Les derniers démocrates de notre pays se demandent parfois, avec une belle dose de naïveté, pourquoi, depuis le « non » au référendum sur le Traité constitutionnel de 2005, nos dirigeants n’interrogent plus jamais le « brave peuple » sur la marche forcée qu’ils lui imposent vers une Europe fédérale qui ressemblerait un peu à un IVème Reich où tout serait décidé non plus à Bruxelles mais à Berlin ou à Francfort.
La réponse à cette énigme nous est donnée ce matin par un sondage Ifop que publie Le Figaro.
Il y a 20 ans, en septembre 1992, le traité de Maastricht qui créait l’euro avait été adopté d’extrême justesse par les Français, avec 51% seulement des voix. Aujourd’hui, selon ce sondage, ce même traité serait rejeté par une très large majorité des Français… 64%.
Toujours selon ce sondage, 67% de nos compatriotes estiment d’ailleurs que « l’Europe va dans la mauvaise direction », 60% souhaitent qu’il y ait « moins d’intégration » et 45% considèrent que « l’Europe est un handicap face à la crise » (contre 23% qui pensent au contraire qu’elle est un atout contre cette même crise). En clair, l’Europe telle qu’on nous la construit est aujourd’hui rejetée par deux Français sur trois.
On comprend donc que nos dirigeants, de droite comme de gauche, en France comme dans la plupart des pays européens, préfèrent magouiller entre eux, dans le secret des chancelleries, des rencontres bilatérales et des sommets bruxellois, l’édification rampante et accélérée d’un Etat monstrueux, incohérent et sans âme qui s’appellera « l’Europe unie » et où tout le monde devra marcher au pas de l’oie et au son du fifre d’Angela Merkel.
Que des centaines de milliers de Grecs, d’Espagnols ou de Portugais (en attendant les autres) manifestent dans les rues leur colère contre les diktats de la chancelière et des technocrates apatrides de Bruxelles n’a aucune importance. C’est Berlin qui paie, c’est donc Berlin qui fait la loi et les autres trottinent derrière. Et que François Hollande se vante d’avoir réussi à faire ajouter à l’oukase prussien sur « la rigueur » un vague additif évoquant « la croissance » ne peut que faire sourire, amèrement.
L’Europe était un beau rêve que quelques utopistes avaient voulu faire vivre au lendemain de la guerre qui avait dévasté –à tout jamais- le vieux continent. Au fil des décennies, on nous a raconté qu’en face des deux géants –les Etats-Unis et l’URSS- puis qu’en face du dollar et du yen, il fallait nous unir pour tenter d’exister. On nous a même dit que, devant les menaces de la mondialisation et l’augmentation du chômage, l’Europe nous sauverait. Sans nous expliquer ni pourquoi ni comment.
Il suffisait simplement que, pieds nus et la corde au cou, nous abandonnions toute souveraineté, que nous effacions nos frontières, que nous renoncions à frapper monnaie, que nous acceptions des lois et une justice venues d’ailleurs pour connaitre une nouvelle Europe qu’on nous promettait paradisiaque.
Mais, entre-temps, le monde a changé, l’URSS a disparu, le yen s’est effondré, la Chine s’est réveillée comme les autres pays qu’on disait émergeants et, sur la passerelle du vieux trois-mâts démâté, au milieu de la tempête, nos dirigeants ont continué à s’accrocher à l’idée qu’il suffisait que des aveugles et des paralytiques, des éclopés et des faméliques s’embarquent sur un même rafiot pour trouver leur salut.
Il y a déjà un demi-siècle, de Gaulle nous avait dit qu’il était ridicule de bêler « l’Europe, l’Europe » en sautant comme des cabris sur un tabouret pour espérer sauver la France. Depuis, tous ses successeurs ont sauté sur leur tabouret et la France et l’Europe sont en faillite, ravagées par le chômage et les dettes, vendant leurs derniers bijoux de famille à des milliardaires chinois ou à des potentats du Golfe pétrolier.
Il serait sans doute temps d’arrêter de nous raconter que l’Europe fédérale telle que la préparent nos dirigeants est notre seule chance de salut, d’avouer qu’ils ont fait monter à bord des pays qui n’y avaient pas leur place, de reconnaitre qu’il était absurde d’imposer une monnaie unique à une mosaïque de disparités fiscales, économiques, sociales et de constater que les peuples tiennent encore à leur nation et ne veulent pas de ce « machin » à mi-chemin entre une Tour de Babel qui ressemblerait à la Tour de Pise et les galères d’antan.
Y aura-t-il un jour un responsable assez sage pour écouter la voix du peuple et se souvenir qu’on ne fait jamais le bonheur (ni le malheur a fortiori) du dit-peuple malgré lui ?
Maastricht est passé d’un rien en 1992, le Traité constitutionnel a été refusé sèchement en 2005 et maintenant, sans, bien sûr, nous demander notre avis et alors que nous sommes au bord du gouffre, on va nous faire faire un grand pas en avant. François Hollande va faire voter par ses godillots du Parlement un texte imaginé par son prédécesseur honni et Angela Merkel qui mettra fin à notre souveraineté budgétaire alors qu’il sait parfaitement que les Français n’en veulent pas.
Rarement, le monde politique aura osé bafouer à ce point la démocratie.

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