ils comprennent que, même si nous avons fait la Révolution en 1789, construit la Tour Eiffel et inventé le presse-purée, nous sommes désormais comme toutes les anciennes grandes puissances occidentales qui, à force de ne plus rien produire tout en continuant à se goinfrer de consommation, sont totalement ruinées, endettées jusqu’au cou et bientôt même incapables de nourrir leurs chômeurs de plus en plus nombreux.
Ayrault voudrait que ce « nouveau modèle français » « allie solidarité et performance ». C’est bien gentil. Mais si « solidarité » signifie assistanat généralisé, allocations, subventions, aides en tout genre à tous les trainards et à tous les canards boiteux, c’est-à-dire à tous ceux qui en ont besoin, et aussi, en plus, aux autres, il y a peu de chances pour que nous devenions « performants ».
« Solidarité » et « performance » sont deux idées totalement antinomiques. On ne peut pas à la fois faire du social -pour ne pas dire du socialisme- et être performant, c’est-à-dire gagner des marchés en étant à la pointe de la compétitivité.
Pour « ré-enchanter la politique », a-t-il dit en reprenant une jolie formule de la campagne de François Hollande, « il faut pérenniser ce que nous avons réussi et améliorer ce qui ne fonctionne pas ».
Non seulement le verbe « pérenniser » est un néologisme que refuse l’Académie mais on doit se demander à quoi peut bien penser le Premier ministre quand il évoque les domaines dans lesquels il aurait réussi. Pour l’instant, et sans vouloir lui faire de procès d’intention, il faut bien constater qu’il n’a pas fait grand-chose à part, bien sûr, augmenter les impôts. Ce qu’un bon nombre de ses prédécesseurs avaient déjà réussi à faire. Plutôt moins bien que lui, il est vrai.
Et tout le monde sera d’accord pour dire qu’il ne s’agit pas aujourd’hui d’ « améliorer ce qui ne fonctionne pas » avec des rustines et des cautères sur les jambes de bois de notre mille-pattes national mais bien de tout mettre à plat et de tout reconstruire. Non pas pour devenir « un modèle » mais tout simplement pour ne plus être « une exception ».
Les militants l’ont applaudi à tout rompre, parait-il.

28 Oct 2012 | Comments (12)

Quand Martine Aubry sort du bois…

Cet après-midi, Martine Aubry a été littéralement acclamée par les militants du PS à l’issue de son intervention devant le congrès de leur parti à Toulouse. Mais on peut se demander s’ils ont bien compris ce qu’elle leur disait
En effet, après quelques formules de politesse convenue à l’égard de Jean-Marc Ayrault et du gouvernement, l’ancienne patronne du PS, la dame des 35 heures qui est partie bouder dans sa mairie de Lille s’est livrée à un éreintage sans pitié de la politique menée par ses « camarades ».
« Les Français ne comprennent plus », a-t-elle commencé par constater. Puis, elle a enchainé en s’écriant : « Ils ont voté pour François Hollande parce qu’ils veulent de l’emploi, du pouvoir d’achat, un logement digne, avoir accès à la santé et à la sécurité ». C’est parfaitement vrai. Et elle a enchainé : « Ils veulent que nous parlions de cela, de ce qui est vital pour eux ». Avant de conclure, plus cruelle que jamais : « Quand on sort de cela, on brouille le sens de l’action du gouvernement ».
Martine Aubry a compris que les Français ne supportaient plus qu’on leur parle du droit de vote des étrangers, de la dépénalisation du cannabis ou du mariage des homosexuels alors que le chômage continue à augmenter dans des proportions considérables et que leur pouvoir d’achat diminue davantage de mois en mois.
Martine Aubry est convaincue que Jean-Marc Ayrault n’est qu’un « nase » (c’est son mot) et qu’il ne va pas faire de vieux os à Matignon. Non seulement, en accumulant les couacs, les gaffes et les reculades, il ne sert pas de paratonnerre à François Hollande mais il l’entraine sans doute dans sa dégringolade dans tous les sondages.
Elle pense aussi qu’Hollande ne peut nommer ni Valls, quoi qu’en dise le microcosme parisien, ce qui rappellerait par top la nomination de Fabius en 1984 et le virage à l’austérité -cette fois ce serait un virage à droite- ni Moscovici qui, marginalisé par Cahuzac, n’a pas réussi à s’imposer à Bercy.
Elle peut donc s’imaginer qu’Hollande sera, avant longtemps, obligé de faire taire la souveraine antipathie qu’il a toujours eu à son égard et de l’appeler, elle, à Matignon pour effectuer un véritable virage à gauche-toute et amorcer enfin un quinquennat totalement socialiste.
On avait compris qu’en abandonnant la direction du PS et en se retirant sur son l’Aventin nordiste, Martine Aubry se mettait en réserve si ce n’est de la République du moins du parti et entendait bien faire comprendre à tout le monde qu’elle n’avait rien à voir avec ce régime d’amateurs, sociaux-démocrates et incapables de prendre la moindre décision un peu courageuse. Attendant son heure, elle était en embuscade.
Les événements ont été plus vite qu’elle ne l’avait prévu. Elle commence donc à sortir du bois.
L’arrivée de Martine Aubry à Matignon ferait sûrement plaisir aux militants les plus radicaux mais il n’est pas sûr qu’elle améliorerait le moral des marchés, celui des entrepreneurs ni même celui des ménages.

