Des habitants des quartiers nord de Marseille ont chassé des Roms qui s’étaient installés au pied de leurs immeubles. La sénatrice socialiste, maire de ces arrondissements, Samia Ghali, s’est refusée « à condamner ou à cautionner » ses électeurs mais a dit les « comprendre ». C’était déjà elle qui avait demandé, il y a quelques semaines, qu’on envoie l’armée faire la chasse aux dealers dans ces mêmes zones de non-droit. Le sénateur-maire UMP de Marseille, Jean-Claude Gaudin a, lui, vigoureusement condamné cette opération.
Gaudin a parfaitement raison. C’est aux forces de l’ordre, et à elles seules, d’intervenir dans ce genre de situation. Dans un Etat de droit, les citoyens n’ont pas à faire la police eux-mêmes et les « milices » sont évidemment inacceptables.
Cela dit, quand les autorités ont été maintes fois averties d’un vrai problème et que, par peur du qu’en-dira-t-on, elles n’ont rien fait, on peut « comprendre » que les « braves gens » finissent pas être excédés et par vouloir régler eux-mêmes les choses. Ils ont tort mais ce sont, bien sûr, les autorités qui, par leur passivité, sont les premières responsables de ces débordements inadmissibles.
Le problème des Roms est insoluble. Citoyens européens, ils ont maintenant le droit de circuler, chez nous, en toute liberté. Nomades par tradition, ils refusent de se sédentariser. Ne pouvant guère trouver d’emploi, ils sont soupçonnés, parfois à juste titre, de tous les larcins commis aux alentours de leurs campements.
L’Europe a envoyé des sommes très importantes à la Roumanie et à la Bulgarie, leurs pays d’origine, pour que ces deux gouvernements leur offrent des conditions de vie plus acceptables et qu’ils cessent d’émigrer massivement. Visiblement, ces millions ont été détournés par Bucarest et Sofia et les Roms sont toujours victimes d’un profond racisme chez eux où on les traite en parias.
On peut accuser les Roumains et les Bulgares de maltraiter leurs concitoyens Roms, l’Europe d’avoir ouvert nos frontières à tout vent et nos propres concitoyens de ne pas souhaiter avoir pour voisins ces étranges étrangers inquiétants, il n’en reste pas moins que quelques dizaines de milliers de « Romanichels », comme on disait autrefois, déambulent de bidonvilles en banlieues pourries à travers la France et que chaque fois que Manuel Valls fait, comme ses prédécesseurs, détruire un campement illégal, ce campement se reconstitue quelques centaines de mètres plus loin.
Ce problème n’est, certes, que marginal. Mais il souligne, si besoin en était, l’impuissance du « pouvoir » en face de certaines réalités. Pas plus qu’Arnaud Montebourg, malgré tous ses moulinets, ne va pouvoir sauver les emplois chez PSA Aulnay ou chez Arcelor-Mittal, Manuel Valls, malgré toute sa « bonne » volonté, ne va pouvoir régler le dossier Roms.
Lionel Jospin avait dit un jour que l’Etat ne pouvait pas « tout ». Hollande va bientôt constater que l’Etat ne peut « rien » en face de la plupart des vrais problèmes.
Ce qui est révélateur dans cette affaire marseillaise (qui pourrait bien se reproduire ailleurs avant longtemps) c’est que, devant cette impuissance de l’Etat, des citoyens aient décidé de régler eux-mêmes leur problème. La carence de l’Etat peut provoquer le début de l’anarchie.

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