Bien intéressante émission « Mots croisés » hier soir, sur la 2. Le thème en était, bien sûr, la crise et Yves Calvi avait invité Marisol Touraine, Valérie Pécresse, Laurence Parisot et Bernard Thibault.
Mettons de côté le crêpage de chignons entre les deux harpies venimeuses, la nouvelle ministre des Affaires sociales et l’ancienne ministre du Budget, qui démontrait, une fois de plus, que notre petit personnel politique est totalement à côté de la plaque quand il s’agit des vrais problèmes.
C’est le duel entre la patronne du Medef et le patron de la CGT qui fut passionnant parce que terriblement révélateur.
L’une et l’autre étaient d’accord pour reconnaitre que la crise était épouvantable et ne faisait que commencer. L’une et l’autre avouaient, à demi-mots, qu’ils étaient déçus par les débuts du quinquennat. L’une et l’autre étaient d’accord (l’une plus que l’autre) pour affirmer qu’ils étaient prêts à dialoguer pour essayer de trouver des solutions.
Mais dès que Calvi tentait de les faire aller un peu plus loin c’était immédiatement l’habituel dialogue de sourds. Laurence Parisot parlait des entreprises, de la compétitivité, de la mondialisation, de l’innovation, des investissements. Bernard Thibault parlait des salariés, du chômage, de la précarité de l’emploi, des « cadeaux » faits aux patrons, de l’austérité imposée par l’Europe.
Elle défendait les patrons, seuls créateurs d’emplois, et rappelait que, face à toutes les concurrences, ils étaient paralysés par les charges et une règlementation stérilisante. Elle demandait un minimum de « flexibilité » à l’embauche, c’est-à-dire aussi aux licenciements. Il défendait les salariés, dénonçait les licenciements boursiers, les délocalisations, les atteintes au code du Travail. Il exigeait la sauvegarde des avantages acquis, des 35 heures, de la retraite à 60 ans.
Rien de nouveau donc si ce n’est qu’on s’apercevait, à l’évidence, que « la lutte des classes » était encore à l’ordre du jour dans notre pays et que nos syndicats, ou du moins la CGT, n’avaient toujours pas compris, contrairement à la plupart des syndicats de la planète, que le social était soumis aux lois de l’économie et que ce n’était pas « le salaud de patron » qui faisait la loi mais bel et bien « le marché ».
Or, qu’on en soit encore là aujourd’hui est particulièrement inquiétant puisque nos nouveaux dirigeants sont convaincus que c’est par le dialogue social, la discussion, la concertation, les palabres et les tables rondes qu’on pourra régler tous nos problèmes.
Il faut avoir la naïveté d’un socialiste à la sauce sociale-démocrate pour s’imaginer que le Medef et la CGT pourront se mettre d’accord sur quoi que ce soit. Que Laurence Parisot pourra accepter qu’on interdise les licenciements et que Bernard Thibault pourra accepter qu’on les facilite.
François Hollande ne semble pas avoir compris que le rôle d’un chef d’Etat n’était pas d’organiser gentiment et de présider benoitement des conciliabules entre antagonistes, à la recherche d’un consensus improbable. Certes, c’est une façon de faire trainer les choses en longueur et surtout de se défausser de ses responsabilités. Mais cela ne mène nulle part. Comme l’a dit Bernard Thibault lui-même, l’autre jour, en voyant Jean-Marc Ayrault aller faire du charme aux universités d’été du Medef, un gouvernement doit « trancher ».
Il ne semble pas que notre président « normal » ait des dispositions pour trancher dans le vif. Un commentateur vient de dire qu’après « un président bling-bling » nous pourrions bien avoir « un président bla-bla ».

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