27 Oct 2012 | Comments (5)

La Syrie, Juppé et la circonspection

Les massacres continuent en Syrie. On ne sait plus si on en est à 30.000 ou 40.000 morts. Mais l’opinion mondiale se lasse toujours de ces guerres qui n’en finissent pas. La Syrie n’est plus à la « une » de l’actualité et a été reléguée dans les pages intérieures et lointaines de nos quotidiens.
Seuls, les « experts » ont remarqué que cette guerre civile (et religieuse) commençait à se propager au Liban, menaçait la Jordanie et pourrait donc bien provoquer une explosion de ce baril de poudre qu’a toujours été le Proche-Orient.
Il faut dire aussi que nous avons commencé à nous poser des questions sur ces « rebelles » qui veulent abattre le régime d’Assad. A les voir évoquer Allah en permanence, ayant appris qu’ils recevaient une aide massive de l’Arabie saoudite et de nos « amis » du Qatar, nous avons fini par nous demander si ces « révolutionnaires » étaient vraiment des démocrates luttant contre une dictature ou s’ils n’étaient pas plutôt des fanatiques religieux menant, avec l’aide des sunnites wahhabites, un combat sans merci et séculaire contre les alaouites plus ou moins laïcs, aidés eux-mêmes par leurs « demi-frères », les ayatollahs chiites iraniens.
Les expériences tunisienne, égyptienne et libyenne viennent de nous démontrer coup sur coup qu’il ne suffisait pas de vouloir renverser un dictateur pour être un démocrate pur jus. Ce que l’Occident aurait d’ailleurs dû comprendre depuis la victoire de Khomeiny contre le Chah en 1979.
Alain Juppé qui, tout « has been » qu’il soit, n’est pas un imbécile, vient, au micro d’Europe 1, d’avouer le malaise qui saisit aujourd’hui nos chancelleries occidentales devant le drame syrien.
Après avoir déclaré comme tout le monde : « Il m’arrive de me demander si la livraison d’armes ne devrait pas être envisagée », l’ancien Premier ministre, ministre de la Défense et ministre des Affaires étrangères a eu la naïve lucidité d’ajouter : « Mais la question se pose : à qui livrer ces armes ? » En effet toute la question est là. Et Juppé d’ajouter : « C’est vrai, il y a aussi, du côté de l’opposition, des mouvements extrémistes et salafistes ou djihadistes » avant de conclure : « Une certaine circonspection s’impose ».
En clair, Juppé reconnait que l’Occident n’a pas à choisir entre un dictateur, aussi épouvantable soit-il, et des fanatiques religieux qui veulent imposer à leur peuple un régime abominable et qui –détail qui a tout de même son importance- nous ont déclaré la guerre sainte. Un certain nombre de Libyens doivent se dire aujourd’hui qu’il est bien dommage que Nicolas Sarkozy ait préféré écouter Bernard-Henri Lévy plutôt que son propre ministre des Affaires Etrangères.
L’Occident est désormais totalement hors-jeu et doit se contenter d’assister les bras ballants au triomphe des Islamistes. Il paie là ses erreurs d’avoir soutenu, par facilité, tant de régimes autoritaires et corrompus ce qui ne pouvait que détourner à tout jamais ces peuples opprimés et malheureux des idéaux démocratiques que nous aurions dû prôner et que nous avons ainsi caricaturés.
Ce que Juppé appelle « la circonspection » pourrait aussi s’appeler l’impuissance et le renoncement.

