Dans la famille Le Pen, on a le sens de la formule et plus encore celui de la provocation. Cela fait partie des gènes et surtout du fonds de commerce. Avec sa dernière « sortie » sur le voile et la kippa, Marine Le Pen a réussi sa « rentrée ». Tout le monde ne parle plus que de cela.
Mais, une fois de plus, on en revient à la fameuse phrase de Laurent Fabius : « Le Pen pose les bonnes questions et donne les mauvaises réponses ».
Il ne fait aucun doute que le voile et la kippa sont, l’un et l’autre, des signes « ostensibles », voire « ostentatoires » de croyance religieuse (comme le port d’un petit crucifix autour du cou ou le turban des Sikhs).
Ceux qui ont réussi à faire interdire le voile (intégral) nous avaient présenté des arguments qui ne tenaient pas debout. Selon eux, le voile aurait été dégradant pour la femme et dangereux pour la sécurité. Dans un pays où le topless, les minijupes, l’érotisme, pour ne pas dire la pornographie, font florès, il est difficile de savoir ce qui est le plus dégradant pour la femme. Cacher son visage ou montrer ses fesses ? D’autre part, le port du voile, contrairement à celui des cagoules, n’a jamais augmenté le nombre des braquages de banques.
En vérité, on a interdit le port du voile parce qu’il n’était rien d’autre, à nos yeux, qu’une provocation de la part d’une poignée d’extrémistes voulant s’en prendre à notre société. Ce qui était, sans doute, un peu vrai. Mais en faisant ainsi de ces quelques milliers de femmes soumises aux pires traditions de l’Islam (2 à 3.000 tout au plus, sur tout le territoire) des « délinquantes », nous en faisions, évidemment, des héroïnes si ce n’est des martyres, nous stigmatisions, qu’on le veuille ou non, une religion et, plus grave encore, nous baffions une des libertés les plus élémentaires, celle de se balader dans les rues comme on l’entend.
Le port de la kippa n’est pas une provocation. Il n’est que l’affichage d’une foi, de l’appartenance à une communauté intégrée, elle, dans notre société.
En clair, les extrémistes musulmans sont des ennemis qui nous ont déjà déclaré la guerre, les extrémistes juifs font partie des nôtres et n’ont jamais souhaité détruire notre société.
Mais nous sommes allés beaucoup plus loin dans ce qu’il faut bien appeler nos « discriminations ».
Quand des humoristes s’en prennent à l’Islam, nous parlons de « la liberté d’expression » et nous avons parfaitement raison. Par définition, dans une démocratie, la liberté d’expression ne peut pas connaitre de limites et peut parfaitement s’en prendre à toutes les certitudes, à toutes les croyances, à tous les tabous. Il est totalement ridicule d’évoquer « la responsabilité » qu’auraient certains et « le respect » qui serait dû à d’autres.
Malheureusement -et c’est ici que le bât blesse- certains lobbies ont obtenu que notre fameuse et merveilleuse liberté d’expression soit… à géométrie variable. En France, on peut cracher en toute impunité sur le Christ, le Pape, les Chrétiens, Allah, le Prophète, les Musulmans mais la loi punit l’antisémitisme et la contestation des horreurs de la Shoah (ainsi d’ailleurs que toute plaisanterie sur les homosexuels).
Il est évidemment absurde et monstrueux de vouloir nier ce qui fut l’un des plus grands crimes de l’histoire de l’Humanité mais dès l’instant où l’on affirme que la liberté d’expression est sans limites, la loi Gayssot –du nom d’un ancien stalinien !) est inacceptable, parce que liberticide et les Musulmans ont beau jeu d’ironiser sur notre conception de la liberté d’expression. Deux poids, deux mesures. Nous acceptons l’islamophobie, nous poursuivons l’antisémitisme, nous interdisons le voile, nous tolérons la kippa.
Où Marine Le Pen donne une mauvaise réponse c’est quand elle veut interdire à la fois le voile et la kippa et jusque dans la rue. La laïcité dont elle se réclame aujourd’hui n’est pas l’interdiction faite aux citoyens d’afficher leurs croyances. Elle est, au contraire, la garantie donnée à chacun de pouvoir pratiquer comme il l’entend sa foi dès lors que ces pratiques n’interfèrent pas dans la vie publique.
On peut interdire les prières publiques des Musulmans dans les rues mais alors on devrait aussi interdire les processions et les pèlerinages des Catholiques qui traversent encore nos villages. Et à qui fera-t-on croire que le port du voile, de la kippa, d’un petit crucifix ou d’un turban gêne en quoi que ce soit la collectivité ?
Il faudrait que nos dirigeants, toutes couleurs confondues, arrêtent de vouloir interdire tout et n’importe quoi. Les Soixante-huitards se sont beaucoup trompés mais ils avaient raison quand ils affirmaient : « Il est interdit d’interdire ».
Répondant à Marine Le Pen tout en inaugurant le Mémorial de la Shoah de Drancy, François Hollande a déclaré : « Tout ce qui déchire et oppose est maladroit ». C’est vrai. Etait-ce une façon délicate de nous annoncer qu’il avait renoncé à ses projets de loi sur le mariage des homosexuels, le droit de vote des étrangers et l’euthanasie qui déchirent et opposent? On peut en douter.
Pompidou s’était, un jour de 1964, écrié alors qu’on lui présentait de nouveaux textes à signer : « Arrêtez d’emmerder les Français, il y a trop de lois dans ce pays, on en crève. Laissez-les vivre un peu et vous verrez, ça ira beaucoup mieux ». Oui, il y a trop de lois dans ce pays et surtout trop de lois liberticides. Autorisons le voile, la kippa, les crucifix et les turbans et ça ira beaucoup mieux. Il y a d’autres problèmes autrement plus importants à régler d’urgence dans ce pays.

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