Que les journalistes de Charlie-Hebdo soient des provocateurs personne n’en doute et ils s’en flattent eux-mêmes. Depuis sa création, ce journal satirique qui se revendique « bête et méchant » (et que personne n’est obligé d’acheter) se fait un malin plaisir de cracher sur tout ce qu’il est de bon ton de respecter plus ou moins, l’Eglise, l’armée, la justice, les gouvernements. C’est volontairement choquant et par là-même assez sain.
Dans une république, il est bon qu’il y ait encore quelques « fous du roi » osant dire n’importe quoi à la face du souverain et des courtisans. Et, à une époque où nous vivons sous la tyrannie de « la pensée unique » et du « politiquement correct », les bouffons sont plus utiles que jamais pour faire souffler un peu d’air frais et rappeler quelques vérités.
Charlie-Hebdo publie aujourd’hui des caricatures du Prophète. Ce n’est pas la première fois. Mais le moment est, évidemment, particulièrement choisi. Le monde islamique est en ébullition à la suite de la diffusion sur internet d’un film d’amateurs blasphématoire sur Mahomet. De Tunis à Djakarta, en passant par Khartoum et Kaboul, des foules attaquent les ambassades américaines et conspuent l’Occident. Ces « réactions » ont déjà provoqué plus de trente morts.
A part quelques naïfs de service, personne n’est dupe. Le film incriminé (qu’aucun des manifestants n’a vu) n’est qu’un prétexte. Ceux qui organisent ces démonstrations de masse ont sauté sur l’occasion pour mobiliser, une fois de plus, les foules contre « les Infidèles », « les Croisés », « les Chrétiens », « les Impérialistes » auxquels ils ont depuis longtemps déclaré la guerre. Et des hordes de va-nu-pieds les suivent parce qu’elles sont convaincues que l’Occident est bel et bien responsable de tous leurs malheurs. Ce sont « les impérialistes » qui les ont colonisés et opprimés, qui ont chassé les Palestiniens de leur terre, massacré des civils en Irak, en Afghanistan, en Libye, etc. Et seul, pensent-ils, un Islam triomphant pourrait les venger et leur redonner leur dignité.
Tous les prétextes sont bons pour aviver cette haine de l’Occident. Certains vont donc reprocher à Charlie-Hebdo de jeter de l’huile sur un feu qui commence déjà à faire des ravages et on peut redouter qu’à cause de ces quelques caricatures, parfois d’un goût douteux, la France ne devienne à son tour la cible de ces fanatiques. Le Quai d’Orsay vient de renforcer la sécurité de nos ambassades dans certains pays « à risques ».
Le gouvernement est en porte-à-faux. Tout en rappelant, du bout des lèvres, son attachement à la liberté d’expression et de la presse, il condamne, mollement, les provocations et le Premier ministre conseille à ceux qui auraient été scandalisés par ces caricatures de porter plainte devant les tribunaux…
Il faut arrêter l’hypocrisie. La France est, dit-on, « le pays de toutes les libertés », de Voltaire, de Rochefort, de Zola et des meilleurs polémistes. Malgré tous les étouffoirs qu’on nous impose, c’est là le peu qui nous reste de notre grandeur passée.
Personne n’a jamais protesté contre ces « bouffons » quand ils injuriaient le Christ, le Pape, le drapeau ou de Gaulle (le jour de sa mort). Aujourd’hui, ils s’en prennent à des « fous (furieux) d’Allah » qui nous ont déclaré la guerre et qui hurlent chaque jour « A mort l’Occident ! » Avec leurs crayons, ils répondent aux attentats-suicides. Avec leur humour grinçant, ils répliquent à la haine meurtrière.
En faisant ainsi de la provocation, ces caricaturistes de Charlie-Hebdo font preuve non seulement de davantage de courage que nos dirigeants mais aussi de beaucoup plus de lucidité. Ils ont compris que « le printemps arabe » dont se félicitaient naïvement nos bons esprits n’avait fait que renforcer le djihad que nous ont déclaré les fanatiques.
Il serait temps que nos responsables arrêtent de s’imaginer que la démocratie a triomphé à Tunis, à Tripoli, au Caire, à Bagdad ou à Kaboul et qu’ils assument haut et fort que, chez nous, n’importe qui peut encore dire n’importe quoi, au simple nom de la liberté. Personne n’a jamais gagné aucune guerre en capitulant.

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