27 Oct 2012 | Comments (4)

Fillon-Copé: match… nul

Difficile de dire qui, de Fillon ou de Copé, l’a emporté, hier soir, dans le duel qu’avait organisé France 2 avec l’émission « Des paroles et des actes ».
Les deux hommes savaient parfaitement que celui qui dégainerait le premier perdrait le match. Les militants de l’UMP détestent la guerre des chefs qui leur a fait tant de tort par le passé et la gauche qui ne sait plus elle-même où elle en est au milieu de ses rivalités et de ses désaccords aurait été trop contente d’ironiser sur une bataille de chiffonniers à droite.
Si les regards entre les deux protagonistes pouvaient être assassins, et ils l’ont été, les perfidies ne pouvaient être qu’allusives et les fleurets devaient, selon la vieille formule, restés mouchetés.
Fillon s’est présenté en « rassembleur », Copé en « résistant ». C’est leur fonds de commerce. Même si on a demandé au premier s’il n’était pas un peu « fuyant » et au second s’il n’avait pas des tendances à être « arrogant », chacun sait que Fillon louche vers les centristes et veut « rassembler » toute la bonne vieille droite traditionnelle et que Copé lorgne vers les électeurs du Front National et rêve d’imposer une droite « décomplexée » et « résistante ».
En fait, l’ancien Premier ministre s’adressait aux Français, l’actuel secrétaire général de l’UMP aux militants qui, seuls, voteront le 18 novembre prochain pour choisir le président de leur parti.
Fillon, très présidentiel, était déjà candidat à l’Elysée, Copé, lui, semblait ne briguer, pour l’instant, que le poste de chef d’une opposition sans concession en face du pouvoir socialiste.
Le tout est de savoir si les 250.000 militants de l’UMP vont vouloir se choisir, dès maintenant, celui qui affrontera Hollande en 2017 ou s’ils préféreront désigner celui qui ferraillera le mieux, en permanence, contre Ayrault et ses éventuels successeurs pendant les mois à venir.
La droite dite « bonapartiste » a toujours considéré que le patron du parti était, par définition, le candidat à la présidentielle. Avantage donc pour Fillon. Mais la droite, aujourd’hui, a sans doute envie d’en découdre avec le pouvoir. Avantage alors pour Copé.
Il était amusant de voir les deux hommes en rajouter dans le sarkozisme, surtout quand on se souvenait des problèmes d’égos, de susceptibilité, voire d’orientation que l’un et l’autre ont eus avec l’ancien président pendant tout le quinquennat. Mais François et Jean-François ont sans doute compris qu’une bonne partie de la droite –et a fortiori de l’UMP- était déjà nostalgique de Nicolas.
Ce qui est dommage c’est que ni l’un ni l’autre n’aient tenté d’élever un peu le débat. Non seulement, ils ont bien peu parlé d’économie, du chômage ou de l’Europe mais ils se sont, l’un et l’autre, contentés, pour l’essentiel, de s’en prendre à la politique menée par les socialistes. Or, ce que les Français attendent maintenant de l’opposition c’est un grand dessein pour la France, une vision lucide de l’avenir du pays avec un programme cohérent, voire « révolutionnaire » pour tout reconstruire.
Annoncer qu’on abrogera la loi sur le mariage homosexuel et qu’on s’en prendra au racisme « anti-blanc » ne pourra pas faire rêver les Français et ne les fera pas patienter cinq ans.
Le débat d’hier a démontré que la droite avait encore à se recréer pour redevenir plausible. Les socialistes nous prouvent chaque jour que le dénigrement systématique des « gens d’en face » n’est pas suffisant pour faire une politique.

