Vincent Peillon, notre nouveau ministre de l’Education Nationale, veut faire donner des « cours de morale » à tous les élèves des écoles, des collèges et des lycées.
A première vue, l’idée n’est pas mauvaise. Il n’y a aucun doute que ce que nous appelions jadis « la morale » et qui permettait à notre société de vivre tant bien que mal et à chacun de respecter plus ou moins les autres n’existe plus depuis belle lurette.
Cela dit, on ne voit vraiment pas pourquoi Peillon veut limiter ces cours de morale à nos seuls enfants. Il est évident qu’il faudrait aussi donner ces cours de morale à l’Assemblée Nationale, au Sénat, dans les Conseils régionaux, généraux, dans les mairies, au Medef, dans les syndicats et même, voire surtout à l’ENA. Bref, un peu partout.
Tout le monde le sait, la morale s’enseigne d’abord par l’exemple. Comment imaginer alors qu’on puisse inculquer certains principes moraux à nos petits loubards des banlieues nord de Marseille, par exemple, quand chaque jour, ou presque, de seconds couteaux -et parfois de fines lames- de notre élite politique ou économique se retrouvent dans les pages des faits divers de l’actualité et auraient parfaitement leur place derrière des barreaux ?
Aujourd’hui le mot « morale » fait sourire et personne n’a la moindre idée de ce qu’il pourrait bien signifier par les temps qui courent. Tout agrégé de philosophie qu’il soit, Vincent Peillon va d’ailleurs charger, à la rentrée, une « mission de réflexion » (de plus !) de plancher sur le sujet.
Peillon se contente, pour l’instant, de déclarer que ces cours de morale « devront permettre à chaque élève de s’émanciper, de s’arracher à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel pour, après, faire son choix ». Cela ne veut pas dire grand chose et c’est même un peu absurde. La morale n’a pas pour but de briser les racines des enfants, de leur faire oublier leur culture pour qu’ils puissent, après, devenir et faire n’importe quoi. Au contraire même.
Mais il faudrait avoir le courage de dire que la morale fait partie de la civilisation et que notre civilisation (judéo-chrétienne) commence avec les Dix commandements et va jusqu’à la laïcité républicaine, en passant par les Lumières. D’autres civilisations ont parfaitement le droit d’avoir d’autres morales. Il n’y a pas de morale universelle.
On connait la version chrétienne et modernisée (en 1948) du Décalogue. Oublions les premières formules de politesse (« Tu adoreras Dieu seul », « Tu ne prononceras le nom de Dieu qu’avec respect », « Tu sanctifieras le jour du seigneur) la suite est encore très utilisable : « Tu ne tueras pas », « Tu ne feras pas d’impureté », « Tu ne voleras pas », « Tu ne mentiras pas », « Tu n’auras pas de désir impur volontaire », « Tu ne désireras pas injustement le bien des autres » et on peut même ajouter « Tu honoreras ton père et ta mère ». Pas la peine de réunir une mission de réflexion.
Tout au plus peut-on ajouter quelques amendements sur la liberté, l’égalité, la fraternité, la vie en cité, le respect des règles de la démocratie, le monde du travail.
Mais en s’en tenant à quelques-uns de ces Dix commandements et à quelques vieux principes de notre civilisation, en les enseignant à nos enfants après les avoir nous-mêmes appliqués, nous ferions déjà de grands progrès. Car nos lois d’aujourd’hui sont bien imparfaites. Si tuer et voler sont, en principe, punis par nos textes, mentir, désirer le bien d’autrui ou avoir des désirs impurs ne sont pas sanctionnés. Et c’est bien dommage…
Luc Chatel qui ne laissera pas son nom dans l’histoire s’est, évidemment, ridiculisé en comparant son successeur à Pétain sous prétexte qu’il voulait réinstaurer des cours de morale dans nos écoles. Il aurait été mieux inspiré en le comparant à une sorte de Don Quichotte un peu ridicule.

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