François Hollande avait jugé « inacceptable » la décision de Peugeot-Citroën de fermer le site d’Aulnay-sous-Bois et de licencier 8.000 salariés. Arnaud Montebourg en avait rajouté en trainant dans la boue la famille Peugeot qui se serait goinfrée plutôt que d’investir et la direction du groupe qui aurait accumulé les erreurs stratégiques.
Le gouvernement avait donc chargé un ingénieur général des Mines, Emmanuel Sartorius, de faire un rapport pour à la fois dénoncer les fautes commises par ces « mauvais patrons » et trouver des solutions pour sauver ces malheureux employés jetés à la rue.
Le rapport est tombé aujourd’hui. C’est une énorme claque pour Hollande et pour Montebourg. Sartorius reconnait que les licenciements prévus par la direction de PSA sont « inévitables et urgents ». Peugeot produit beaucoup trop de voitures. Ou, si l’on préfère, n’en vend pas assez. Et donc ne peut que réduire sa production, ce qui veut dire licencier une partie de son personnel.
Que le président de la République trouve cela « inacceptable » et que le ministre du Redressement productif injurie les « mauvais patrons » n’y changera strictement rien.
Les salariés de PSA seront, naïvement, déçus de s’apercevoir que les rodomontades des socialistes sont inefficaces devant les lois de l’économie et les Français, dans leur ensemble, se demanderont si l’équipe d’amateurs qu’ils ont mise au pouvoir à bien les compétences nécessaires pour faire face à la crise.
Ce sont « vingt ans d’erreurs stratégiques » qui, selon Sartorius, rendent aujourd’hui ce qu’il appelle pudiquement « la restructuration du groupe » inévitable.
Pour faire sans doute plaisir à ceux qui lui ont commandé ce rapport, Sartorius affirme : « La direction n’a pas établi un vrai dialogue sur la stratégie de l’entreprise avec les partenaires sociaux ».
Certes, il est toujours souhaitable qu’au sein d’une entreprise la direction et les syndicats dialoguent en permanence afin d’améliorer la vie des salariés, les conditions de travail, voire la productivité. Mais qui pourrait croire, une seule seconde, que les syndicalistes aient la formation, les connaissances et l’expérience nécessaires pour participer à l’élaboration d’une stratégie industrielle qui doit tenir compte de l’évolution constante du marché, des impératifs de la mondialisation industrielle, des lois imposées par la finance ? On doute que la direction de Volkswagen dont les ventes explosent à travers la planète ait jamais demandé à ses syndicalistes des conseils stratégiques.
Si on lit attentivement ce rapport, on voit que Sartorius reproche d’ailleurs à PSA de n’avoir pas su, comme les autres, s’attaquer au marché des pays émergeants. En clair, Sartorius accuse PSA d’être inexistant en Chine (400.000 voitures seulement vendues par an) alors que Volkswagen y vend 2,5 millions de voitures. C’est vrai. A un détail près.
Si Volkswagen augmente de 15% par an ses ventes en Chine et si la Chine représente maintenant 30% de ses ventes c’est parce que la firme allemande y a délocalisé sa production en construisant quatorze usines là-bas. Les Volkswagen vendues en Chine sont des voitures chinoises, fabriquées par des Chinois, dans des usines chinoises. La grande erreur de PSA a donc été de ne pas s’être assez délocalisé. Ces « mauvais patrons » voulaient sauver des emplois en France.
Le « made in France » est une idée sympathique, à développer sûrement pour le marché français, mais qui, pour ce qui est de l’exportation dans les pays émergeants, conduit inévitablement à la faillite.
On pourra aussi, bien sûr, discuter des modèles que PSA a choisis pour l’exportation. Les « experts » affirment que PSA a fait une erreur en visant les classes moyennes. C’est oublier que ce sont ces classes moyennes qui se développent le plus dans les pays émergeants et que les grands concurrents de PSA, Volkswagen, Fiat, Toyota, les Coréens jouent aussi ces classes moyennes à travers le monde.
Mais ce qui est en jeu aujourd’hui c’est moins la stratégie de PSA que la crédibilité du président de la République et du gouvernement. Ils nous annoncent déjà des projets d’« accompagnement » pour les licenciés d’Aulnay et de « ré-industrialisation » du site. Personne n’est dupe.
Dimanche soir, François Hollande nous jurait qu’il saurait inverser la courbe du chômage en un an. Hier, lundi, le Tribunal de Commerce de Quimper confirmait le licenciement de 1.000 salariés du groupe Doux. Aujourd’hui, mardi, Sartorius confirme que la fermeture du site d’Aulnay est inévitable.
Il est sûrement plus facile de faire annoncer par Christiane Taubira la prochaine légalisation du mariage homosexuel (dans le journal La Croix !) que de s’attaquer au drame du chômage. Or, il y a malheureusement beaucoup plus de chômeurs en France que d’homosexuels souhaitant se marier et adopter des enfants.

Mots-clefs : , ,