26 Oct 2012 | Comments (7)

Du « choc » au « pacte »

François Hollande met de l’eau dans son vin. S’adressant hier à une assemblée de patrons, il a affirmé qu’il n’imposerait pas « un choc de compétitivité » mais qu’il proposerait « un pacte de compétitivité ». Nuance !
Pour le reste, il est resté très flou. Le rapport Gallois ne sera pas enterré mais d’autres idées seront aussi prises en compte, les charges patronales et salariales seront sans doute allégées mais on verra comment et surtout par quoi les compenser, pour retrouver un minimum de compétitivité il n’y a pas une seule solution miracle mais tout un ensemble de mesures à prendre, etc.
On comprend que, devant un tel auditoire, le chef de l’Etat ait voulu se montrer apaisant si ce n’est rassurant. Il a beaucoup à se faire pardonner de ces gens-là et réalise maintenant que ses débuts ont été particulièrement calamiteux quand, alors qu’il était déjà élu, il a continué à agiter ses slogans de campagne contre les riches et les patrons.
Un candidat peut dire n’importe quoi, c’est même souvent conseillé et il ne s’en est pas privé, mais un président de la République est rapidement confronté aux dures réalités. Surtout en période de crise.
Contrairement à ce qu’il croyait ou voulait faire croire, on ne relance pas les investissements sans « ces salauds de capitalistes », on ne remet pas en marche l’économie sans « ces ignobles patrons », on ne fait pas redémarrer la consommation en écrasant ceux qu’on considère comme « des favorisés » et qui ne sont que les classes moyennes. Hollande n’a plus qu’à manger son chapeau.
Cette idéologie d’une autre époque a d’ailleurs ridiculisé immédiatement ces nouveaux venus. Forts de leur victoire dans les urnes, ils croyaient pouvoir imposer leur loi, interdire les licenciements, faire rendre gorge à leurs « ennemis de classe ».
On se souvient des premières déclarations (de guerre) du ministre du Redressement productif à l’adresse du patron de PSA. Aujourd’hui, le même Montebourg doit accepter, tout penaud, en marinière et comme un sale gosse qui s’est fait gronder, que le gouvernement sauve la filière bancaire de PSA alors que « le méchant » Varin confirme bel et bien la suppression de 8.000 emplois et la fermeture du site d’Aulnay-sous-Bois.
Ce qui est le plus stupéfiant c’est qu’après six mois de pouvoir et surtout dix ans d’opposition, la gauche enfin aux commandes n’ait pas –au de-là de ses slogans à l’emporte-pièce qu’elle doit remettre dans sa poche- la moindre idée sur ce qu’il conviendrait de faire, qu’elle doive demander des conseils aux uns et aux autres, solliciter les avis de commissions, qu’elle tergiverse, ne sache pas sur quel pied danser et qu’autour de la table du conseil des ministres personne ne soit d’accord avec personne. Le petit pédalo du capitaine Hollande va bientôt ressembler au radeau de La Méduse, si ce n’est au Titanic !
Ils ont passé dix ans à nous dire que la droite conduisait le pays droit dans le mur, depuis six mois ils nous disent qu’ils découvrent que la droite leur a laissé une situation catastrophique, mais maintenant qu’ils sont au pied du mur en question, le roi, sa cour et ses bouffons sont nus, demandent pardon à ceux qu’ils ont offensés et reprennent en douce quelques idées de ceux qu’ils ont combattus, comme le Traité européen signé par Nicolas et Angela Merkel ou la Banque publique d’investissement qui n’est jamais que le regroupement d’Oséo, du Fonds stratégique d’investissement et de la Caisse des Dépôts.
Quelques spécialistes se demandent si Nicolas Sarkozy va réapparaitre un jour sur la scène politique. Hollande se fait revenir d’une certaine manière.
On veut espérer que la droite profitera mieux que la gauche de ses années d’opposition pour préparer, à son tour, le changement. Il ne faudrait pas qu’en 2017 elle nous dise qu’elle ne s’attendait pas à trouver le pays dans un tel état et qu’elle va se mettre à réfléchir pour savoir ce qu’il conviendrait de faire…

26 Oct 2012 | Comments (5)

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