Il faudrait que l’assassinat de l’ambassadeur et de trois autres diplomates américains à Bengazi ouvre enfin les yeux de nos responsables occidentaux.
Ce n’est pas parce que la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont permis aux rebelles de Bengazi de l’emporter sur Kadhafi (avec lequel Paris, Londres et Washington ont entretenu les meilleures relations du monde pendant des décennies) qu’il fallait s’attendre à la moindre reconnaissance de la part de ces insurgés que la propagande officielle nous présentait comme des « démocrates », avides d’un peu de liberté, alors que les images passées en boucle nous les montraient faisant sans cesse leurs prières en direction de La Mecque et hurlant en permanence « Allah ou Akbar ! »
A peine étaient-ils installés au pouvoir qu’au cas où nous n’aurions pas bien compris, ces « démocrates » instauraient la Charia. On nous a alors raconté que ce n’était qu’anecdotique. Bernard-Henri Lévy avait des garanties et savait parfaitement que ses amis n’avaient d’autres ambitions que de respecter à la lettre la Déclaration des Droits de l’homme (et sans doute de la femme)…
Aujourd’hui, on nous affirme que l’attaque contre le consulat américain de Bengazi est l’oeuvre d’un petit groupuscule de fanatiques, vraisemblablement plus ou moins liés à Al Qaïda.
Or, là encore les images sont plus parlantes que les communiqués officiels. On voit parfaitement que l’attaque a été une véritable opération de guerre, avec des bazookas et des grenades incendiaires, que la foule des assaillants était très nombreuse, que ça a duré longtemps et que les autorités légales de Bengazi qui nous doivent leur pouvoir ne sont pas intervenues.
Le scénario auquel on voudrait nous faire croire ne tient d’ailleurs pas debout puisqu’on nous affirme à la fois qu’il s’agissait d’une poignée de terroristes et d’une manifestation (donc de foule) contre un film que personne n’a vu mais qui serait blasphématoire pour le Prophète.
Aucun de nos commentateurs patentés n’a voulu remarquer qu’on était le jour anniversaire du 11 septembre 2001, grande « victoire » contre l’Occident aux yeux de foules musulmanes, et que le petit film blasphématoire n’était, évidemment, qu’un prétexte pour mobiliser, une fois de plus, les masses musulmanes contre cet Occident chrétien, capitaliste et impérialiste. Cela dégénère, d’ailleurs, déjà aussi au Caire, à Sanaa et ailleurs.
Il est tout de même curieux que nous ne voulions pas tirer les leçons d’un passé (très) récent.
Nous avions cru devenir les amis de l’ayatollah en l’aidant à renverser le Chah, notre allié. Dès qu’il fut installé à Téhéran, il nous a déclaré la guerre. Les Américains avaient eu la naïveté de croire qu’en armant massivement les Talibans qui guerroyaient contre les occupants soviétiques, ils s’en feraient de fidèles auxiliaires pour contrôler l’Afghanistan. On connait la suite.
Et ça a continué. En Irak, en Libye, partout. Nous croyons aider des démocrates en soutenant des islamistes qui cachent à peine leur jeu et nous nous retrouvons avec des fanatiques qui voulaient, en fait, renverser leurs dictateurs pour mieux mener le djihad contre nous.
Il serait grand temps de comprendre que, depuis la victoire de Khomeiny en 1979, l’Islam renaissant, extrémiste (comme toutes les religions qui renaissent), triomphant (il suffit de regarder la carte du monde pour voir tout le terrain qu’il a gagné en trois décennies) est parti dans une nouvelle conquête du monde. C’est-à-dire dans ce qu’il faut bien appeler une guerre de religion à l’échelle de la planète et, bien sûr, contre nous.
Faut-il renvoyer nos Rafales sur Bengazi pour écraser les islamistes assassins des Américains comme nous avons écrasé les troupes de Kadhafi ? Sûrement pas. Mais il faut avoir l’honnêteté de reconnaitre que notre opération en Libye fut une grave erreur. Pour nous, car nous avons installé une base de fanatiques islamistes sur la rive sud de la Méditerranée. Pour les Libyens eux-mêmes qui vont reculer de quelques siècles malgré tout leur pétrole.
Il faudrait aussi nous demander si, au-delà de nos missions dites « humanitaires », nous avons vraiment à nous « ingérer » dans les affaires de ces pays si fragiles et plus encore explosifs. Assad est, bien sûr, un épouvantable criminel. Comme l’étaient Kadhafi et, dans une moindre mesure Ben Ali ou Moubarak. Mais faut-il vraiment installer des islamistes à Damas, à Alep ou à Lattaquié ?
Enfin, il faut arrêter de croire que, chez nous, l’Islam pourra rester « modéré », comme il l’a été pendant longtemps, et qu’on verra un jour un Islam « à la française ».
L’incident est, bien sûr, dérisoire en face du drame de Bengazi mais aujourd’hui on a appris qu’un professeur avait été roué de coups par un de ses élèves dans un collège bordelais à l’issue d’un cours sur la vie politique marocaine.

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